Agriculture

Un groupe brésilien positionné en Europe

Filière canne/sucre

8 novembre 2003

En prenant une participation dans Beghin-Say, son partenaire au Brésil, le groupe COSAN prend une position stratégique sur le marché européen du sucre. « Si le marché européen s’ouvre, nous serons déjà là », déclarait dès juillet 2002 le président du groupe COSAN. Quelle conséquence cela peut-il avoir pour la filière canne-sucre de La Réunion ?

Selon des informations parues depuis l’année dernière et au début de cette année dans la presse spécialisée de la filière canne brésilienne, le groupe COSAN, après avoir réalisé en 2002 plusieurs opérations d’expansion dans les provinces du Centre-Sud et de Sao Paulo, préparait son entrée dans le groupe Beghin-Say, son partenaire au Brésil.
Le 13 janvier 2003, un article de Monica Magalhaes dans "Jornal Cana" (Sao Paulo) sur la stratégie de Rubens Ometto Silveira Melo, président du groupe COSAN, notait que « l’étape suivante pour l’entrepreneur sera de conclure l’achat d’une participation dans Beghin-Say, multinationale française acquise par Union SDA, partenaire de COSAN au Brésil ». Depuis l’année dernière, des tractations avec l’USDA portaient sur l’acquisition par la société brésilienne de 2,5% du capital de Beghin-Say, pour environ 25 millions de dollars, selon "Agronet".
Un article paru en juillet 2002 dans cette revue décrivait ainsi les enjeux des tractations en cours : « De cette façon, COSAN devrait se trouver propriétaire de près de 25% de Guarani, usine acquise par Beghin-Say à la fin de l’année dernière. Cette participation sera portée par la Franco Brasileira de Açucar e Alcool (FBA), créée en 2000 par COSAN, Union SDA et Sucden ».
Cette acquisition devait porter la capacité de production du Groupe de 18 millions de tonnes de cannes à 23 millions de tonnes. Pour Rubens Ometto Silveira Melo, connu « pour l’agressivité avec laquelle il a conduit le développement de son groupe ces dernières années », écrit "Agronet", cette affaire est « une opportunité [qui] s’est présentée ».
La publication agricole brésilienne poursuit : « Sa petite participation dans Beghin-Say offre à COSAN la possibilité d’entrer sur le marché protégé et réglementé du sucre en Europe, qui a un grand potentiel comme consommateur d’alcool et éventuellement de sucre, au cas où les barrières douanières tomberaient, explique Ometto. - "C’est une participation stratégique. Si le marché européen s’ouvre, nous serons déjà là", dit-il ».
Cette affaire est le premier investissement du secteur sucrier brésilien à l’étranger, même si cette expansion n’est pas l’objectif principal du secteur, les coûts de production au Brésil étant moitié moindres que ceux d’Europe. Selon les chiffres de Union SDA, la production d’une tonne de sucre raffiné coûte environ 200 dollars au Brésil, alors qu’elle atteint 400 dollars dans une usine française.
« Ce sont précisément ces avantages qui attirent les Français, » affirmait Philippe Duval, réitérant son intérêt « pour le savoir-faire brésilien en matière d’alcool et de cogénération électrique ». Le président de la coopérative USDA (Union des sucreries et distilleries agricoles), présent dans la filière sucre de La Réunion et actionnaire de Beghin-Say, a fait ces déclarations en juillet 2002 lors d’une visite des usines du groupe avec 500 coopérateurs.
On peut tirer de cette opération deux grandes leçons : d’une part qu’elle se prépare depuis plus d’un an et il faut donc ramener à cette aune les déclarations faites depuis ce temps par les partenaires réunionnais de Beghin-Say.
D’autre part, l’USDA n’a pas répondu à ses partenaires brésiliens qu’ils « confondaient la canne et la betterave », comme cela a été répondu récemment aux planteurs réunionnais par un usinier… En effet, les grands groupes sucriers internationaux sont de plus en plus étroitement liés, qu’ils soient canniers ou betteraviers. Et les uns et les autres se regroupent pour se disputer les marchés mondiaux.
Dans un tel contexte de loi de la jungle, les partenaires de la filière canne-sucre de La Réunion se doivent de conforter leur union, au-delà des belles paroles, pour garantir l’avenir de cette filière.


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Témoignages - 82e année


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