Quel avenir ?

Une chance à saisir…

Construire des convergences réunionnaises

25 août 2003

Un des moments politiques importants de la semaine qui commence, sinon le plus important, va être la tenue le même jour, mercredi, des assemblées plénières des deux collectivités territoriales, invitées à donner un avis sur le projet de loi de décentralisation du gouvernement.
Ce rendez-vous vient après les réflexions ou les avis émis la semaine dernière ("Témoignages" des 23-24 août) par les Conseils consultatifs de la Région - CESR et CCEE - qui ont déjà fait savoir ce qu’il fallait penser de la procédure d’urgence utilisée.
Ces aspects du processus de consultation ne peuvent qu’inciter les différentes instances de réflexion et de décision dans l’île à s’approprier au mieux les données du débat, afin de l’organiser dans l’intérêt de La Réunion, en tenant compte du fait que le cadre général pensé et transmis par le gouvernement a besoin d’être adapté aux réalités économiques, structurelles et institutionnelles de l’île.
Il est une réalité, inscrite dans le projet de loi de décentralisation, à laquelle nul ne pourra se soustraire : c’est le rendez-vous donné pour l’élaboration d’un projet de développement dont l’orchestration reviendra à la collectivité régionale.
En ce qui concerne la Région Réunion, son président et les équipes travaillant avec la majorité actuelle se préparent à cette échéance depuis déjà quelques mois. Et si l’on se réfère à l’actualité récente, la volonté de voir déboucher les aspirations réunionnaises dans une construction collective et concertée est partagée par de très nombreux acteurs.

Une démarche payante

À quoi avons-nous assisté depuis le début de l’année à La Réunion ? Un mouvement social construit sur des convergences inhabituelles a structuré une résistance forte à la volonté gouvernementale d’imposer certaines réformes en court-circuitant à la fois la volonté populaire et les instances supposées être les axes porteurs d’une administration décentralisée.
Cette action collective a fait la preuve de son efficacité : le mouvement social des mois de février à août a montré que lorsque tout le monde pousse dans la même direction, des résultats tangibles sont atteints : le gouvernement a dû reconsidérer sa position en ce qui concerne la dotation FEDOM pour le second semestre 2003 et d’autres questions pendantes - le logement social, les employés communaux et la structuration de l’économie sociale et solidaire, le co-développement régional entre autres - peuvent déboucher, grâce à cette solidarité, sur des solutions conformes à l’intérêt du pays.
Ces solutions, il nous revient de les imaginer ici, et ensemble. Le PCR n’est plus le seul aujourd’hui à préconiser cette démarche. Si certains ironisaient, en 1992, sur le "Plan de développement actif" construit sous la responsabilité du premier vice-président de la Région, et si des jeux politiciens ont pu à l’époque faire diversion, plus de dix ans après il apparaît clairement que c’est bien cette démarche payante qu’il faut suivre, en la généralisant et en y associant le plus grand nombre si l’on veut que le projet qui en ressortira soit l’émanation de la volonté populaire.

De nouveaux jalons

Depuis cette époque, de nouveaux jalons ont été posés dans cette direction, que le mouvement social des derniers mois a confortés et étendus. Le Conseil général, à l’issue de la réunion de sa Commission permanente du 13 août dernier, a ainsi proposé la tenue d’une conférence pour l’emploi se donnant pour objet d’aborder la question de l’emploi « de façon globale et pas seulement sous l’angle restrictif des emplois aidés ». Le Conseil régional a, à plusieurs reprises, manifesté son appui concret à un processus « d’union des forces vives ». La proposition du conseiller général Julien Ramin reprise par le président Jean-Luc Poudroux, préconisant la tenue d’une large table-ronde, en octobre, sur les problèmes les plus cruciaux - emploi, décentralisation, enseignement, logement aménagement, énergie, déplacements… - est une attente qui a débordé largement les seules enceintes des élu(e)s des collectivités territoriales.
Les propositions pour l’Agenda 21, émanant des ateliers installés en février 2002, devront être formalisée d’ici la fin de cette année : elles apporteront l’ébauche d’une réflexion collective élargie.

D’autres mouvements intervenus ces dernières semaines dans la société réunionnaise, à l’initiative de l’Église catholique notamment, ont traduit une aspiration forte à la solidarité et à la construction d’un projet de société réaffirmant des valeurs de base, telles que celles mises en avant par la commission diocésaine "Justice et Paix", dont une récente déclaration invite à « mondialiser la solidarité » (voir "Témoignages" des 23-24 août) et propose plusieurs pistes pour concrétiser dans notre île l’exigence de « construire la paix sociale ».
« Dans la situation difficile que connaît La Réunion, la recherche de convergences dans l’analyse ainsi que le rassemblement autour de solutions élaborées en commun est la seule voie qui permettra de sortir de l’impasse », écrivait la direction du PCR dans sa déclaration du 13 août dernier, jour de la marche des C.E.S. portois et de leurs amis vers la Préfecture.
Ce mouvement de convergences est à renforcer. Mais surtout, il importe de le concrétiser, d’écarter tout jeu politicien visant à semer la discorde quand il est manifeste que les conditions sont réunies pour que La Réunion parle "d’une même voix". On le sait maintenant : c’est la seule façon de se faire entendre.
Saisissons ensemble la chance qui s’offre à nous actuellement de construire - par la concertation de toutes les forces vives du pays - des convergences réunionnaises autour d’un projet de développement durable et solidaire de La Réunion.


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