Alon filozofé

Et si on parlait de la mort ?

Julie Pontalba / 31 décembre 2020

De l’avis général, jamais la mort n’aura été aussi présente que cette année. Dans le monde, avec le Covid-19, la barre du million de morts a été dépassée en à peine 3 mois. De mars à juin, chaque soir, nous écoutions, impuissants et inquiets, le bilan funeste de la journée.
En France, les EHPAD devenaient des mouroirs, pendant que la loi Leonetti relative à la fin de vie subissait des modifications.
A La Réunion, nous avons été relativement épargnés par la vague meurtrière. Nous avons perdu des personnalités, des artistes et des intellectuels, des proches du PCR. Et ce 30 décembre, la dépouille du grand dirigeant Cégétiste, Ivan HOAREAU, était de retour sur nos terres. Il sera inhumé le 2 janvier.

Malgré tout, la mort reste un sujet tabou.

Dans nos sociétés dites « développées », rien n’est prévu pour nous aider à l’aborder avec nos proches. Rien n’est organisé, en amont, pour nous préparer psychologiquement à faire face à ce qui est pourtant inévitable et parfois difficilement surmontable.
Il y a beaucoup d’informations sur l’aspect financier. Nous ne comptons plus les mutuelles qui proposent de cotiser toute une vie pour être tranquille le dernier jour. Il y a des cabinets de notaire spécialisés dans la succession des biens, il y a des formules d’assurance vie à n’en plus finir ; les lois ont tout prévu. Dans une société capitaliste, tout est organisé lorsqu’il s’agit d’argent. Par contre, pour l’approche humaine, plus émotionnelle, c’est l’omerta. Parler de la mort à un proche pourrait porter malheur !

Pourtant, il aurait été préférable que nous soyons mieux armés pour aborder ce sujet avec nos parents, grands-parents, conjoints, enfants, amis... Y a-t-il un moyen d’être en état d’éveil pour comprendre lorsqu’un proche est sur le point de partir, de l’envisager avec suffisamment de discernement pour l’accompagner sereinement, tout en nous préparant à la séparation ? Comment trouver l’énergie pour continuer à vivre malgré le chagrin immense ? Comment ne pas tomber dans la dépression, voire le suicide ? Comment se débarrasser de la culpabilité, de la colère, du sentiment d’injustice, d’abandon ? Comment répondre à ces questions, lever les doutes ? En un mot, comment régler cette succession-là ?

A l’école, dès le primaire, les programmes abordent le processus de la reproduction et de la naissance. Pour rendre à la mort son aspect naturel, pourquoi ne pas en parler aussi ?

Nous savons tous que nous devons partir un jour, quitter nos proches, ceux que l’on aime, ceux qu’on ne voudrait pas voir souffrir. Nous savons que notre départ fera indubitablement du mal. Pourtant, nous ne savons pas dire l’essentiel. Nous ne savons pas rassurer, déculpabiliser, aider ceux qui restent à poursuivre sereinement leur vie. Ces notions basiques manquent dans notre société.

Si l’année 2020 nous a mis face à la mort sans préavis, désormais il est urgent d’en débattre collectivement pour un mieux-être de tous.

Julie Pontalba



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Messages






  • "Pourquoi croit-on ?" était le sujet de la bonne émission "Grand bien vous fasse" sur France Inter, (www.franceinter.fr) ce 31 décembre 2020. Les précédents sont à re écouter aussi si vous pouvez. Concernant la mort que seuls les humains ont conscience, c’est si personnel, et les religions aident, font réfléchir, changer de cap même parfois. Mais il est facile de remarquer que le système capitaliste fait tout pour que justement, on y pense pas, par définition, c’est pas "vendeur’, ce qui l’est, c’est plutôt de faire croire à l’immortalité, au futur qui serait obligatoirement meilleur que le présent. Ce qui est discutable, les actus le prouvent. C’est comme le devenir de la Réunion, on voudrait que le tourisme se développe, face à Maurice dans les deux sens du terme. aussi, Mais que les décideurs se mettent à leur place un petit peu. Après 10h de vol, entassés en classe éco, on découvre les bouchons sous les cocotiers, puis les déchets, les rues sales, les centre-ville déserts, sans animation les dimanches, puis les poubelles aux mouches qui circulent, les odeurs qui suivent, et puis les véhicules abandonnés, les encombrants depuis les bords de mer jusqu’au GR, en traversant les ravines, remplies de gites larvaires, restes pas vraiment bio dégradables, plutôt toxiques même quand c’est des batteries de véhicules, des piles électriques ; des pneus, de l’électroménager, une horreur qui déçoit quand on s’approche, se questionne, bon Réveillon quand même à la Réunion pour zot tout, Arthur.

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