Alon filozofé

Dialoguer pour lutter

Billet philosophique

Roger Orlu / 14 décembre 2007

La dernière représentation du spectacle “Est-ce que quelqu’un m’écoute !?” a eu lieu samedi dernier au Théâtre sous les Arbres du Port. Cette pièce, créée par une jeune femme sourde professeure en Langue des Signes en Français (LSF), Raby Acharaff, et mise en scène par Jean-Laurent Faubourg, est un vibrant plaidoyer pour le renforcement des liens entre les personnes sourdes et les entendants, pour l’écoute et le respect des personnes handicapées, pour l’union des valides et des non valides.
Ce message fort nous fait sentir de l’intérieur la souffrance du rejet qui accompagne trop souvent le handicap. Mais il ne se limite pas au champ du handicap, il concerne en fait l’ensemble de notre société.
En effet, celle-ci est dominée par un système qui est une fabrique d’inégalités croissantes et qui détruit la cohésion sociale. Les classes sociales qui dirigent notre vivre ensemble n’écoutent pas les plus pauvres ; elles cherchent avant tout à les exploiter davantage pour augmenter leur propre richesse.

Augmenter le pouvoir d’achat

Ce partage inégal des moyens de vivre et ce refus d’écouter les revendications des plus fragiles dominent la planète et mettent gravement en danger l’avenir de l’humanité. On le voit tous les jours à travers les centaines de millions d’humains qui souffrent de la faim et des effets du chaos climatique. On l’a constaté dans la tragédie du Darfour, où les dirigeants de la communauté internationale n’ont pas voulu entendre pendant des années les appels au secours des victimes de cette guerre civile.
Chez nous, les responsables politiques et économiques n’écoutent pas les citoyens victimes de la cherté de la vie, qui réclament une augmentation de leur pouvoir d’achat. D’une façon générale, trop de décisions sont prises sans concertation suffisante avec les personnes concernées.

S’écouter pour se faire écouter

Quels sont les voies et moyens de combattre les injustices d’un tel système ? Comment se faire écouter et faire respecter ses droits lorsqu’on appartient aux classes exploitées ou que l’on soutient leur combat ?
Bien sûr, il faut réussir à créer un rapport de forces favorable aux victimes des inégalités. Et pour atteindre un tel objectif, il faut une entente entre ces victimes. Elles ont besoin de lutter groupées.
Si l’on ne parvient pas à s’entendre et à s’unir dans la lutte, les puissants en profitent toujours plus et ne ratent pas la moindre occasion pour diviser le peuple. C’est pourquoi, il est nécessaire de toujours se parler et de s’écouter les uns les autres pour arriver à se mettre d’accord sur la meilleure façon de renforcer la cohésion sociale.
Ce dialogue entre ceux qui veulent changer le monde est indispensable. C’est un moyen essentiel de surmonter les divisions du peuple, dont bénéficient les classes dominantes. On mesure chaque jour les effets négatifs, voire dramatiques du manque de dialogue entre les personnes et entre les peuples. Dialoguer plus et mieux pour lutter de façon plus efficace est une des meilleures méthodes pour répondre aux attentes des personnes qui nous disent : « est-ce que quelqu’un m’écoute ? ».
D’ailleurs, philosopher n’est-ce pas - entre autres - dialoguer pour échanger des idées et pour essayer de changer tout ce qui ne va pas dans le monde ?

Roger Orlu

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