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4 juin, parNos peines
Billet philosophique
29 mars 2013, par

Mardi dernier, grâce à l’Espace pour Promouvoir l’Interculturalité (EPI), présidé par Reynolds Michel, nous avons pu vivre un moment très fort en termes de réflexion sur nos responsabilités face aux défis à relever par notre pays. En effet, cette association a organisé à la Médiathèque Benoîte Boulard du Port une conférence-débat avec Bernard Payet, sur le thème : ’L’écriture engagée : jusqu’où ? Ziska kan ?’.
Ce grand poète, co-fondateur du célèbre groupe musical Ziskakan à la fin des années 70 avec Gilbert Pounia, Alain Armand, Axel Gauvin et d’autres militants culturels, a présenté un exposé très intéressant sur les perspectives ouvertes au peuple réunionnais par « son engagement collectif dans la défense et la valorisation de son identité » . En effet, cet engagement est le principal moyen pour construire ensemble une société juste, libre et solidaire.
À cette fin, Bernard Payet a notamment raconté comment lui-même s’est engagé en tant que poète, en écrivant sa "Romans pou Rico" pour dénoncer la violence électorale en 1978 après l’assassinat du jeune Portois Rico Carpaye. Cet événement historique prouve à quel point il est important pour chacune et chacun d’entre nous de se poser la question de l’écrivain : « qu’est-ce que je fais pour aller au-delà de ce que je suis et pour changer l’ordre des choses dans mon pays comme dans le monde ? ».
Un "mèt ansanm"
« Se situer aux côtés des plus fragiles, combattre les inégalités de notre société, lutter pour l’identité réunionnaise et notre langue créole ainsi que l’émancipation de notre peuple ». Voilà le sens de l’engagement que Bernard Payet veut « donner à son écriture ». Dans ce but, il appelle comme le philosophe Jean-Paul Sartre à la liberté et à la responsabilité, en prônant « la solidarité, l’unité et la rébellion réunionnaises ».
Cela passe par « un regard critique sur la société réunionnaise », par « un rassemblement, un "mèt ansanm", un partage du peuple réunionnais sur son mode de vie et sa pensée créole réunionnaise ». Cela pose notamment le problème du rôle de l’éducation à La Réunion : depuis les écoles maternelles et primaires jusqu’à l’université, ne doit-elle pas se consacrer avant tout à préparer la jeunesse réunionnaise, comme le dit Bernard Payet, à « prendre ses responsabilités dans la conduite de notre destinée » ?
Un « engagement partagé »
Dans cette perspective, Bernard Payet fait une proposition très importante dans un de ses derniers poèmes, intitulé : "In nasyon pou toultan". Il appelle « à l’unité réunionnaise pour passer de la notion de peuple à celle de nation, qui porte son flambeau ».
Afin d’illustrer cet « engagement partagé » par notre peuple, voici un extrait de ce poème :
« Sétaki portaporte, an misouk malizé,
I kalkil passe tramay pou avane nout mémoir.
I amasse pi riyen, i lesse toute an poundyak.
É nou la pi bèzoin tire nout flér dann la sann.
Èk la fiérté dann rin, nou porte nout kér devan :
In pèp, inn foi, in jour, in nasyon pou toultan ».
Roger Orlu
Nos peines
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