Social

Une société cariatée par les discriminations

Conflits sociaux et Droit du travail

30 octobre 2003

La liquidation de l’O.R.P.H (Office réunionnais pour les personnes handicapées, créé en 1989) prononcée lundi par le tribunal de grande instance pose, entre autres questions sur les services rendus aux personnes handicapées, le problème de la finalité d’une association gérée de fait par le Conseil général pour intervenir dans un domaine relevant de la compétence de cette assemblée. Est-il normal de considérer ce type de structure comme un outil pour "faire du social au rabais" en demandant au personnel - surtout le plus mal payé - de supporter la charge d’une gestion boiteuse, grevée d’injustices ?
L’ORPH n’accueillait pas les personnes handicapées mais n’était pas non plus prestataire de services - ce qui laisse espérer que les dommages subis par les handicapés pourront être "amortis" par d’autres structures d’intervention directe. Il intervenait dans l’aide aux associations et autres établissements pour le montage des dossiers - par exemple pour l’accompagnement des handicapés.
Signalons au passage que depuis deux ans, ce travail était fait sans le concours de l’assistante sociale, dont le salaire était toujours versé à l’association par le Conseil général.
Ces sommes (270.000 euros) ont été bloquées lors de la procédure de redressement, comme il est d’usage dans un contentieux, et la Cour d’appel, lorsqu’elle a rendu sa décision, les a prises en considération pour le paiement des arriérés dûs à l’ensemble du personnel.
Les quinze salariés concernés auraient dû être payés au 30 septembre. Un mois plus tard, ils en sont toujours à chercher le liquidateur (Me Badat) qui devait les payer. Fin de la parenthèse, pour dire que si une collectivité juge utile de créer ce type d’association, il n’y a aucune raison pour que son fonctionnement échappe au droit conventionné du travail.
D’autant que ce n’était pas le cas pour tous : le directeur recevait un salaire de 4.000 euros selon la Convention de 1966 (sans compter les autres divers frais et primes). Comment justifier que les autres membres du personnel ne soient pas logés à la même enseigne ?
Le redressement judiciaire a fait apparaître un maquis de contrats précaires (CIA, emplois-jeunes, "CDD-Wonder"… ils durent, ils durent… tant que les salariés ne cherchent pas à faire valoir leurs droits). Et on voudrait faire croire que ce sont ces salariés qui portent la responsabilité d’une liquidation demandée… par les administrateurs ?!
Venant d’une association para-publique, ce type de pratique pose un problème de moralité, d’une part, mais elle est surtout révélatrice d’une société prête à toutes les bassesses pour justifier les bas salaires et les discriminations.
À l’image du rédacteur en chef du "Quotidien" qui va chercher la caution des pauvres pour justifier la politique de la "goyave de France", certains dans cette société sont prêts à tout - prendre le paravent des handicapés, dresser les planteurs contre les ouvriers EDF (dans un autre conflit), etc… - au nom du sacro-saint statu quo social.
Tout est bon pourvu que les différentes catégories de pauvres, de démunis, de personnes fragilisées ou carrément "exclues" se fassent la guerre entre elles, pour se disputer les miettes d’un gâteau dont les parts leur échappent de toute façon. Et le bouc-émissaire idéal de ce dispositif vicié est le petit salarié, tout en bas de l’échelle, auquel on demande de supporter toujours plus de sacrifices. Au nom d’un chômage qui va grandissant… Et en silence.
L’épisode de l’O.R.P.H - et dans un autre registre la grève des agents de bloc EDF - a fait scandale parce qu’il remet en cause ces discriminations admises et la bonne conscience d’une société qui ne s’interroge même plus sur ses distorsions et ses dysfonctionnements.
C’est sur la base d’un refus général des injustices - et sur un projet global pour remplacer "la vieille société" - qu’il faut faire le rassemblement des Réunionnais. Ceux qui font mine de croire que ce rassemblement est un "zanbrokal" affichent la défaillance de leur analyse sociale et leur manque de perspective politique.


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