Alon filozofé

La résistance d’artistes réunionnais

Billet philosophique

Témoignages.re / 3 avril 2020

Dans les ‘’Clips’’ diffusés sur Télé Kréol, nous avons pu entendre un artiste réunionnais chanter : « La Réunion i viv sou lokipasion ». Cela nous incite à réfléchir ensemble, après les engagements des écrivaines réunionnaises dans la résistance au néo-colonialisme évoqués le 11 mars dernier à la B.D.R. par la conférencière Isabelle Hoarau Joly, sur ceux des artistes musicaux du pays.

JPEG - 101.2 ko
Gramoun Séllo : « Malgash ousa y lé ? »

Évidemment, de nombreux chanteurs et musiciens réunionnais ont cultivé depuis plus de 3 siècles (avec notamment la création du maloya…) la résistance du peuple réunionnais à toutes les formes d’oppressions et d’injustices dont il est victime depuis sa naissance. Depuis la création du Parti Communiste Réunionnais par Paul Vergès il y a 61 ans, des ‘’artistes marons’’ ont continué ce combat pour faire reconnaître, respecter et cultiver notre identité mais aussi faire des Réunionnais un peuple libre et responsable pour relever les défis du pays vers un développement durable et solidaire.

D’avance, nous demandons nos excuses à nos lecteurs pour les oublis dans ces artistes que nous allons citer à ce sujet. Évidemment, nous pensons d’abord à nos stars internationales comme Gilbert Pounia du groupe Ziskakan, Thierry Gauliris du groupe Baster ou Danyel Waro, etc., qui ont accompli un travail admirable pou nout kiltir et qui continuent leur combat. Depuis plus de 2 décennies, d’autres artistes ont pris le relai dans ce sens, comme par exemple Davy Sicard, le groupe Tantine Zaza, Gaël Velleyen avec Kréolokoz, Christine Salem, Dominique Aupiais avec Renésens, Expédite Cerneaux avec Bann Laope, Gramoun Selo, Kénaelle, Soan èk son papa Nono, etc. Pardon pour les oublié(e)s !

On pense aussi à nos idoles disparues comme Lo Rwa Kaf, Franswa Sintomer et Maximin Boyer du groupe Kayambé, décédé le 26 juillet 2017 après avoir créé ‘’L’hymne La Réunion’’ en partenariat avec les poètes Idriss Issop-Banian et Patrice Treuthardt, qui nous appelle à « viv an dalonaz ».

« Konstrui in not pasaz »

En fait, tous ces artistes nous encouragent à nous unir pour résister au système injuste qui domine La Réunion depuis sa prise de « possession » il y a environ 380 ans par le régime monarchique français (« la loi fransé lé makro mèm ! » - Franswa Sintomer), qui exploite le pays et les Réunionnais les plus pauvres. Ce système pollue aussi notre environnement et nie l’identité culturelle spécifique du peuple réunionnais ainsi que ses droits fondamentaux par l’assimilation et le non-respect de ses pouvoirs de décisions pour tout ce qui le concerne.

D’où cette pensée inoubliable de Maximin Boyer : « La Rényon ni èm, ni èm, ni èm mèm ; sa nout péi mèm. Asé lèss lé zot désid pou nou. Anou osi nou lé kapab tyinbo la klé ».

Autre pensée en conclusion qui illustre en musique la résistance du peuple réunionnais depuis sa naissance et le maronaz ; elle vient du CD ‘’Tantine Zaza’’, sorti il y a 5 ans : « Tou lé zour nou travay pou nou gagn nout batay. Kosa ni lé, kosa na fé ? Touzour na donn la min. (…) Na poursuiv nout somin. (…) Kan nou voi sa, i donn anou kouraz konstrui in not pasaz ».

Roger Orlu