Alon filozofé

L’importance du combat pour la responsabilité

Billet philosophique

Roger Orlu / 4 mai 2018

Quel sens et quelles perspectives donner à l’éducation, aux luttes sociales, aux engagements politiques, etc. ? Ces derniers jours, des chercheurs et militants réunionnais nous ont rappelé à ce sujet la nécessité de prendre conscience de l’importance du concept humain et philosophique qu’est la responsabilité.

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La délégation du P.C.R., avec son président Élie Hoarau et son secrétaire général Maurice Gironcel, au défilé du 1er mai à Saint-Denis.

C’est le cas par exemple de Guilaine Lauret et des autres responsables du Centre Interdisciplinaire pour l’ENfant (CIEN), qui ont organisé le 27 avril à Saint-Paul en partenariat avec les groupes Constellation et Case Marmaillons un débat très intéressant après la projection du film ‘’Les grands esprits’’. Comme le dit Guilaine Lauret (contact : 0692 42 55 79 – cienlabo974@gmail.com), « ce film soulève des questions importantes sur l’école à l’heure du management, du marché, de la sélection ».
Et comme cela a été rappelé pendant le débat, il est important pour le système éducatif de promouvoir la psychanalyse, la philosophie, de cultiver l’amour, la solidarité, et de valoriser la culture réunionnaise, la langue créole. Il a aussi été souligné que ce système doit développer le sens de la pédagogie vers plus de responsabilité pour mettre en place une société équitable.

« Nou sé in peuple »

Pour aller dans ce sens, un professeur agrégé d’économie, Philippe Cadet, a tenu une conférence le 28 avril à la bibliothèque intercommunale Alain Peters du Moufia sur le non-respect d’un droit fondamental qui frappe de nombreux Réunionnais : le droit à l’emploi. Et il a expliqué de façon très détaillée, en s’appuyant sur de nombreuses études de l’INSEE, que l’évolution démographique du pays et le rôle des classes dominantes vont fortement aggraver cette situation profondément injuste.
Philippe Cadet a conclu son exposé en déclarant qu’« il y a 4 principes fondamentaux dont nous devons prendre conscience : nou sé in peuple avec une vision de l’avenir ; La Réunion sé nout péi ; c’est aussi une île menacée par la montée des eaux et aux ressources plus limitées qu’un continent ; enfin, nou lé touzour kolonizé. C’est pourquoi nous devons exercer nos responsabilités pour être solidaires des pauvres et des victimes des discriminations et dominations racistes héritées de notre histoire ».

Kisa i komann nout péi ?

Cette analyse très pertinente peut nous faire réfléchir à certains problèmes ; par exemple, comment aider nos compatriotes à prendre conscience de l’urgence et de la priorité à remettre en cause le système néo-colonial en place, en se posant la question fondamentale : kisa i komann nout péi ? Autres questions : est-il possible, voire nécessaire de nous rassembler le plus largement possible pour faire respecter le droit à la responsabilité du peuple réunionnais afin qu’il ait les pouvoirs de décision qui le concernent pour un développement durable et comment faire cette union ?
C’est une question de volonté politique, de bon sens, d’échanges et de dialogues pour bâtir l’unité réunionnaise dans la diversité. C’est aussi une question de mobilisation, comme l’a montré la délégation du Parti Communiste Réunionnais au défilé du 1er mai à Saint-Denis, où il a rappelé l’importance du combat pour la responsabilité.

Roger Orlu