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4 juin, parNos peines
Billet philosophique
13 janvier 2012, par

Une amie de ’Témoignages’, intéressée par le ’billet philo’ du vendredi, nous a demandé d’expliquer au plus vite ce que serait la… philosophie. Il n’est pas facile — surtout en quelques lignes — de répondre à cette question, car elle fait l’objet de débats interminables depuis des dizaines de siècles entre les philosophes eux-mêmes. Mais c’est une question importante et intéressante si l’on estime que cette science humaine qu’est la philosophie peut être pratiquée de diverses manières par toute personne dès le plus jeune âge pour faire progresser l’humanité. Alors, voici quelques pistes de réflexion proposées dans ce sens.
Tout d’abord, il convient peut-être de préciser qu’il y a une différence entre ce que l’on appelle "une philosophie" et "la philosophie". La première signifie une façon de penser, une conception de la vie, un certain nombre d’idées, une façon de se comporter, etc., même si certains spécialistes estiment que tout cela n’a rien à voir avec la philosophie elle-même et que l’on utilise trop souvent ce mot pour désigner n’importe quoi.
En ce qui concerne précisément "la philosophie", il faut reconnaître qu’elle est l’objet de très nombreuses définitions et de diverses conceptions. Par exemple, elle est définie à la fois comme une matière d’enseignement (en classe terminale ou à l’université essentiellement), comme une création de concepts par des spécialistes que l’on appelle précisément les "philosophes", ou encore comme l’élaboration et le débat d’idées, souvent très complexes pour le citoyen moyen, même si elles portent sur des questions existentielles importantes, mais parfois difficiles à comprendre.
"Philein" et "sophia"
Voilà pourquoi beaucoup de personnes se demandent avec raison à quoi cela sert de "philosopher" et ce que peut apporter la philosophie à l’humanité. C’est une question légitime que le "monde de la philosophie" devrait peut-être se poser lui-même régulièrement pour apprendre à se remettre en cause et aller à l’essentiel plutôt qu’à l’agitation intellectuelle qui ne change rien aux principaux problèmes des humains.
Ceci dit, en nous appuyant sur le sens premier (étymologique) du mot "philosophie", nous pouvons proposer une voie — parmi bien d’autres possibles — pour essayer de donner un contenu positif à cette pratique (intellectuelle, mais pas seulement, car si philosopher c’est penser, c’est aussi agir). Cette voie part donc du fait que le terme français "philosophie" vient de deux mots grecs : le verbe "philein" ("aimer") et le nom commun "sophia" ("sagesse").
« Une école de la liberté »
Selon les historiens de la "philo", cet "amour de la sagesse" n’a pas seulement été cultivé par les peuples en Europe depuis ce que l’on appelle l’antiquité, mais aussi dans d’autres continents comme l’Afrique et l’Asie. Précisons également que "l’amour" dont il est question n’a pas seulement un côté affectif : "philosopher", ce n’est pas uniquement apprécier la sagesse, mais aussi la rechercher et se battre pour la faire avancer dans le monde.
Enfin, n’oublions pas que la sagesse n’a rien à voir avec la résignation, la soumission, l’indifférence, la bêtise, le fait de croire n’importe quoi, l’égocentrisme, l’impulsivité, l’irrationalité et l’agressivité. Au contraire, aimer la sagesse, c’est à la fois cultiver la connaissance et la clairvoyance, l’intelligence et l’esprit critique, la raison et le bon sens, la sérénité et la "zénitude", le dialogue et l’échange, la tolérance, la responsabilité et la solidarité, la lutte contre l’idéologie dominante, la résistance à toutes les formes d’injustices, d’oppressions, de mépris de l’autre et de non-respect des droits humains ; tout cela afin de faire triompher ce qu’Emmanuel Kant appelait « le sens commun » ("sensus communis").
Bref, philosopher, c’est notamment analyser la société pour la transformer, se poser des questions sur le sens de notre vie personnelle et collective (au service de qui et de quoi ?) et, comme le dit l’UNESCO dans l’un de ses ouvrages, la philosophie est « une école de la liberté ». Voilà pourquoi c’est une pratique à développer, à démocratiser et à valoriser pour qu’elle soit vraiment utile à l’épanouissement humain. Et comme le dit le sous-titre du "Manifeste pour une pensée créole réunionnaise" publié récemment par le Cercle philosophique réunionnais, allons prouver que « nou lé kapab majine, kalkil, viv an Rényoné ».
Roger Orlu
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