Alon filozofé

La philo et la lutte pour les valeurs humaines

Billet philosophique

Roger Orlu / 19 janvier 2018

Une association culturelle comme le Cercle Philosophique Réunionnais, qui souhaite contribuer à faire avancer la philosophie à La Réunion, ne peut que se réjouir de voir d’autres organisations apporter leur contribution à un tel projet. On l’a déjà vu avec tout ce que font dans ce sens des associations comme par exemple Les Amis de l’Université et Les Enfants de la Philo etc.

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Le docteur Raymond Vergès, sur un des panneaux de l’exposition consacrée aux combats des francs-maçons dans l’océan Indien.

Un autre exemple vient d’être mis en lumière à ce sujet : il s’agit de l’exposition présentée à La Saga du Rhum à Saint-Pierre depuis le 23 novembre jusqu’au 10 janvier dernier. Cette exposition, intitulée ‘’La Réunion dans l’océan Indien. L’héritage maçonnique’’, a montré l’œuvre admirable accomplie depuis 1777 dans notre région et en particulier à La Réunion par de nombreux militants du mouvement franc-maçon en faveur d’idées humanistes.

Comme le dit l’universitaire réunionnais Mario Serviable, ‘’commissaire’’ de cet événement, ces militants se sont battus en particulier contre l’esclavage et pour « des idées progressistes, qui feront le lit des idéaux abolitionnistes au moment de la révolution » (‘’Le Quotidien de La Réunion’’ le 3 janvier 2018). Et dans ce cadre sera créée « au début des années 1830 l’association des Francs-Créoles, fondée par Nicole Robinet de la Serve, née à Sainte-Suzanne » pour « la promotion du progrès social et économique ».

Répressions

Lors de la dernière visite guidée de cette exposition, Jean-Paul Nanguet, président de l’Association Philosophique et Philanthropique l’Amitié (APPA), a présenté de façon très intéressante la vingtaine de panneaux qui retracent cette histoire de la franc-maçonnerie dans l’Indianocéanie, avec notamment des portraits de plusieurs de ses militants réunionnais. Et parmi ces portraits, on peut voir par exemple ceux de Raymond Vergès, Raymond Mondon, Mario Hoarau et Omer Hoarau.

On connaît les combats menés par ces personnalités — entre autres avec les communistes réunionnais — contre le régime nazi, pour la décolonisation du pays, contre les fraudes électorales, pour le respect des droits humains et de la dignité de notre peuple etc… Et l’on connaît aussi les répressions dont plusieurs de ces militants ont été victimes de la part du régime pétainiste et puis du régime néo-colonial mis en place depuis 72 ans par non respect de la loi Vergès-Lépervenche du 19 mars 1946.

« Non à l’ombre »

Dans le 1er des 4 tomes de son ouvrage intitulé ‘’Combat des Réunionnais pour la liberté’’, l’historien Eugène Rousse évoque cette répression dont ont été victimes en 1942 des francs-maçons, comme par exemple le docteur Raymond Vergès et les instituteurs Simon Lucas, André Hoarau et Alexandre Dupuis. Dans ce livre, ‘’nout zarboutan nout kiltir’’ cite aussi un extrait du rapport du gouverneur Aubert de 1941, qui vise les francs-maçons et où il est indiqué qu’« une surveillance attentive est exercée sur les zélateurs de la politique du Front Populaire ».

Ces épreuves — parfois très pénibles — vécues par l’ensemble des combattants réunionnais de la liberté depuis 355 ans nous encouragent à être fidèles à ces combats sur le plan syndical, politique et associatif. Et la philosophie — ‘’l’amour de la sagesse’’ — nous incite à lutter pour les valeurs humaines fondamentales que sont le bien commun, la justice, la paix, l’altruisme, le dialogue, l’amitié etc… ; d’ailleurs, comme le souhaite Aimé Césaire, cité dans la conclusion de cette exposition, « nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre ».

Roger Orlu