Agriculture

Vaccination du bétail : éleveurs et vétérinaires mécontents

Élevage bovin

1er octobre 2003

Pour la trentaine d’éleveurs réunis hier au siège du Groupement de défense sanitaire du bétail de La Réunion (GDSBR), les choses sont simples. Jusqu’à présent, pour ce qui concerne la prophylaxie du bétail, l’intervention du vétérinaire était payée à 25% par l’éleveur, les 75% restant étant pris en charge par le GDSBR par le biais d’une subvention de la Région. Or, les vétérinaires estiment qu’ils sont lésés du fait que le GDSBR ne leur verse ces 75% qu’avec un certain retard. D’où la décision de faire payer aux éleveurs 100% du montant des interventions, à eux de se faire rembourser ensuite par le GDSBR ou directement par la Région. Pas question, répondent en chœur les éleveurs qui non seulement ne veulent pas faire l’avance, mais craignent de se retrouver dans la même situation que les vétérinaires, à savoir n’être remboursés que longtemps, très longtemps après avoir mis la main à la poche.
« A koz zot i mète a nou devan le fait accompli ? A koz la pa done a nou zesplikation avant ? Na tro décision lé pri en haut lieu san concertation », résume Noël Bègue, éleveur à La Plaine des Cafres tandis que Patrick Hoarau, autre éleveur, affirme : « Pour nous, c’est clair, nou vé le statu quo ». À quoi, une éleveuse de bovins viandes de La Plaine des Grègues ajoute : « Na bonpé zéleveur lé au fond du gouffre. La manière lé parti, i risk na bonpé i fera pu de contrôle, pu de prophylaxie ! ».
Bertrand Mallivert, vétérinaire, le dit tout net aux agriculteurs : « Le système ne donnait pas satisfaction, ce sont les vétos qui ont cassé le système ! » Au passage, Bertrand Mallivert rappelle comment on en est arrivé là. Il faut savoir que jusqu’à il y a quatre ou cinq ans, la prophylaxie des bovins était assurée par des vaccinateurs de la DSV, dont par l’État. Cette formule ne répondant plus au développement de l’élevage réunionnais, et les départs en retraite n’étant pas remplacés, une nouvelle formule a vu le jour, avec pour objectif de permettre un maillage plus serré du réseau de prophylaxie bovine dans l’île. Concrètement, la vaccination du bétail était confiée aux vétérinaires libéraux qui percevaient 25% du montant de leur intervention directement par l’éleveur, le différentiel étant ensuite payé par le GDSBR via une subvention de la Région. Tout aurait pu aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, si une condition était respectée : pour bénéficier de cette prise en charge à 75% les éleveurs devaient être à jour de leur cotisation au GDSBR, ce qui ne semble pas être le cas. Or, comme le souligne Bertrand Mallivert, les vétérinaires n’ont pas vocation ni mission d’aller vérifier si l’éleveur chez lequel ils interviennent sont à jour ou pas de leur cotisation. Mais au final, lorsque le vétérinaire présente sa facture, les 75% qui lui sont dus ne lui sont pas payés, l’éleveur ayant bénéficié de la prestation n’étant pas à jour !
Un cercle vicieux duquel tout le monde souhaite sortir. Mais quelle formule adopter ? D’autant que, comme le rappelle Thierry Gallibert, de la DSV, la Région est bloquée par le DOCUP sur le taux de 75%, et qu’elle a récemment plafonnée son aide aux cent premières unités de gros bovins (UGB). Autrement dit, si un éleveur possède 110 bovins, la prise en charge sera de 75% pour 100 vaches, mais l’éleveur devra payer plein pot pour les 10 bovins restant !
Ruppert Moutouchetty, président du GDSBR propose une solution : que les vétérinaires, lors de leur tournée, encaisse les 25% qui leur sont dus par les éleveurs, perçoivent également la cotisation de l’éleveur due au GDSBR, ce qui leur garantit au final d’être payés des 75% restant. Une solution qui ne convient pas aux vétérinaires libéraux qui devaient se réunir hier soir pour aider de la conduite à tenir. Pour nombre d’éleveurs qui ont assisté à la réunion d’hier, la cause est entendue : c’est un problème entre vétérinaires et GDSBR. « Entendez-vous entre vous ! », lance un éleveur. À quoi Rubert Moutouchetty répond : « Nous sommes condamnés à travailler ensemble ». Certes, convient Thierry Gallivert,de la DSV, « mais il faut que tout le monde y trouve son compte ». Car au final, derrière la prophylaxie du bétail, il y a la qualité des produits mis sur le marché et donc la santé du consommateur…


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus