Alon filozofé

Koman nou gard lespoir ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 12 novembre 2016

Les raisons ne manquent pas — aujourd’hui comme dans notre passé — pour cultiver le désespoir, le désengagement, l’indifférence, la passivité, la prise de distance etc… face aux graves problèmes que traverse le peuple réunionnais, au même titre que l’humanité. Et pourtant, la réalité est telle que bien des inquiétudes se traduisent concrètement par la confiance en l’avenir et l’espérance. Mais à quelles conditions ?

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Le groupe Kaplawsé, auteur du CD ‘’Espoir’’, lors d’une belle soirée de solidarité organisée par le mouvement Alternatiba Péi.

Le penseur et militant progressiste français Jacques Attali vient de publier un nouvel ouvrage très intéressant intitulé ‘’Vivement après-demain !’’ et sous-titré ‘’15 ans pour sortir de l’impasse’’. Dans la présentation du livre, il est dit que l’auteur « renouvelle entièrement son regard sur l’avenir, à la lumière des nouvelles connaissances accumulées dans tous les domaines, scientifiques, démographiques, idéologiques, géopolitiques, artistiques. Il est allé enquêter en mille endroits sur les signaux faibles qui préparent l’avenir et en arrive à des conclusions radicalement neuves et surprenantes sur ce qui nous attend et surtout sur ce que nous pouvons faire ».

Selon Jacques Attali, « même si beaucoup de nuages s’accumulent à l’horizon, les moyens ne manquent pas de construire le meilleur du monde, d’éviter que la colère et la rage ne se transforment en violence planétaire, d’échapper aux menaces climatiques, au terrorisme et au suicide technologique. À condition de comprendre que la meilleure façon d’y parvenir, d’être heureux dans un monde serein, est d’aider les autres à devenir soi, de remplacer l’égoïsme suicidaire par un altruisme lucide ». 

« Un pacte citoyen »

Cet éclairage est confirmé par un autre grand philosophe français, Edgar Morin, qui à 95 ans n’arrête pas de militer contre la mondialisation néo-libérale et qui a été invité à la télévision récemment après la parution de son nouveau livre, qui dans son titre — ‘’Et nous vivrons des jours heureux’’ — fait référence au Conseil National de la Résistance. Dans cette émission, il a émis le regret que « les organisations citoyennes sont trop dispersées, comme les politiques alternatives qui s’affrontent alors qu’il faut les rassembler car il faut une coalition de toutes les forces citoyennes face à la loi du profit ».

Dans cet ouvrage sous-titré ‘’100 auteurs, 120 actions pour résister et créer’’, Edgar Morin propose « un pacte citoyen afin d’inspirer à tous des transformations profondes ». Ce pacte, « qui aborde les grands enjeux que sont l’emploi et le travail, les inégalités et la pauvreté, la protection sociale, la transition écologique, énergétique et agricole, le logement, l’éducation, la santé et la justice, la reprise en main de la finance, sera soumis aux candidats et aux candidates des prochaines élections et mis en débat dans tout le pays ».

« Lo rèv in pep réalisé »

À La Réunion on trouve des forces démocratiques qui plaident dans le même sens depuis des dizaines d’années pour libérer le pays — même si la priorité pour la bourgeoisie néo-coloniale est toujours de les éliminer — et de nouvelles organisations de la société civile ne cessent de naître pour mener aussi ce combat. C’est le cas par exemple du mouvement Alternatiba Péi, qui organise le dimanche 4 décembre prochain à La Possession son second « Village des Alternatives à la crise écologique, sociale et économique », avec un « partage de savoirs », des « solutions concrètes et réunionnaises pour demain », une culture de la « solidarité » car ainsi « ti pa ti pa nou va arivé ».

Ces idées fortes et constructives, on les retrouve dans le premier CD admirable que vient de sortir un nouveau groupe artistique rebelle réunionnais, Kaplawsé, et qui porte un titre symbolique : ‘’Espoir’’. Ce disque cultive vraiment l’espérance dans une douzaine de chansons « pou nout nasyon », notamment en rendant un vibrant hommage à nos ancêtres esclaves marrons comme Cimendef, dont le combat a fait du « 20 désanm in libérasyon, lo rèv in pep réalisé ». Voilà pourquoi et comment nou gard lespoir…

Roger Orlu