Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Billet philosophique
11 juillet 2014, par

Dans la continuité des deux précédents « billets philo » consacrés à des questions socio-économiques, nous allons évoquer dans cette chronique un des problèmes fondamentaux de nos sociétés trop souvent mis de côté par le monde médiatico-politique dominant : celui des inégalités. Un ami de la philo nous a fait parvenir à ce sujet un document très intéressant du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), qui vient de publier quelques notes sur la situation et l’évolution des inégalités économiques dans le monde. Quand on connaît la gravité inacceptable des inégalités à La Réunion, voilà de quoi réfléchir sur le pouvoir de décision que doit d’urgence détenir le peuple réunionnais pour mettre fin à ce système inhumain et construire lui-même dans son pays une société libre, responsable, équitable, solidaire, harmonieuse…
Selon ce document du CADTM, « la crise qui a débuté en 2007 a mis au premier plan la question des inégalités. D’une part, parce que la concentration de la richesse socialement produite a été un des détonateurs principaux de la crise. D’autre part, en raison de la scandaleuse absence de corrélation entre les responsables de l’effondrement économique et ceux qui en subissent les conséquences.
Ce contexte a donné lieu à un débat plus fondamental sur la relation entre la croissance économique (ou plus largement de la dynamique propre du capitalisme) et les inégalités. Le capitalisme a-t-il permis de réduire les inégalités entre riches et pauvres ou au contraire les a-t-il renforcées ? Le monde est-il moins inégal aujourd’hui qu’il y a 200 ans ?
De fait, par sa propre dynamique, le capitalisme tend historiquement aux inégalités. Le monde est aujourd’hui plus inégal qu’en 1870. L’expérience historique nous montre que la poursuite de cette tendance dépendra du contexte social et du rapport de forces.
De même, la concentration croissante tant des revenus que des patrimoines au cours des dernières décennies est étroitement liée à l’actuelle crise de surendettement (principalement privé) et du risque de stagnation sur le long terme qui en découle.
Il ne s’agit pas tant d’un débat technique que politique, dans la mesure où il questionne un système doté d’une capacité productive sans commune mesure avec les systèmes qui l’ont précédé, mais également d’une pire répartition de la richesse qu’il y a deux siècles (sans tenir compte des résultats pernicieux de ce mode de production sur l’environnement). (…)
À l’échelle mondiale, selon les calculs présentés en 2013 dans le rapport annuel du Crédit Suisse, 0,7% de la population mondiale accapare 41% de la richesse totale. À l’autre extrémité, près des 70% les plus pauvres ne réunissent qu’à peine 3% de la richesse mondiale.
(…) Dans une économie capitaliste, l’excédent généré socialement est réparti entre les facteurs capital et travail. Plus concrètement, comme Marx l’a expliqué, le capital détient la propriété des moyens de production et achète la force de travail nécessaire pour mener à bien le processus de production. Le salaire qui sert à payer cette force de travail n’est pas une simple marchandise, mais un rapport social. En ce sens, la quantité finale de ce salaire dépend en dernière instance du rapport de force entre capital et travail : « la bataille pour la redistribution », à laquelle l’économiste polonais Kalecki fait référence.
Le problème des inégalités n’est pas seulement éthique, mais également pratique. La montée des inéquités contribue à démolir la démocratie.
Le prix de l’inégalité comme le dit Stiglitz n’est pas seulement la quantité de ressources que concentre le 1% le plus riche mais également le fait que les décisions concernant l’ensemble de la société tendent à se conformer aux intérêts de cette petite minorité face au reste. On le voit par exemple avec la tendance à la baisse des impôts pour les plus riches.
En définitive, les inégalités croissantes posent un problème très grave, qui nécessite des mesures urgentes.
Nous proposons d’agir sur les axes suivants :
Mettre fin aux politiques d’austérité et changer la politique fiscale en augmentant la progressivité et le rôle de la dépense publique comme facteur de redistribution des revenus et vecteur de l’investissement productif.
Mettre en place des politiques de distribution primaire du revenu : régulation du marché du travail avec l’équité effective de genre, récupération de l’objectif de l’emploi parmi les priorités des politiques publiques ; accès au contrôle et à la gestion des ressources productives.
Mettre fin à la dynamique du système dette en menant à bien des audits avec contrôle citoyen des dettes publiques et annulation de la partie de la dette considérée comme illégitime.
Mettre fin aux effets hérités des inégalités qui engendrent le système de l’endettement. L’annulation des dettes illégitimes n’est pas seulement un soulagement pour celles et ceux qui en sont les victimes, mais un levier pour empêcher la poursuite de ces mauvaises pratiques.
Il faut mettre fin au processus de concentration des revenus et des richesses. Des mesures actives en ce sens sont nécessaires non seulement pour permettre la redistribution mais aussi un accès plus équitable aux sources d’obtention des revenus. C’est ainsi que s’attaquer aux inégalités est indispensable pour mettre fin à l’actuelle spirale de l’endettement. (…) ».
Roger Orlu
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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