Culture

Traces et recherche d’indices

"Imaz" : une exposition de photographies et vidéos au Port

17 octobre 2003

À voir au Hangar, les œuvres de six artistes liés d’une façon ou d’une autre à La Réunion : photographies ou vidéos, leurs travaux interrogent les limites du temps et des nouveaux supports technologiques. Ce soir, l’exposition est à voir en nocturne -jusqu’à 20 heures- avant l’enlèvement des vidéos. Les photographies restent accrochées jusqu’au 8 novembre.

Raymond Barthes, Jean-Noël Énilorac, Thierry Fontaine, Yo-Yo Gonthier, Miryam Mihindou et Benoît Périer ont tous, de près ou de loin, une histoire réunionnaise, d’origine ou d’adoption, qui les a réunis aux yeux de la commissaire de l’exposition, Nathalie Gonthier. Ils ont aussi en commun de travailler avec l’image, la photographie argentique ou numérique et la vidéo.
Le seul non-photographe de l’équipe, au sens technique du terme, est le plasticien Thierry Fontaine, dont les images et leur mise en scène interpellent le passant dans un bras-le-corps, un choc frontal où l’artiste donne sa vision du monde et de l’île.
Les cinq autres ont exploré très loin, chacun à sa façon, les ressources du support, photo ou vidéo, interrogeant le passage entre l’argentique et le numérique.

Repousser les limites

Benoît Périer, passé du graphisme au traitement de l’image, dit qu’« [il ne fait pas] la même chose avec une pellicule et avec le numérique ». « La caméra vidéo prend les choses sur le vif, mais ce n’est qu’une bande magnétique : on ne peut rien faire avec ». Le passage d’un matériau à l’autre tend à repousser les limites de chacun des supports. Que peut-on faire avec le numérique ? Peut-on vraiment le contrôler ? À quelles conditions ? « Le numérique est plus proche du rêve par son manque de matérialité », poursuit Benoît Périer, dont on peut voir aussi, jusqu’à ce soir, une vidéo tirée d’un "carnet d’esquisses" : "Poésition 02/04/02" est une rêverie dans laquelle il construit/déconstruit une "Chanson madécasse" d’Évariste de Parny - « j’y vois l’étreinte et le remords » ,dit-il, comme symbole du regard que porte sur le passé de l’île le nouvel arrivant, avec ses questions sans réponses et son « étrangeté », si intime qu’elle parvienne à être.
Laurent Zitte expose un lé de cinq mètres, une superposition image par image d’un rivage photographié en argentique et traité en numérique, d’un seul tenant.
Yo-Yo Gonthier quant à lui a travaillé sur la lumière et la couleur. Les vues exposées sont le quatrième volet d’un travail commencé il y a plusieurs années et intitulé "les lanternes sourdes" - somme de quatre séries de photographies nocturnes dont "Le grand manège" est la clôture, après "Sïd sovaz" (sur le patrimoine industriel sucrier), "Les étoiles de survie" (sur le voyage, l’étirement du temps et de l’espace) et "L’arbre et le lampadaire" (sur le rapport entretenu par les hommes avec le végétal en milieu urbain). "Le grand manège" est « une recherche du merveilleux dans le banal » expose Yo-Yo Gonthier. « Dans la société actuelle, on peut imaginer un rapprochement entre le lieu religieux et un lieu de consommation, comme un camion-bar ou une boutique… On y trouve le même sens du décor, les mêmes procédés de séduction… »
Sa recherche s’apparente à une « enquête photographique nocturne », en quête d’indices du réel.

Interpeller le regard

Les œuvres de Miryam Mihindou partagent l’inquiétude et l’exaltation devant les limites repoussées : limites de la technique dans le tirage de neuf cibachromes de grand format, "L’âme", sorte de halètement construit dans le démenti de la représentation commune qui veut que la photographie soit reproductible à l’infini. Le tableau en neuf panneaux témoigne de ce que « la photographie peut retrouver le sens de l’unique », commente Nathalie Gonthier, commissaire de l’exposition. Côté vidéo, le regard de Miryam Mihindou échappe aux considérations techniques pour rejoindre une interrogation philosophique, d’inspiration animiste, sur les liens (oubliés) entre l’animal et le végétal.
Jean-Noël Énilorac s’interroge sur l’usage qui est fait de l’image, à partir d’un film pornographique soumis à plusieurs étapes de « dégradation de l’image » : d’abord dans les photogrammes tirés d’un film vidéo, passés par une imprimante (en 72 dpi) et agrandis chez un imprimeur.
Avec Raymond Barthes, dont sept photographies grand format recouvrent un pan entier de mur du Hangar et interpellent le regard par leur spontanéité renversée ou reconstruite, l’ensemble de l’exposition mérite un détour, pour les nombreuses "passerelles" qu’elles tendent au public.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus