Alon filozofé

Des engagements de femmes et de religieux à La Réunion

Billet philosophique

Roger Orlu / 20 mars 2020

La semaine dernière dans cette chronique, nous avons mis en avant les concepts de solidarité et d’engagement à renforcer afin que le peuple réunionnais devienne libre et responsable. S’engager pour quoi et pour qui ? Deux exemples vont être cités ce jour.

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Le mercredi 11 mars à la Bibliothèque Départementale de La Réunion, l’anthropologue Isabelle Hoarau Joly, née en 1955 à Saint-Pierre, a présenté une conférence très intéressante sur le thème : « Contribution des auteures à la littérature réunionnaise », en citant pas moins d’une trentaine d’écrivaines, qui ont publié de nombreux ouvrages sur le pays depuis le 19e siècle. Elle a notamment souligné que « ces auteures étaient souvent des femmes de combat contre l’assimilation coloniale » et à ce sujet elle a cité par exemple Anne Cheynet, Clélie Gamaleya, Monique Séverin, Mémona Hinterman Affejee, Expédite Laope Cerneaux, Danielle Dambreville, Céline Huet, etc.
Elle a conclu son exposé en évoquant l’œuvre de l’ancienne présidente du Cercle Philosophique Réunionnais, Aude-Emmanuelle Hoareau (1978 - 2017), qui a notamment publié en 2011 un ouvrage collectif intitulé ‘’Manifeste pour une pensée créole réunionnaise’’. Ensuite elle a donné la parole au public pour compléter son exposé en citant d’autres auteures ; et le public a cité entre autres une philosophe présente dans la salle, Brigitte Croisier, née au Sénégal en 1946 et devenue réunionnaise 30 ans plus tard, qui a publié plusieurs ouvrages pour exposer et soutenir par exemple les engagements du poète Alain Lorraine, du prêtre René Payet et du responsable politique communiste réunionnais Paul Vergès, combattant de la liberté et de la solidarité internationale.

« Porter haut notre vivre ensemble »

La pratique réunionnaise de cette valeur fondamentale a été illustrée le même jour dans la matinée sur le parvis des Droits de l’Homme à Champ-Fleuri, où a été bien célébrée la Journée internationale de solidarité avec les victimes du terrorisme, avec la participation de plusieurs dizaines de collégiens, de lycéens, d’enseignants et des autorités civiles, militaires, etc. et leurs diverses prestations poétiques, allocutions dans cet esprit… Il faut aussi noter la présence à cette célébration de toutes les communautés religieuses réunionnaises (hindoues, confucianistes, chrétiennes, juives, musulmanes…), dont les représentants ont tous plaidé avec force en faveur de la fraternité humaine.
Parmi ces interventions, nous pouvons citer par exemple celle de Monseigneur Gilbert Aubry, pour qui « il faut lutter contre la déprime, contre le ‘’nou lé pa kapab’’ » et « assez de la barbarie. Cela suffit. (…) Tout être humain a droit à l’intégrité de sa personne, avec les moyens de vivre jour après jour, toujours dans le respect de sa culture, en son peuple, dans le concert des nations gouvernées sur le droit et la justice. (…) Ensemble recherchons une paix durable. Ensemble devenons la paix ». Dernière citation pertinente à cette cérémonie : celle d’Idriss Issop-Banian, président du Groupe de Dialogue Inter-religieux de La Réunion, pour qui « plus que jamais nous devons porter haut notre vivre ensemble ».
Voilà des perspectives pleines de sagesse données à notre solidarité et à nos engagements ! Finissons-en avec les querelles lontan et les rancunes ! Et vive la solidarité face à l’épidémie du coronavirus !

Roger Orlu