Le syndicat CGTR-Santé

Une exposition à voir à la salle Batavia de Stella Matutina

Mémoire

12 novembre 2003

Le Code Noir, vous connaissez ? « Le texte le plus monstrueux qu’aient produit les temps modernes », dit-on. Élaboré en 1681 par Colbert, il dénie toute existence humaine, toute dignité aux esclaves.
Selon le texte même de la loi à cette époque, l’esclave est un meuble. Il s’achète et se vend. Accessoirement à la sortie des églises, après la messe.
En 54 articles, le sort de l’esclave-meuble est scellé. Il n’a aucun droit. Que des devoirs. Et si d’aventure, il lui prenait l’envie de se rebeller, le Code Noir s’appliquait alors dans toute sa cruauté.
« L’esclave qui lève la main sur son maître ou un de ses proches est puni de mort ». La mort, c’est aussi le sort qui l’attend s’il est accusé d’avoir commis le moindre larcin…

Les grands oubliés de la Révolution

Quant aux révoltes de ceux qui n’acceptaient pas cette soumission, elles étaient réprimées dans le sang, comme en témoigne cette exposition qui se tient depuis mercredi dernier dans la salle Batavia à Stella Matutina.
Révolte de Saint-Leu, en 1811, à l’instigation d’Élie, dénoncée par un autre esclave, Figaro. Révoltes de 1778, toujours à Saint-Leu et l’année suivante à Sainte-Suzanne…
Le 4 février 1794, la Convention - le pouvoir politique républicain issue de la Révolution française de 1789 - abolit l’esclavage. Mais cette abolition ne sera jamais effective dans les colonies françaises, la bonne société esclavagiste qui tient les rênes de l’économie estime que cette abolition causera leur ruine.
Tant et si bien que le 20 mai 1802, Bonaparte, qui avait déjà percé sous Napoléon décrète que « la traite des noirs et leur importation dans les colonies auront lieu conformément aux lois antérieures à 1789 ». Autant dire que les Noirs furent les grands oubliés de la Révolution française…

Vers des mesures abolitionnistes

Il faudra attendre le 4 mars 1848, et la nomination de Victor Schœlcher en tant que "sous-secrétaire d’État chargé spécialement des colonies", pour voir l’amorce des premières mesures qui conduiront à l’abolition de l’esclavage. Depuis quelques années déjà, un fort courant de pensée, appuyé par des poètes, des intellectuels poussait en ce sens. Des personnalités réunionnaises comme Sully Brunet, Auguste Lacaussade ou encore le poète Leconte de Lisle, affichent ouvertement des positions abolitionnistes.
Rappelons pour mémoire qu’au sein même de l’Église, même si cela reste très minoritaire, des voix s’élèvent contre l’esclavage, ce qui va à l’encontre de la position officielle de l’Église. À telle enseigne qu’en 1847, l’abbé Monnet, une des figures de proue de l’abolitionnisme, est expulsé de l’île comme un malfaiteur. En 1848, il meurt à Mayotte. La même année, l’esclavage est officiellement aboli. Il faisait partie de ces visionnaires qui ont le tort d’avoir raison trop tôt…
Il n’aura pas connu l’aboutissement d’une lutte contre l’asservissement, marqué par les pires atrocités qui puissent être légalement commises par des hommes sur d’autres hommes. « L’esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises deux mois après la promulgation du présent décret dans les colonies ».

« Un travail pédagogique à faire »

Un décret qui sera promulgué officiellement dans l’île le 20 décembre 1848 par Sarda Garriga, commissaire de la République. Si son nom est passé à la postérité, ce serait faire injure à l’Histoire que de lui attribuer tout le mérite de l’abolition.
« Il est important de révéler les faits et qu’un travail pédagogique soit fait sur ces périodes de notre Histoire », estime Ghislaine Bessières, de l’association Rasine Kaf, qui apporte son soutien à cette exposition organisée par un comité saint-leusien regroupant une quinzaine d’associations.
« Ou sa nou sorte ? Ki sa nou lé ? Ou sa nou sa va ? » Autant de questions que ce comité pose comme autant de contributions au débat, à la recherche de notre Histoire. Pour les organisateurs de cette exposition, c’est avant tout un devoir de mémoire que de « pérenniser cette commémoration, comme une reconnaissance de cette révolte et des résistances qui ont vu le jour. Il est nécessaire d’effectuer un travail de recherche sur ces lieux de mémoire… »


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