Social

Un front uni pour l’emploi

Manifestation du Collectif Emplois en danger

22 mai 2003

Jean-Hugues Ratenon :
Aujourd’hui, c’est un front uni pour l’emploi
« Si le gouvernement continue à faire cette politique anti-sociale, comme ce qu’il fait depuis plusieurs mois, il y aura de graves menaces pour La Réunion. Aujourd’hui, La Réunion est en danger. Jamais, jamais la population réunionnaise laissera son pays aller à la dérive. Nous devons réagir. C’est la rue réunionnaise qui va gouverner. Le Collectif Emplois en Danger est engagé dans la lutte depuis plus d’un an. Un an de luttes, de batailles contre le gouvernement. S’il le faut, nous continuerons encore un an, ou deux ans. Nous continuerons jusqu’à ce que nous ayons eu satisfaction, jusqu’à ce que la population réunionnaise ait satisfaction. Nous continuerons à nous mobiliser.
À toutes les mobilisations, celles d’aujourd’hui, comme celles des jours précédents, la mobilisation est forte, pour défendre l’avenir de notre pays. À chaque fois, cette mobilisation montre que c’est la rue qui peut gouverner. Aujourd’hui, c’est un front uni pour dire non à la politique du gouvernement sur l’emploi, les retraites, le service public, l’Éducation nationale. Aujourd’hui, il y a l’Intersyndicale, il y a Agir contre le chômage, il y a la CACEP, il y a le Collectif emplois- jeunes de Saint-Denis, il y a l’UFR, il y a les coordinations d’enseignants, la fédération de parents d’élèves FCPE.. Toute La Réunion est avec nous, la victoire sera présente, nous allons gagner la bataille. Ensemble, nous allons dire oui à l’emploi.
Nous avons choisi cette date du 21 mai, car c’est aujourd’hui que le Sénat étudie la loi-programme pour l’outre-mer. Nous avons eu le soutien total de Paul Vergès. La sénatrice Payet nous avait proposé un rendez-vous mais n’est pas venue, sans s’excuser. Jean-Paul Virapoullé a fait semblant de nous écouter ou alors, il ne connaissait pas le dossier. Dans cette loi-programme, il n’y a rien pour l’emploi. Il y a le RMI qui va se transformer en RMA, et cela va encore plus instaurer la précarisation de l’emploi dans le privé. Il n’y a rien sur les CEJ, sauf le CAE mais cela n’est pas suffisant. Il n’y a rien pour les aides-éducateurs. Il y a la fusion des CES et des CEC et c’est une nouvelle attaque du gouvernement vis à vis des emplois dits aidés. Avec tout cela, ce que le gouvernement veut faire, c’est tuer La Réunion. La Réunion est en danger. La Réunion est unie, elle marche main dans la main, d’un même pas ».

Raymond Mollard (Intersyndicale - FSU) :
Résoudre ensemble les problèmes
« Nous sommes dans une société où il n’y a pas d’un côté les enseignants et de l’autre les non enseignants, d’un côté les jeunes, de l’autre les vieux, d’un côté le public de l’autre le privé. Nous sommes dans une société où les problèmes doivent être traités dans leur globalité, et résolus ensemble. Nous sommes à vos côtés dans cette lutte. Cette jeunesse en lutte est un gage de réussite. Dans la loi-programme, il n’y a rien sur l’enseignement, rien sur la jeunesse. Nous sommes confiants et sereins pour la victoire ».

Marie-Claire Hoareau (Intersyndicale - UNSA) :
Pour une autre politique de l’emploi à La Réunion
« Nous sommes aujourd’hui avec vous, avec la jeunesse, car nous ne pouvons pas accepter que des jeunes soient au chômage, qu’ils ne puissent avoir un emploi. Cela ne peut plus durer comme ça. Nous ne pouvons pas accepter que des aides-éducateurs soient mis au chômage. Nous devons, ensemble, sauver l’emploi, nous sommes ici pour exiger une autre politique pour l’emploi et pour la jeunesse à La Réunion ».

Jean-Marc Gamarus (Intersyndicale - CGTR) :
« Notre pays est sinistré socialement »
« Quand on regarde les chiffres, ils ne trompent pas : 63.400 érémistes, plus de 100.000 chômeurs, plus de 300.000 personnes à la CMU. Notre pays est sinistré socialement. C’est inacceptable. Nous ne pouvons pas accepter de voir des jeunes être acculés au chômage, malgré leurs diplômes, et obligés de prendre des petits boulots précaires, CES, CIA, CEC. Ça suffit. Notre pays est martyrisé, nous sommes en état de légitime défense. L’Intersyndicale est aujourd’hui aux côtés des emplois-jeunes, des associations de chômeurs, de précaires, d’exclus. Ensemble, nous allons travailler, agir, et faire gagner la bataille de l’emploi.

Ivan Hoareau (Intersyndicale - CGTR) :
Non à la répression menée par le gouvernement
« Nous sommes des milliers dans la rue, venant d’horizons différents, c’est bien la preuve qu’il y a des problèmes. Tout ce que fait le gouvernement, contre la protection sociale, contre les retraites, contre l’Éducation nationale, contre l’emploi, tout cela n’a qu’un seul objectif : la privatisation du service public. Il va y avoir un déficit de créations d’emplois.
La loi-programme a été critiquée par l’ensemble des catégories socio-professionnelles, elle n’a eu aucun satisfecit, et le gouvernement dit que c’est nous qui n’avons rien compris. Il dit la même chose au sujet des retraites, du service public... Faisons mentir le gouvernement. Il a des inquiétudes, il a lancé un appel à la répression, il fait des pressions. Mais quelle concertation mène-t-il ? Le gouvernement imposait hier, impose aujourd’hui.
Nous devons rester mobilisés. Le 25 mai, nous serons encore des milliers dans la rue, pour faire reculer le gouvernement dont l’objectif est d’attaquer la France d’en bas, les jeunes, les sans emplois, les précaires. Par la lutte, nous allons obtenir l’ouverture de nouvelles et vraies négociations ».

Joëlle Abecassis (coordination enseignante) :
Non à une société à deux vitesses
« Nous soutenons aujourd’hui le combat du collectif emplois en danger. Toutes les lois visent à la précarisation de l’emploi. Nous refusons une société à deux vitesses avec d’un côté les riches, de l’autre les pauvres. C’est un modèle de société que nous combattons ».

Jean-Pierre Técher (CLE) :
« Une nouvelle page de l’Histoire sociale de La Réunion »
« Quel responsable politique, syndical, associatif peut rester indifférent ou insensible à ce qui se passe ? Personne. Le mouvement de mobilisation est sans précédent, il s’amplifie chaque jour. C’est une nouvelle page de l’Histoire sociale de La Réunion qui s’écrit, car le gouvernement a décidé d’asphyxier le peuple. Il y a des attaques de toutes parts sur les acquis sociaux, ces attaques sont criminelles, la démocratie est bafouée, le rêve est brisé. Le gouvernement, à la solde du patronat, porte des coups à tous. Non à la transformation du RMI, non au déremboursement des médicaments, non à la disparition des acquis sociaux. vive le peuple ».

Hervé Lauret (FCPE) :
Les parents, solidaires des aides-éducateurs
« Le ministre veut diviser les parents d’élèves en accusant la FCPE d’être à gauche. Les parents, tous les parents, veulent défendre l’Éducation nationale, de droit à l’enseignement. Nous ne pouvons pas tolérer que le gouvernement envoie les aides-éducateurs au chômage, après ce qu’ils ont apporté dans les écoles, les collèges, les lycées. Nous continuerons à être dans la rue pour dire que nous ne sommes pas d’accord avec la politique de Raffarin ».

Samuel Mouen (CACEP) :
Kat ti mo
« Je n’ai que quatre choses à dire : un CES pour Darcos, un CEJ pour Ferry, le chômage pour Raffarin et le RMI pour Chirac ».

Thierry Boyer (FO) :
Un même combat
« Bravo pour cette nouvelle mobilisation, aujourd’hui, autour du Collectif Emplois en danger. Nous leur apportons notre soutien sans faille, et ce n’est pas un soutien de principe, mais parce que c’est le même combat, le combat des sans grade, le combat des exclus, le combat des précaires, le combat des chômeurs. Nous sommes tous dans le même bateau ».

Une première halte au Conseil général
Des explications plutôt embarrassées
Il fallait s’y attendre : les forces de police avaient pris place à l’intérieur du palais de la Source pour "défendre" les lieux... Nassimah Mangrolia-Dindar et André-Maurice Pihouée sont venus à la rencontre des manifestants, en l’absence de Jean-Luc Poudroux. Un échange un peu tumultueux, les explications des deux élus sur l’absence du président de la collectivité n’ayant guère satisfait les attentes.
Toujours est-il que le Conseil général a préféré envoyer aux médias réunionnais un communiqué expliquant sa position. C’est maintenant très clair : le Département a choisi son camp et ce n’est pas celui de la population réunionnaise. Le texte s’attarde longuement sur le RMI, sur les modalités de gestion de l’après décentralisation, sur les "avancées" du RMA. Il en vante les mérites, alors que la demande expresse du CED était la suivante : « nous demandons le retrait de l’article de la loi portant sur la création du RMA ». Le Département a donc choisi une logique de parti et non la défense des intérêts et des demandes des Réunionnais. Mais le plus ahurissant, le plus cocasse, c’est la phrase concernant les emplois dits aidés : « le Département interpellera une nouvelle fois les parlementaires et le gouvernement afin que la situation particulière de La Réunion soit prise en compte dans le cadre de la loi-programme, en discussion actuellement au Parlement, par des mesures plus fortes ». On notera au passage le futur : « le Département interpellera ». Futur indéfini. Pourtant, il y a urgence. Deuxième remarque : sauf erreur de notre part, le Département n’a jamais interpellé les parlementaires sur le dossier des emplois dits aidés. Ou alors, c’était en misouk. Enfin, on peut toujours se demander quel impact aura cette "interpellation" si les précédentes vis à vis du gouvernement n’ont rien donné. Quant aux « mesures plus fortes » demandées, en l’absence de précisions, on ne peut faire que des supputations. Mais ce n’est pas un signe évident d’apaisement et d’encouragement.

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