Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
28 février 2014, par

Nous avons changé le sur-titre de cette rubrique ’Alon filozofé’ car nous avons fait cette semaine des découvertes extraordinaires dans un nouveau livre admirable du grand écrivain réunionnais Daniel Honoré, paru au second semestre 2013 chez Surya Éditions (voir Surya Concept au 14 rue Champ-Fleuri à Sainte-Clotilde - tél 0262 41 22 76). Ce livre, intitulé ’Diksioner moféknèt’ (’Dictionnaire de propositions de néologismes créoles’), attire l’attention de nos compatriotes sur un sujet très important dans le combat qu’ils mènent pour la reconnaissance et le respect mais aussi la valorisation continuelle et l’enrichissement permanent de notre identité réunionnaise, de nout kiltir.
Dans cet ouvrage, Daniel Honoré, auteur de plus de 25 livres très divers (poèmes, romans, nouvelles, proverbes, contes, légendes, dictionnaires…), pose un problème un problème préoccupant et très intéressant pour les avancées du peuple réunionnais vers sa libération : « pourquoi et comment enrichir notre lexique ». En effet, dit-il, « notre langue créole souffre d’un déficit lexical » et c’est pourquoi « il faut enrichir notre vocabulaire » ; d’autant plus que « de nouveaux publics s’intéressent à notre langue maternelle » et que « l’on enregistre de nouvelles demandes de textes en langue créole ».
Dans l’introduction et la présentation de son dictionnaire, Daniel Honoré explique de façon très intéressante les effets néfastes et gravissimes de la politique d’assimilation néo-coloniale dont est victime le peuple réunionnais par la classe dominante. « C’est pourquoi, dit-il, notre inquiétude face à la francisation de notre langue maternelle est justifiée. Nous devons donc enrichir notre vocabulaire. Il faut créer des néologismes, des "moféknèt" (mots qui font que naître) comme il faut produire des manuels de grammaire descriptive et normative ».
Dans 286 pages, l’auteur fait plus de 4.000 propositions passionnantes et d’une grande richesse d’un nouveau lexique afin d’éviter que « notre langue créole perde son génie pour ne plus être qu’un décalque simpliste du français ». Ces solutions concernent tous les domaines de notre vie quotidienne et elles nous expliquent pourquoi et comment il est important d’éviter les dérives marquées par « la substitution de vocables français aux équivalents qui existent en créole ; comme par exemple : "car" pour "akoz", "akozke", "parss" ; "maintenant" pour "astër", "koméla", "lërkilé" ; "cueillir" pour "kasé", "ramasé"… ».
Outre notre enrichissement lexical, les suggestions de Daniel Honoré concernent également la syntaxe et la grammaire créoles, victimes de « bouleversements » liés à l’amalgame zoréificateur. Là aussi, l’auteur cite de nombreux cas, comme par exemple « l’introduction du possessif "de" : "la fors d’in pëp" au lieu de "la forse in pëp" » ; « l’introduction de relatifs inhabituels : "ala lo boug don mi parl aou" au lieu de "ala lo boug mi parl aou" » ; « l’évolution de la conjugaison du verbe "être" : "mi lé in bon zélèv" au lieu de "moin lé in bon zélèv" » etc…
Afin d’illustrer ces « propositions de néologismes créoles (moféknèt) », nous citerons tout juste trois mots, qui concernent particulièrement cette rubrique philosophique ; ainsi, selon Daniel Honoré, comment dit-on :
• "philosophe" ? « sazanrézon » (« Akoute bann gramoun é in zour ou sra sazanrézon » ;
• "philosopher" ? « sazanrézoné » (« Aforstan sazanrézoné, li va koz èk Bondië ! » ;
• "philosophie" ? « sazanrézöneman » (« Lo sazanrézöneman i èd viv »).
Voilà de quoi encourager toutes les Réunionnaises et tous les Réunionnais à continuer à enrichir leur langue créole, leur culture spécifique et leur interculturalité à portée universelle. De quoi aussi mobiliser le monde culturel réunionnais qui prépare une nouvelle marche le mercredi 12 mars prochain « pou défann é mèt anlèr nout kiltir ». Mèrsi Daniel !
Roger Orlu
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