Social

« Tous à Gillot ce matin ! »

Grève à la Chambre de commerce du port

6 mai 2003

L’ensemble du personnel de la Chambre de commerce du port a rejoint dans la grève hier matin ses collègues de l’aéroport et du siège de la CCIR en grève depuis le 23 avril. Il en a résulté un arrêt complet dans l’ensemble des services portuaires de la concession : bureaux, terminal céréalier, silo à sucre, slipway, magasins…
Michel Séraphine - secrétaire général de la Fédération CGTR Ports et Docks, qui regroupe les syndicats portuaires (marins, manutention, outillage…) - a rendu compte aux grévistes d’une réunion tenue par la Fédération en début d’après-midi, pour « faire le point sur les enjeux du conflit ». Les salariés veulent des solutions concrètes à l’application des 35 heures, telle qu’elle aurait dû être étendue après la signature de la convention collective nationale de 2001, sous réserve d’une validation, avant le 31 décembre 2002, par la commission paritaire locale, qui n’a pas donné suite, notamment pour le personnel d’encadrement.

Les cadres de la CCI du port entrés en grève hier travaillent encore 38 heures - payées 35 heures - sans compensation. Leur motivation à entrer dans la grève est de demander à la commission paritaire locale, que préside François Javel, d’améliorer la Convention nationale ou à tout le moins de l’appliquer en l’état.
« Les cadres travaillent à la productivité du port mais sont au statut administratif CCI et ne bénéficient pas de la Convention collective nationale. C’est une situation d’exception », commentait hier le secrétaire de la Fédération Ports et Docks. En revanche, l’application des 35 heures à la CCI du port a généré « un peu plus de quinze emplois, soit plus de 10% d’embauche, alors que la loi prévoyait 6% », a précisé le responsable syndical.
La politique de l’embauche à la Chambre de Commerce est l’un des points de friction du conflit, en particulier au regard de l’emploi de Réunionnais aux postes de direction. Les grévistes du port ont rejeté hier l’argument selon lequel « il n’y a pas de potentialités locales » pour le poste de DRH (direction des ressources humaines) à pourvoir. La protestation élevée il y a quelques années après l’arrivée d’un cadre marseillais avait permis l’embauche de l’actuel jeune directeur de la concession portuaire, M. Ham-Chou-Chong.

Quant à la direction de la Chambre consulaire, elle a répété hier que « les moyens n’existent pas », les élus de la CCIR restant persuadés que « les grévistes ont d’autres motivations » (que les revendications affichées - NDLR). C’est la ligne de conduite suivie par le MEDEF, qui a réuni à 16 heures hier au siège dionysien plusieurs de ses adhérents. L’invitation du MEDEF « à une réunion d’information et d’échanges » ne laisse planer aucun doute sur la volonté des patrons-élus - par ailleurs confrontés parfois dans leurs entreprises à des situations problématiques - de ne rien entendre des revendications du personnel de la Chambre. Ils font ressortir que les conditions de salaires et de travail de ces personnels sortent déjà du lot - ce qui est vite atteint dans un pays comptant autant de chômeurs.
Les membres siégeant à la Chambre mettent en exergue des salaires moyens jamais inférieurs à 2.100 euros sur quatorze mois - pour ceux des salariés qui ont le statut CCI - ce qui n’est pas le cas de tous, la Chambre employant aussi des personnels en CDD. Ils soulignent aussi une augmentation de 4,2% de la masse salariale en 2002 et estiment que 92% du personnel est déjà soit à 35 heures soit en deça (33,75 heures hebdomadaires).
Les négociations achoppent depuis treize jours sur une demande des salariés d’unifier la durée du travail avec des jours compensateurs. Le patronat a répondu hier par trois propositions de modulation du temps de travail et des durées de compensation variant de huit à quinze jours. Les autres points de friction concernent une « prime de vie chère » à laquelle les patrons répondent par « un intéressement du personnel » et des problèmes de gestion des ressources humaines.
Les responsables syndicaux portois ont qualifié hier soir de « déclaration de guerre » les propos tenus publiquement par le patronat à l’issue de sa réunion. Les travailleurs du siège portois avaient décidé depuis hier matin de se rendre aujourd’hui à l’aéroport de Gillot, en soutien avec ceux qui sont en grève depuis treize jours.

Déjà mises au ralenti hier, les installations portuaire de la Chambre de commerce seront totalement immobilisées demain, suite à l’entrée en grève de tous les syndicats de la place. Les activités de lamanage, remorquage, pilotage, les dockers et les marins doivent se joindre au mouvement « pour l’arrêt de toute activité sur mer et dans le port », a résumé hier Michel Séraphine.


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Témoignages - 82e année


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