Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Co-développpement
Mission réunionnaise au Mozambique conduite par Paul Vergès, président de la Région Réunion
14 octobre 2003

Une mission d’une trentaine de personnes, dont une vingtaine d’opérateurs économiques, conduite par Paul Vergès, président de la Région Réunion a, du 5 au 12 octobre 2003, sillonné le Mozambique du Nord au Sud. Elle a été accueillie avec beaucoup de fastes et a reçu une écoute attentive de la part des responsables politiques mozambicains, dans un pays où, il est vrai, le peuple a en commun un morceau d’Histoire partagée. Des opportunités se présentent au Mozambique, une fois et demie plus grand que la France où, après vingt-huit ans de guerre et seulement onze ans de paix, « tout reste à faire » du point de vue économique.
« La tragédie, ce n’est pas la misère, c’est la résignation, l’habitude de la misère », disait couramment Samora Machel, militant historique de la lutte de libération, successeur, en 1969, d’Eduardo Mondlanne à la tête du Mozambique libéré et indépendant. Cette phrase est aujourd’hui portée par de nombreux Mozambicains comme ont notamment pu le constater les chefs d’entreprise qui accompagnaient la délégation réunionnaise conduite par le président de la Région Réunion, Paul Vergès, du 5 au 12 octobre 2003.
L’économie du Mozambique, pays le plus pauvre du monde dans les années quatre-vingt, à la sortie de la guerre de libération nationale et de la guerre de déstabilisation [1], est aujourd’hui une des plus dynamiques du monde, malgré le ralentissement de la progression du taux de croissance enregistré en 2000 à cause de graves inondations.
« Tout est à faire », disent à l’unisson, Paul Vergès et les opérateurs économiques réunionnais qui ont sillonné pendant une semaine le Mozambique, du Sud au Nord, visitant quatre provinces : Maputo et Inhambanne au Sud, la Zambézie au centre et Cabo Delgado au Nord, quatre provinces situées sur la façade maritime du pays qui ne compte pas moins de 2.500 kilomètres de côtes.
Et à chaque fois, les autorités, à la tête de l’État comme des provinces, ont exprimé des besoins dans tous les domaines. Ainsi, lors de la rencontre entre Paul Vergès et Joaquim Chissano, président de la République du Mozambique, au Palais de la présidence à Maputo, le 6 octobre 2003, des besoins en formation ont été fortement exprimés. Il est vrai que le taux d’alphabétisation du Mozambique approche difficilement les 40%. Mais au-delà de l’acquisition des savoirs élémentaires, ce sont des besoins en formation professionnelle qu’expriment les responsables mozambicains. Ce que les professionnels du tourisme, et particulièrement Philippe Doki-Thonon, membre du bureau du Comité du tourisme de La Réunion, ont pu constater. Ce dernier va d’ailleurs proposer, avec la collaboration de la Région Réunion, la mise en place d’un module de formation de base.
Le Mozambique, à travers le couloir de Maputo qui constitue un lien direct avec le cœur économique de l’Afrique du Sud et ceux de Beira au centre et de Nacala au Nord, est une terre d’ouverture d’une partie de l’Afrique australe vers l’extérieur. Cependant, les liaisons tant aériennes que maritimes, avec La Réunion sont à construire.
Et le premier résultat positif de cette mission sera sans doute de consolider la liaison aérienne La Réunion-Mayotte-Pemba. La LAM (Lignes aériennes Mozambicaines) a récemment ouvert une liaison hebdomadaire Pemba-Mayotte, un pré-accord a été signé avec Air Austral qui devrait très rapidement prolonger, une fois par semaine, sa ligne La Réunion-Mayotte jusqu’à Pemba.
Les visites des ports de Quelimane (Zambézie) et de Pemba (Cabo Delgado) ont également ouvert des perspectives dans le domaine maritime. Actuellement, La Réunion est reliée par voie maritime à Maputo. Cela permet des ouvertures économiques avec la capitale et le Sud. Mais il se trouve qu’un certain nombre d’opportunités intéressant les opérateurs économiques réunionnais sont situées au centre et au Nord du Mozambique. Or la concession de ces ports -beaucoup plus petits que celui de Maputo- intéresse Mer Austral déjà installée à Madagascar et dans l’Union des Comores.
Ainsi pourraient être résolus assez vite les préalables aux relations économiques entre le Mozambique et La Réunion, des préalables qui intéressent par exemple l’agriculture ou le développement du tourisme dans la province de Cabo Delgado. Dans cette province où se trouvent de très belles plages, le groupe Apavou pourrait implanter une petite unité hôtelière d’une trentaine de chambres, selon des normes écologiques.
Mais à l’image d’Aquapesca (Groupe Goulamaly) -et sans aller vers d’aussi lourds et pointus investissements- il y a de la place pour investir dans des opérations autant dans la province de Maputo que d’Inhambane ou de la Zambézie, à l’image des entreprises réunionnaises comme Bourbon Bâches ou Dom’eau qui sont intervenues ou vont intervenir sur le chantier d’aménagement de la ferme aquacole de crevettes d’Aquapesca à Quelimane.
Le Groupe Ravate pourrait également importer des bois précieux de Quelimane -mais aussi de Pemba- et exporter vers Maputo des articles de quincaillerie, d’électro-ménager et de bazar venus du Sud-Est asiatique. Fluxmeca pourrait se positionner, face aux Sud-africains en apportant des matériels de climatisation et de ventilation aux mêmes prix, mais de meilleure qualité, comme l’entreprise pourrait concurrencer les Portugais et les Italiens dans le secteur du matériel inox (hottes de cuisine, bacs de plonge, plans de travail...).
D’autres entreprises comme Royal Bourbon -cette dernière envisage une opération commune avec le Groupe Ravate- devront peut-être changer de braquet et, en ce qui concerne le Mozambique, se lancer dans des projets complets de développement comme la transformation des fruits. Et donc de s’engager dans une voie inhabituelle pour une petite et moyenne entreprise (PME) car ce genre de projet ne peut aboutir sans l’aide d’organismes comme l’Agence française de développement ou la Banque mondiale. Et là, l’entreprise devra compter sur les services de l’ambassade de France à Maputo qui ont montré leur engagement pour les actions de co-développement entre La Réunion et le Mozambique.
Ces actions de co-développement ont un champ favorable au Mozambique. L’économie du pays dispose en effet de beaucoup d’atouts. Son taux de croissance du P.I.B. de 7,7% en 2002 et de 7% en 2003 est « peu sensible au ralentissement mondial », même si l’équilibre de ses comptes externes reste tributaire de l’aide internationale.
D’autre part, le déficit budgétaire avant dons tend à diminuer, suite à une meilleure mobilisation fiscale et à une limitation des dépenses. Quant à l’inflation, elle est passée de +52 % en 1995 à +3 % en 1999. Et après le dérapage de 2000 dû aux conséquences des inondations, elle se stabilise à 9% en 2001 et 2002. Dernier atout et non des moindres, la lourde dette extérieure diminue. Le ratio de la dette/exportations passe de 212% en 1999 à 92% en 2002.
Enfin le Mozambique, très dépendant d’Afrique du Sud dont les échanges pèsent sur l’économie, tente d’échapper à ce tête à tête en diversifiant ses relations commerciales avec d’autres pays. Une occasion à saisir pour les opérateurs économiques réunionnais.
Le train du co-développement est sur les rails. Mais il faut, pour le conduire à terme, comme le souligne Maurice Cérisola, président de l’Association pour le développement industriel de La Réunion (ADIR) : continuer à « jouer groupé ». Car, dit-il, « compte-tenu de nos moyens logistiques, toutes les initiatives commerciales, industrielles, technologiques... ont intérêt à être coordonnées ».
| Zot la di |
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| • Maurice Cérisola, président de l’ADIR
« Au Mozambique, il y a de la place, de l’eau, des routes carrossables. L’approvisionnement en électricité ne semble pas trop mauvais et nous évoluons dans un État de droit. Compte-tenu de l’état de grâce dont nous disposons, nous avons ici un potentiel de clés qu’il faut vite utiliser. Je crois que l’on peut monter des mini-projets en avançant pas à pas, il y a dès maintenant des choses à faire. Nous venons de visiter une unité de fabrication de farine. Le matériel, le local sont là... avec un transfert des technologie, cela pourrait démarrer. Nous avons également vu une ferme qui pourrait produire de la volaille relativement rapidement. Nous allons mettre au point une mission d’étude Mais il semble y avoir un vide du point de vue des services et des produits vétérinaires ». |
| • Jean-François Rivière, président de la filière développement de l’URCOOPA
« Les agriculteurs mozambicains ont envies de faire quelque chose, mais ne savent pas trop comment s’organiser. Des opérations sont prêtes à démarrer. Il se pose le problème de la qualité des poussins et des aliments. Par contre, ils disposent de matières premières. Avec un broyeur et un mélangeur, il est possible de démarrer des petites unités de proximité. De notre part, nous allons étudier les opportunités d’approvisionnement en tourteau de coprah, de maïs et de soja. Quant à l’alimentation des fermes aquacoles de crevettes (trois de taille industrielle sont en cours d’aménagement), les producteurs ne confieront pas leur approvisionnement à un seul provendier... la production est trop liée aux aliments ». |
| • Michel Oudin, directeur général de Proval-Sanders « La barrière de la langue nous a amené à faire des contresens. Il est donc important de recouper les informations. Avec l’irrigation, on pourrait ici arriver à deux récoltes de maïs. par an. Les Mozambicains ont besoin de savoir-faire, d’argent, d’appui... Du point de vue de notre approvisionnement nous pourrions nous procurer de la graine de coton sur Quelimane ». |
| • Louis Pingard, PDG de CMOI
« Il y a tout à faire en matière d’ouvrage métallique. Il y a peut être un produit à développer. Des bâtiments simples, légers... genre bâtiments en kit. Mais nous devrons imposer quelque chose qui n’est pas dans les habitudes ici, mais qui a fait ses preuves ailleurs ». |
| • Gilles Couapel, gérant de Dom’eau
« Nos contacts avec les opérateurs du secteur privé nous ont permis d’identifier des opportunités d’affaires dans l’hôtellerie, les abattoirs... Nous allons mettre des équipes sur les cahiers des charges. À Maputo, nous avons recherché un partenaire qui pourrait intervenir en direct pour commercialiser une gamme de produits dans le domaine du filtrage de l’eau pour les particuliers. Des produits qui pourraient être montés à La Réunion. Avec le secteur public, nous avons examiné les questions du traitement des eaux usées. Les services sont particulièrement demandeurs de technologie, de conseil, d’information... » |
| • Régis Moreau, PDG de Royal Bourbon
« Pour une PME réunionnaise, il y a deux façons d’appréhender les relations commerciales internationales. On peut acheter ou vendre des produits, mais les possibilités du Mozambique sont très limitées et nos produits sont positionnés pour le marché européen alors que les Mozambicains sont demandeurs de produits basiques. La deuxième manière de travailler est de constituer un joint-venture (association). Mais nos partenaires potentiels ne semblent pas être capables d’apporter 50% dans le constitution d’une société. Il convient donc d’emprunter une troisième voie par le biais de projets complets de développement dans lesquels l’entreprise réunionnaise sera obligée de tout faire : produire, transformer et exporter. Un métier nouveau pour nous qui nécessiterait une intervention d’organismes financiers comme l’Agence française de développement ou la Banque mondiale ». |
| • Christian Clerc, directeur général de Fluxmeca « Il existe une possibilité d’exporter sur Maputo du matériel de climatisation et de ventilation où le marché est très dépendant des Sud-Africains. Nous pouvons apporter une meilleure qualité au même prix que les Sud-Africains. Pour le matériel en inox (hottes de cuisine, bacs de plonge, plans de travail...), nous avons des contacts avec une entreprise qui fournit la région de Maputo et l’Angola. Elle achète au Portugal et en Italie, mais rencontre des problèmes de délais et d’acheminement. Je pourrais me positionner, mais il faudrait constituer un groupement d’entrepreneurs qui puisse revenir ». |
| Gilles Albin, directeur d’Albin Réunion Marée
« Tout est à faire. Il n’y a pas de statistiques, pas de marine, pas de service vétérinaire... Le marché est ouvert. Il existe une seule entreprise aux normes européennes. Pour s’implanter, il faudrait tout faire de A à Z ». |
| Bernard Julienne, directeur export de Bourbon Bâches « Nous avons établi de bons contacts positifs. Il existe des besoins essentiels dans le domaine de la rétention d’eau. Il existe des projets grandioses, mais il faudra sélectionner. Nous sommes face à l’Afrique du Sud qui a des compétences. Cependant, si les affaires se déclenchent, nous serons confrontés à la question du transport et il n’est pas évident d’établir et de maintenir un flux commercial suffisant entre La Réunion et le Mozambique. Je suis confronté au même problème en direction du Kenya où des entreprises sont prêtes à acheter du matériel, mais je ne sais pas encore comment je vais l’acheminer ». |
| Patrick Hoarau, directeur de la Fédération réunionnaise des coopératives agricoles
« Le Mozambique est un pays où il y a d’énormes possibilités en terme de développement agricole. Mais il n’existe pas d’organisations agricoles, sauf à Maputo où l’on trouve des coopératives d’État. En province, on sent une réelle volonté de mettre en œuvre le développement. Mais il existe des problèmes de financement et les opérateurs potentiels sont en position d’attente. Il existe des projets industriels qui trouveraient une cohésion s’il existait une organisation agricole. Ce qui manque dans le domaine agricole, ce sont des chefs de projets pour jouer le rôle de fédérateurs ». |
| Philippe Doki-Thonon, membre du Comité du tourisme de La Réunion
« Il y a nécessité de promouvoir le Mozambique à La Réunion pour maintenir la ligne aérienne La Réunion-Mayotte-Pemba. Quatre vingt dix mille réunionnais vont chaque année à Maurice. Ici, à Pemba, il existe des possibilités. Nous allons proposer la mise en place de deux éductours à La Réunion et au Mozambique. Les agences de voyages doivent vendre les deux destinations. Nous allons également proposer au président de l’ADPE de désigner le Mozambique, et particulièrement la province de Cabo Delgado, comme invité d’honneur du salon du tourisme de 2004. Les Mozambicains ont des problèmes de formation au niveau du service. Ce n’est pas par manque de volonté, mais pour des problèmes de d’encadrement et de formation. Nous pourrions mettre en place un petit module basique de formation ». |
| Richard Apavou, directeur du développement immobilier au sein du groupe Apavou
« Il nous faut rester concret et réaliste. Il y a la possibilité de construire, à Pemba, un petit projet référent à taille humaine plus facilement viable. Trente chambres avec une option écologique utilisant les matériaux du pays et les énergies renouvelables. Les routes et l’alimentation en eau sont correctes. Il reste cependant à régler le statut du foncier actuellement propriété de l’État, une alimentation correcte de la ligne Réunion-Mayotte-Pemba et le développement d’une animation autour de l’hôtellerie ». |
| Abdullah Ravate, directeur de SBR (Séchage bois Réunion) au sein du groupe Ravate
« Je pressentais les possibilités de ce pays dans le domaine de la ressource en bois. Nous avons eu beaucoup de contacts intéressants. Le premier axe, c’est l’importation et l’exportation de produits du Sud-est asiatique que le groupe connaît bien (quincaillerie, électroménager, bazar...) à Maputo et à Pemba. Nous allons voir avec Mer Austral les possibilités de transports maritimes. Nous avons un second axe de développement plus complexe. Le Mozambique dispose de ressources forestières en qualité et en quantité. Mais les scieurs sont sous-équipés, de l’abattage jusqu’au sciage, et ils connaissent très peu l’export. Il va falloir les aider dans ces deux domaines. Nous allons revenir en 2004 pour un voyage plus pointu ». |
Courrier des lecteurs
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