Alon filozofé

À quoi sert l’art ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 11 avril 2020

Après les écrivaines et les artistes musicaux, dans cette 3e chronique hebdomadaire, nous allons citer d’autres créateurs réunionnais qui ont cultivé la résistance de notre peuple face au système d’oppression toujours en place. C’est toujours dans le domaine de l’art — et plus précisément dans la sculpture — qu’il nous faut faire connaître leurs œuvres et réfléchir sur le sens admirable de leurs engagements.

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La statue de Paul Vergès réalisée par Marco Ah-Kiem dans sa Sculptothèque.

Nous citerons d’abord des sculpteurs qui ont réalisé plusieurs monuments pour rendre hommage aux esclaves révoltés de la région de Saint-Leu en novembre 1811. C’est le cas de Nelson Boyer, qui a réalisé en 2012 dans le Parc de la Liberté à Saint-Paul une statue pour les 4 combattants de la liberté décapités sur cette place en 1812 : Élie, Paul, Vincent, Zéphir.
C’est le cas aussi du sculpteur Henri Maillot, qui a créé au Barachois, sur la Place Sudel Fuma, une sculpture impressionnante inaugurée le 10 mai 2013 en l’honneur des 2 rebelles décapités à Saint-Denis : Géréon et Jasmin.
Enfin, à ce sujet, signalons la grande stèle inaugurée sur la place de la mairie de Saint-Leu le 8 novembre 2011, créée par Richard Vildeman en hommage aux 8 esclaves révoltés et décapités sur place. À noter que deux autres furent décapités à Saint-Benoît ainsi qu’à Saint-Pierre.

Le maloya

Autres œuvres à signaler : celles de la sculptrice Dolaine Fuma-Courtis, qui a notamment réalisé sur le front de mer de Saint-Paul la belle statue réunionnaise de la Route de l’Esclave et de l’Engagé dans l’Océan Indien, gérée de 2004 à 2013 dans 7 pays depuis Madagascar en Chine par le défunt Sudel Fuma, directeur de la chaire UNESCO à l’Université de La Réunion. Signalons aussi la statue réalisée par Dolaine Fuma-Courtis en hommage à son frère et que l’on peut voir sur le rond-point du centre commercial de Sainte-Suzanne à Quartier-Français.
Signalons également un buste en bronze réalisé par Nelson Boyer et inauguré dans le Jardin de la Mémoire de Saint-André l’an dernier en hommage à Toussaint Louverture, cet esclave de la colonie française de Saint-Domingue qui a organisé en 1791 une grande révolte pour l’abolition de l’esclavage et la libération de son pays, devenu la République d’Haïti.
Il faut parler aussi des grandes sculptures réalisées par Alain Séraphine au Port entre 1981 et 1995 au rond-point des Danseuses. Et ces danseuses se donnent la main pour célébrer notamment le maloya, reconnu patrimoine mondial de l’humanité depuis le 1er octobre 2009 à l’initiative de Paul Vergès.

Combattants de la liberté

Nous parlerons enfin du génial sculpteur Marco Ah-Kiem, qui a réalisé de nombreuses sculptures dans divers domaines culturels fondamentaux et dont une bonne partie est visible dans sa Sculptothèque (n° 34 du chemin de l’Ilet Quinquina, près de la rivière des Pluies à Sainte-Clotilde), inaugurée le 30 novembre 2013. Parmi ces œuvres, on peut citer plusieurs statues consacrées aux combattants de la liberté, comme les esclaves marones et marons (voir aussi ‘’Famille Marone’’ ainsi que ‘’Furcy face à la Justice’’ au Barachois) ; la ‘’Cène’’, où Jésus, entouré de ses disciples lors de son dernier repas avant sa crucifixion, appelle à l’amour la main sur le cœur et son traitre lui tourne le dos ; la statue de Paul Vergès, où l’on voit le militant communiste à dimension internationale exprimer son amour pour le peuple réunionnais.
N’oublions pas non plus d’autres statues de Marco Ah-Kiem, comme ‘’Le Poilu de Mafate’’ (Parc de la Liberté à Saint-Paul) ainsi que ‘’Victor Schœlcher et Sarda Garriga’’ (à l’entrée de sa Sculptothèque). En tout cas, voilà le sens donné à l’art par des sculpteurs réunionnais ; et pardon pour les oublis !

Roger Orlu