Billet philosophique

« Kan nou voi tousa, sirtou di pa rien… ! »

20 mars 2009, par Roger Orlu

Un lecteur de "Témoignages" a réagi au "billet philo" de vendredi dernier, paru sous le titre : « Lutter contre le racisme : un combat essentiel, …mais sans racisme ! ». Puisque le but de cette chronique hebdomadaire est de chercher à "filozofé ansanm", nous publions ci-après le texte intégral du message que nous a envoyé ce lecteur, en respectant sa graphie créole :

« Le problèm lé réel »

« Le problem lé reél, mé ici la rényon rienke ti kreyol konm mwin i voir
li. Dek ou komence di : "zorey i dirize a nou la rényon", ou lé trété de
raciste. Donc fo pa di set ou voi é set ou viv toulézour.
Sou prétexte pa passe pou in raciste subi, pa bezoin di tou lé zour néna i rente dann nout peyi pou pren nout place, i travail nout place, i vien, i rest la mém, i ashté la kaz, terrain, i gaigne gro salaire. A koté dsa, kreyol lé
misére, i viv ek tipé larzan, i travay pa, lé dénigré, i respeck pa nou.
Poukwé nou sré pa kapab dirize nout peyi ? Na zen zordi lé diplomé,
professer kreyol ek policier, zandarme kreyol i travay en france. Kan i
fo l’efectif en plis, sé pa zot i rente dan zot peyi.
Mi na mém point i ti bout la rényon parse mi gaigne pa ashté, banna toulézour i partage a zot mon peyi.
Kan nou voi tousa, sirtou di pa rien… ! Apré sa nou domann poukwé la zenés i revolte é i kass. En ce momen, si in radio koni, mi enten rienke zorey I kritik set larivé, i di : "kanyar, désévré, drogué, kreyol i fé bonpé zenfan" ; i di nou réusi pa parce nou koz kreyol...
Lé vré ke zot, kan zot lé la, zot na travay é i aide a viv mié.
Pou tout set sa traité a mwin raciste apré lectire mon mésage, ma di a zot : "persone i retien a zot ici ; si lé pa bon, alé é va liber la place pou
kréyol..." ».

Renforcer le front de résistance des Réunionnais


Nous remercions ce lecteur pour ce message car il confirme entièrement ce que nous disions la semaine dernière. En particulier, les faits suivants :
• Les inégalités sociales, les différences de traitement entre les citoyens par les classes dominantes et les discriminations de toutes sortes qui frappent de nombreux Réunionnais sont une réalité essentielle de notre société ; et cette réalité porte gravement atteinte à notre cohésion sociale.
• Outre le fait que ces comportements discriminatoires sont bien sûr liés en grande partie au système économique et politique dominant — celui dirigé par le grand capital —, ils sont également vécus très souvent par leurs victimes comme des infériorisations à contenu ethno-culturel : "je suis traité en être inférieur, je suis rejeté, exclu, méprisé, je n’ai rien à dire dans mon île, je n’ai pas le pouvoir de faire respecter mes droits fondamentaux et ma dignité ; pourquoi ? Parce que je suis un Kaf, un Komor, un Malbar, un Yab, un Zarab, un Sinoi, un Kréol, un Réunionnais…".
• C’est pourquoi ces comportements sont généralement qualifiés de racistes car ils contribuent à déprécier la couleur de peau, l’origine, l’identité culturelle voire la religion, le lieu de naissance ou le nom des victimes.
• Ces manifestations de racisme sont d’autant plus insupportables qu’elles sont le plus souvent pratiquées ou exprimées par des personnes en position dominatrice sur le plan socio-culturel, économique et politique ; des personnes généralement de couleur de peau, d’origine et de culture différentes de celles des victimes.
• Le racisme n’est pas une façon de penser ; c’est un crime qui a débouché pendant les deux-tiers de notre Histoire coloniale sur un « crime contre l’humanité », l’esclavage, suivi de l’engagisme. Les survivances de cette Histoire font encore de gros dégâts dans notre société d’aujourd’hui. C’est pourquoi le combat contre toutes ces formes de racisme est un combat essentiel si l’on veut construire une société différente dans le cadre d’un développement durable et il ne faut donc jamais hésiter à dénoncer toute forme de racisme.
• Une des difficultés à surmonter dans ce combat est de voir chaque fois comment éviter les amalgames, les généralisations et les stigmatisations des personnes appartenant à tel ou tel groupe ethnique ou socio-culturel. En effet, il y a malheureusement des Réunionnais, descendants d’esclaves ou d’engagés, qui se montrent parfois complices de la politique raciste menée par les classes dominantes, soit qu’ils appartiennent à cette catégorie sociale, soit qu’ils la soutiennent. Ainsi, un parlementaire, ancien maire, gros propriétaire foncier, allié des sucriers, champion de la fraude électorale, hyper-protégé par l’appareil judiciaire et par ses médias, a même collaboré avec un État raciste et profité de ses finances, violant la fidélité à ses ancêtres opprimés.
• Tout cela montre que dans ce combat essentiel contre le racisme, il faut renforcer le front de résistance des Réunionnais, afin de casser toutes les pratiques et paroles inégalitaires. Tout cela prouve également à quel point la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise, en renforçant cette conviction qu’aucune culture n’est supérieure à une autre, est un outil important pour combattre le racisme et le mépris envers le Réunionnais.

Roger Orlu

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Messages

  • Ou la pa besoin dire si ou y fé. rentre dan’ collectif "Non au Racisme ! Respect a nou !",

    peut-être na rien que li même y gaingne fé un affaire pou le racisme que ou la subi.

    Met ansamb’, la pa assez, na rien que nout’ nombre seulement y fé peur à zot.

    Sur Facebook tape j’aime, j’aime ,j’aime,.....Respect a nou !


Témoignages - 82e année


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