Alon filozofé

Emmanuel Macron et Annick Girardin fidèles à Victor Schœlcher et Sarda-Garriga ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 21 décembre 2018

La Fête Réunionnaise de la Liberté a pris une grande ampleur cette année à l’occasion de la célébration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, grâce à de nombreuses actions très positives menées dans tout le pays par diverses collectivités et organisations syndicales, politiques, associatives. Parmi ces événements, nous en citerons deux qui, comme bien d’autres, ont mis en avant cette valeur fondamentale de la célébration de nout 20 Désanm : l’importance de l’union du peuple réunionnais pour la libération de son pays du système néo-colonial en place.

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Le sculpteur Marco Ah-Kiem devant sa statue de deux grands militants anti-esclavagistes de France, Victor Schœlcher et Sarda-Garriga.

Nous parlerons d’abord de la présentation par le talentueux et dévoué sculpteur réunionnais Marco Ah-Kiem, le 16 décembre devant sa Sculptothèque du chemin de l’ilet Quinquina à Sainte-Clotilde, de sa nouvelle œuvre, qui présente deux célèbres militants anti-esclavagistes de France ayant contribué avec force à l’abolition de l’esclavage à La Réunion le 20 décembre 1848. Il s’agit de Victor Schœlcher (1804 – 1893), nommé sous-secrétaire d’État aux colonies après la seconde révolution en France en 1848, et de Joseph Sarda-Garriga (1808 – 1877), nommé Commissaire général de la République à La Réunion après cette révolution, qui se retrouvent côte à côte dans cette belle statue.

Comme l’a rappelé Marco Ah-Kiem lors de cette présentation, Victor Schœlcher a préparé le décret gouvernemental du 27 avril 1848 déclarant l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises et il a envoyé Sarda-Garriga à La Réunion pour appliquer ce décret le 20 décembre. Et nous ne devons pas oublier que ces deux militants révolutionnaires ont dû surmonter bien des épreuves, face aux maîtres blancs comme face à leurs copains ‘’républicains’’, pour mener leurs combats humanistes qui n’ont pas toujours atteint leurs objectifs.

Combattre les séquelles de l’esclavage

C’est pourquoi nous voulons souligner aussi les richesses d’un autre événement ayant marqué cette célébration ; il s’agit du Séminaire pluridisciplinaire organisé les 17 et 18 décembre à l’Université de La Réunion par le Mémorial Camille Jurien, présidé par la militante culturelle Florence Rivière, sur le thème : ‘’Quels impacts de l’esclavage sur l’agencement de la société et les comportements des individus à partir de la situation réunionnaise ?’’. Ce séminaire fut marqué notamment par la qualité des interventions d’une vingtaine de spécialistes et chercheurs très divers pour améliorer la culture de notre mémoire historique et les enseignements à en tirer afin de construire un avenir meilleur ; à noter aussi la qualité des échanges entre les intervenants, sans polémiques, afin de renforcer l’unité dans la diversité.
Dans cet esprit, nous retiendrons quelques éléments de la synthèse de ce séminaire présentée par son animateur, Raoul Lucas, socio-historien de l’éducation à l’université, pour qui il est indispensable de donner plus de place à la création littéraire, artistique, culturelle et idéologique réunionnaise afin de mieux combattre les séquelles de l’esclavage aujourd’hui. Ces orientations encourageantes afin de continuer le combat pour la libération du peuple réunionnais nous amènent à poser la question : Emmanuel Macron, président de la République, et Annick Girardin, ministre des Outre-mer, seront-ils fidèles à Victor Schœlcher et Sarda-Garriga ?

Roger Orlu