Alon filozofé

« Construire du commun »

Billet philosophique

Roger Orlu / 17 avril 2020

Depuis deux semaines, dans cette chronique, nous n’avons pas évoqué des réflexions sur un des problèmes les plus préoccupants à La Réunion et dans le monde : la crise sanitaire mortifère, liée à des effets socio-économiques, environnementaux, culturels et politiques. Nous y revenons avec plusieurs penseurs réunionnais, qui ont évoqué des questions fondamentales à ce sujet.

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Mgr Gilbert Aubry

Sur ce point, le Parti Communiste Réunionnais, présidé par Élie Hoarau, a diffusé le 13 avril après l’allocution du chef de l’État un communiqué intitulé « Coronavirus et PCR : l’urgence d’un projet global réunionnais ». En effet, il souligne notamment que « l’urgence sanitaire est une évidence, mais elle est inséparable des urgences climatiques, sociales et démocratiques » et « les pays d’Outre-Mer ont souffert de l’alignement sur des décisions parisiennes totalement déconnectées des réalités ».
Il ajoute : « La crise sanitaire a accentué l’urgente nécessité d’un pouvoir décisionnaire réunionnais » et il conclut : « Déjà, lors des manifestations des Gilets Jaunes, de nombreuses voix se sont exprimées. Des universitaires, des politiques, des religieux dont Gilbert Aubry, des personnalités ont réclamé la tenue d’une Conférence Territoriale élargie afin d’élaborer un projet global pour La Réunion fait par des Réunionnaises et des Réunionnais. C’est le moment ».

« Statut de chaque collectivité d’outre-mer »

Cela nous fait penser au compte-rendu que vient de nous envoyer Jean-Pascal Lauret de Luniversité Maron sur la conférence-débat tenue à La Ravine-des-Cabris le 24 septembre 2019 avec Véronique Bertile, maître de conférence en droit public, et Jean-Marc Bédier, préfet honoraire, « sur les évolutions possibles du statut constitutionnel de La Réunion ». À cette occasion, Véronique Bertile a notamment souligné que « dans le droit actuel, La Réunion ne pourra être habilitée à fixer elle-même les règles applicables sur son territoire que dans les matières qui relèvent de sa compétence (actuel article 73, alinéa 2, de la Constitution) ».
Elle a conclu en faisant part de « pistes de réflexions pour une réforme plus ambitieuse pour les outre-mer ». Et elle a rappelé ceci : « J’ai pu proposer l’année dernière, devant la délégation outre-mer de l’Assemblée nationale, de fusionner les articles 73 et 74 de la Constitution en un article unique ‘’outre-mer’’ qui fixerait les grands principes de la décentralisation (conseils élus, rôle du représentant de l’État et notamment contrôle de légalité…) et renverrait au statut de chaque collectivité d’outre-mer le soin de définir ses modalités particulières ».

« Un monde plus juste »

À l’occasion de la célébration de la résurrection de Jésus, Reynolds Michel, ancien prêtre et président de l’EPI (Espace pour Promouvoir l’Interculturel), a publié un texte sous le titre ‘’L’espérance de Pâques à l’épreuve du Coronavirus’’. Il y dit notamment : « Le passage de la mort à la vie se joue dans l’amour du frère et de la sœur, dans le combat engagé contre les puissances qui aliènent les hommes, dans le combat contre la maladie et autres puissances de mort, dans le combat pour un monde plus juste et plus fraternel ».
En conclusion de ces réflexions, nous citerons un extrait d’une interview accordée par Mgr Gilbert Aubry au ‘’Quotidien de La Réunion’’ vendredi dernier : « Ce qui est sûr, c’est qu’après le confinement, il faudra faire un sérieux debrifing de la part du Gouvernement, des divers cercles de responsabilités, de chacun de nous, pour construire du commun sur l’essentiel déterminé en commun. Nous sommes déjà invités à la sobriété et à une ‘’révolution pacifique’’ afin de développer une économie verte dans une écologie intégrale. Il ne faudra surtout pas reproduire le système d’avant la crise. La prise de conscience de notre fragilité appelle une solidarité en cercles concentriques du plus proche au plus lointain. Il y a là une dimension psychologique incontournable pour permettre l’émergence d’une société et d’un monde fraternels ».

Roger Orlu