Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
20 juillet 2012

Un des plus graves problèmes de notre temps n’est-il pas le fait que non seulement la plupart des États du monde, mais aussi d’autres responsables socio-économiques, politiques, médiatiques et autres décideurs ne fassent quasiment rien pour aider les citoyens à prendre conscience de l’importance du développement durable à construire d’urgence aussi bien au niveau de chaque collectivité locale et nationale qu’au niveau planétaire ? En effet, cela a pour conséquence d’aggraver les difficultés de la majorité de l’humanité, voire de mettre en péril sa survie. En même temps, cela s’inscrit dans la logique de la loi du profit capitaliste qui domine la planète, alors que le développement durable nous oblige à tout changer. Mé kisa i koné sa ?
Dans le journal "Le Monde" du 12 juillet dernier, Gilles van Kote, du "Service Planète", publie une analyse de la récente Conférence des Nations Unies sur le développement durable à Rio de Janeiro, où il souligne notamment « le "krach" de l’économie verte ». Ce "krach" a été dénoncé entre autres par le président bolivien Evo Morales, qui a souligné que ce nouveau modèle économique, basé en particulier sur le respect de notre environnement par les divers modes de production, est transformé par les pays les plus riches comme « une nouvelle forme de colonialisme » pour, en fait, dominer et piller d’une autre façon les plus pauvres.
Le chroniqueur du quotidien parisien signale également que « les organisations non-gouvernementales (ONG) les plus radicales ont dénoncé une volonté du monde occidental de repeindre en vert un capitalisme aux abois ». Autrement dit, les classes et les puissances dominantes prétendent vouloir donner une dimension soi-disant écologique à l’économie de marché pour augmenter en réalité leur exploitation des peuples et leur imposer encore davantage leur système, tout en continuant elles-mêmes à polluer notre cadre de vie. Voilà pourquoi Gilles van Kote conclut avec raison son article en déclarant que 25 ans après le lancement de ce concept par les Nations Unies, « le développement durable reste à réinventer ».
Un outil émancipateur
Cet article pose toutefois un problème selon nous : c’est qu’il parle seulement des « trois piliers du développement durable » ; c’est à dire : l’économie, le social et l’environnement. Ceci est préoccupant, car cela illustre à quel point, même dans la presse, des spécialistes de ce sujet ne sont pas conscients de l’ensemble des dimensions du développement durable, si l’on veut véritablement lui donner un contenu valable, qui remet entièrement en cause le mode de "développement" désastreux mis en place depuis des siècles.
Ceci est d’autant plus grave qu’en un quart de siècle, le concept de développement durable n’a cessé de s’enrichir, grâce à des réflexions émises par des citoyens du monde entier, afin qu’il ait un sens réellement et fortement transformateur de la société. Au point qu’il n’ait pas seulement un continu sirupeux, sans intérêt, voire néfaste, et que le peuple s’en empare comme d’un outil émancipateur.
Six piliers
C’est pourquoi nous voudrions rappeler ne serait-ce que les six piliers du développement durable évoqués l’an dernier par des centaines d’élèves des écoles du Port lors du "concours philosophique" organisé à ce sujet par le Cercle Philosophique Réunionnais. Ces six piliers sont les suivants :
• une économie durable, sociale et solidaire ;
• une société équitable, avec un juste partage des richesses, une politique des revenus, des prix, de la fiscalité et des prêts bancaires qui respecte les droits sociaux de tous les citoyens ;
• une protection de notre environnement dans tous les domaines ;
• une gouvernance démocratique, où le pouvoir politique et judiciaire appartient réellement au peuple pour permettre à chaque citoyen d’être un acteur libre et responsable du développement de son pays ;
• une prise en compte de la dimension culturelle de notre vivre ensemble, et donc la culture du savoir, de l’esprit critique, de la sagesse, de l’éducation à tous les âges, de l’identité, de la diversité culturelle et de l’interculturalité ;
• un co-développement solidaire des peuples au niveau de leur région ou continent, mais aussi au niveau planétaire, avec une gouvernance partenariale.
Allons donc renforcer ensemble cette bataille afin que de moins en moins de citoyens de La Réunion et du monde soient conduits à nous dire : « Lo dévlopman dirab ? Mi koné pa kosa i lé. Moin lé pa la èk sa ! ».
Roger Orlu
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