Alon filozofé

Le monde manque d’amour

Billet philosophique

Roger Orlu / 2 novembre 2007

Un des principes fondamentaux à la base de toute réflexion philosophique qui se veut une analyse la plus juste possible de la réalité pour la transformer est celui-ci : chaque situation est contradictoire, c’est-à-dire faite d’éléments différents, voire opposés. Rien n’est simple, ni uniforme dans l’univers, et ce sont ces contradictions qui font évoluer les choses.
Parmi ces contradictions, il en est une que l’on constate chaque jour, de notre île au monde : c’est, d’une part, ces milliards de gestes d’amour, de tendresse et de solidarité qui lient les humains et leur donnent du bonheur ; de l’autre, tous ces actes de violence, de haine et d’égoïsme qui sont autant de sources de malheur et de tristesse.

Lorsque les vies dans nos sociétés, et notamment les relations humaines sont déterminées par la loi des plus forts, c’est-à-dire des plus riches qui veulent avoir toujours plus d’argent, ce sont les actes injustes qui dominent les rapports de paix. Et cela donne des sociétés qui tendent vers la bestialité plutôt que vers l’humanité ; vers la barbarie et le non-sens plutôt que vers la civilisation et l’intelligence.
Pour le rappeur Layone, c’est « le manque d’humanité qui règne dans le monde d’aujourd’hui », car « le partage laisse de plus en plus de place à l’égoïsme ». (1)
Selon cet artiste, « avoir le sens de l’humanité, c’est un mode de vie. Regardons les autres, construisons ensemble, partageons, échangeons. Le pouvoir n’appartient pas qu’aux gouvernants, il appartient surtout au peuple. Ne laissons pas le manque d’humanité pourrir notre monde, car nous y vivons, et nos enfants y vivront ».

Dans son livre “La Dignité” (Éditions La Dispute”), le psychiatre Bernard Doray analyse un facteur qui contribue de plus en plus à perpétuer le système non-humain contre lequel nous devons lutter : c’est la “pipolisation”. À savoir la diversion, la désinformation et la spectacularisation auxquelles se consacrent les médias financés par les tenants de ce système, au détriment de la démocratie.
Il rappelle que « le jeune Marx, inventant l’idée communiste moderne, avait déjà noté que l’exploiteur ne spolie pas seulement l’exploité en prélevant la plus-value sur son travail, mais qu’il le nie aussi dans la dignité de son appartenance au genre humain, à la création de l’œuvre sociale ».
Bernard Doray estime toutefois que la découverte du “reality show” « peut provoquer des effets ouvreurs de conscience extrêmement puissants ». Il s’appuie pour cela sur son collègue martiniquais Frantz Fanon, qui disait à propos des violences coloniales : « la sortie d’une telle aliénation s’opère lorsque le dominé renverse la perspective et découvre “qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène” ».
Une pièce à verser au dossier de nos résistances pour changer ce monde qui manque vraiment d’amour...

Roger Orlu

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(1) voir “l’Humanité” du lundi 29 octobre 2007.