Alon filozofé

La résistance des Réunionnaises

Billet philosophique

Roger Orlu / 16 mars 2018

La célébration réunionnaise de l’édition 2018 de la Journée Mondiale pour les Droits des Femmes a été marquée par plusieurs événements dans le pays pour cultiver les valeurs fondamentales en faveur du respect des droits et de la dignité des Réunionnaises comme des femmes du monde entier. Un combat mené par notre peuple depuis 355 ans et à renforcer sans cesse…

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Rassemblement pour le respect des droits des femmes le 8 mars 2018 sur le parvis de Champ-Fleuri avec une prise de parole de Firose Gador.

À ce sujet, il faut signaler la conférence tenue le 7 mars à la mairie de Saint-Denis par l’historienne Michèle Marimoutou Oberlé sur le parcours héroïque accompli par l’enseignante Marie-Aline Wuathion, « première institutrice réunionnaise de couleur face à Vichy ». « Née à Saint-Denis en 1893 d’un père arrivé de Canton, directrice d’école à Bagatelle (Sainte-Suzanne) après un parcours scolaire et professionnel brillant, elle sera démise de ses fonctions par le régime de Vichy le 11 décembre 1940 ».

Cette conférence a bien montré « l’originalité de ce parcours féminin dans l’histoire des migrations vers la colonie de La Réunion, un destin individuel qui se heurte aux heures sombres de la Seconde Guerre Mondiale et la rencontre d’un destin de femme réunionnaise et de l’histoire à travers ses heures les plus sombres ». Grâce au travail effectué par Michèle Marimoutou Oberlé avec d’autres chercheurs et des élèves, le nom de Marie-Aline Wuathion a été donné par la municipalité de Sainte-Suzanne à une école de Bagatelle en mémoire de la résistance admirable de cette enseignante réunionnaise réprimée par les colonialistes collaborateurs des nazis.

« Libération des peuples opprimés »

Dans le cadre de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes, a aussi eu lieu le 8 mars sur le parvis des Droits de l’Homme à Champ-Fleuri un rassemblement pour exprimer « la contribution réunionnaise à la lutte des femmes et des peuples dans le monde ». À ce rassemblement ont pris notamment la parole des représentantes du Groupe des Femmes Communistes de La Réunion, de la Ligue des Droits de l’Homme, de l’Association Réunion-Palestine et de La France Insoumise.

À cette occasion a été adopté à l’unanimité un appel à la « lutte pour la liberté, lutte pour le droit à l’émancipation, lutte pour le respect, lutte tout simplement pour vivre et être traitée en être humain. Tous ces combats doivent être menés et chacun peut y contribuer ». Et cet appel a notamment mis l’accent sur le soutien à « la cause de la jeune Palestinienne Ahed Tamimi, jeune militante, engagée dans la lutte pour la libération de son pays », en soulignant que « la solidarité que nous voulons apporter au combat mené par Ahed dépasse celui de la lutte des femmes et rejoint celui mené pour la libération des peuples opprimés ».

« Esprime ton liberté »

Ce combat internationaliste a aussi été évoqué durant tout l’après-midi du 10 mars au siège de la Section communiste du Port, où les militantes communistes portoises ont organisé une belle rencontre en faveur du respect des droits des femmes. Cette rencontre a été marquée notamment par la présentation d’une exposition sur des Réunionnaises qui se sont battues depuis le maronage pour le respect des droits comme de la dignité de leurs compatriotes ainsi que le droit de leur peuple à la responsabilité pour plus d’autonomie.

Outre la projection d’un documentaire et un débat pour combattre les violences intra-familiales à La Réunion, des militantes ont aussi offert de belles prestations théâtrales et musicales pour défendre les causes des femmes. Et comme le dit le groupe Bann Fanm Kouraz dans son magnifique CD intitulé ‘’Tantine Zaza’’, la résistance des Réunionnaises continue : « Tou lé zour nou travay pou nou gagn nout batay (…) Touzour na donn la min (…) Na poursuiv nout somin (…) Esprime ton liberté ».

Roger Orlu