Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
7 novembre 2014

La semaine dernière, dans cette chronique, nous avions cité comme exemple des nouvelles avancées de la pensée créole réunionnaise la sortie du livre intitulé « Mazine, Oubiensa Lit pou in Pëi an Liberté ». Un ouvrage collectif publié par les Éditions K’A pour ses « kinz an », avec des textes très variés, en créole ou en français, rédigés par 25 écrivain(e)s péi. Aujourd’hui, nous allons citer un nouvel exemple de création qui va dans le même sens et enrichit nout “sazanrézöneman” (’la philosophie », en créole réunionnais, selon le magnifique « Dictionnaire de propositions de néologismes créoles – Diksioner moféknèt » de Daniel Honoré, publié par Surya Éditions en 2013).
Ce samedi 8 novembre à 21 heures au Kabardock du Port, la population est invitée au concert présenté par Kréolokoz, un jeune groupe musical construit auteur de l’auteur, compositeur, chanteur et musicien Gaël Velleyen. À cette occasion, sera présenté notamment le second album que ce groupe vient de réaliser sous le titre : « Fanal pou bann zétwal la pér briyé », qui est porteur non seulement de prestations musicales très agréables mais aussi et surtout d’idées très fortes à faire connaître.
En effet, plusieurs des 12 chansons de cet album nous font réfléchir sur la gravité des problèmes de notre société, évoquent leurs conséquences dramatiques ainsi que leurs causes profondes et tracent des perspectives pour nous en sortir. C’est le cas par exemple du chant intitulé “Famine”, qui nous dit : « La famine i asasine bann fami, na pi manzé, na dmoun an danzé ! (…) Di amwin koman na fé in vi dann tourman. Rouvèr lo kèr siouplé ».
Autre exemple : dans le chant « Lèt d’in n’ilétré », on nous rappelle qu’« afors déni lidantité, tout in pèp lé infériorizé. Ral anou dann médiokrité, nout potansièl lé malizé ». Et le groupe Kréolokoz ajoute en français dans une « Lettre d’un illettré… aux missionnaires assimilationnistes » : « Nous avons perdu confiance en nous, souvent pour le restant de notre vie, formatés à vivre à genoux, tandis qu’ils exploitent notre Péi ».
Afin de cultiver la résistance réunionnaise face à un système néo-colonial où « tout un peuple est infériorisé », le chant « Kozman Éli » donne la parole à cet esclave saint-leusien lors de son procès dans la future cathédrale de Saint-Denis en février 1812 après la révolte organisée quatre mois plus tôt avec ses collègues. Pour ce combattant réunionnais de la liberté, « lo batay nou la fé, apré nou, nora dot va fé lo pa, nora dot va lévé ».
Notre avant-dernière citation des réflexions de Kréolokoz est extraite de la chanson « Toutes les civilisations », qui dénonce cette parole d’un ministre français en 2012 : « Toutes les civilisations ne se valent pas ». Réplique des artistes : « Konbyin n’million n’kolonizé par zot la giny malèr ? Konbyin n’sivilizasion rédui a néan ? Oprésion, asimilasion, kolonialis dovan ».
D’où cette conclusion dans le dernier chant de l’album, « Mèt Kréol anlèr » : « Anon mèt anou anlèr, i fo nou mèt anou anlèr. Dopi la kolonizasion, Réyoné na mové répitasion, oblizé viv dégizé pou pa èt marzinalizé. Anon mèt anou anlèr ».
Nos peines
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