Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
21 mars 2014, par

En raison du contexte socio-économique et politique du pays — comme du conditionnement médiatique et éducatif auquel est soumis le peuple réunionnais —, il est important de se battre constamment pour une prise de conscience de la gravité de certains problèmes, trop souvent sous-estimés voire ignorés. On peut citer par exemple le problème du partage inégal des revenus par l’apartheid social, celui de la pollution de notre existence par le tout-pétrole, les engrais chimiques, les pesticides, la malbouffe etc…, ou celui d’une gouvernance non démocratique. L’actualité nous incite à réfléchir aussi sur un autre problème, lié à la culture.
Selon un sondage rendu public ce mardi par Antenne Réunion, près de la moitié de nos compatriotes (49%) ne seraient pas « favorables à l’utilisation d’un drapeau réunionnais ». Bien que ce drapeau a déjà été classé comme « drapeau officiel de La Réunion », « reconnu en 2003 par la Fédération Internationale des Associations Vexillologiques » et « adopté par la monnaie de Paris en 2010 avec la pièce de 10 euros », il ne serait pas encore approprié par le peuple réunionnais, auquel on prêterait une préférence pour le drapeau tricolore de la République française, alors qu’il n’y a aucune raison d’opposer ces deux symboles.
En fait, cette vision de la conscience réunionnaise pourrait être liée à un véritable négationnisme de l’identité spécifique de notre peuple, faite de son Histoire, de sa langue et de toutes les autres richesses de sa culture originale, comme de son interculturalité unique au monde etc… Cette négation et infériorisation de notre identité réunionnaise est très grave car elle ne respecte pas un des principes fondamentaux proclamés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’Organisation des Nations Unies en 1948 sur l’égalité entre les cultures ; et il est indispensable d’en prendre conscience.
Pour résoudre ce problème, il faut reconnaître l’ampleur désastreuse de la politique d’assimilation culturelle et identitaire mise en œuvre à La Réunion par les classes dominantes, notamment depuis 68 ans, malgré l’abolition officielle du statut de colonie du pays par la loi Vergès-Lépervanche du 19 mars 1946. Et cela — d’une certaine façon — par une nouvelle forme de colonialisme, comme celui dont ont été victimes les peuples des anciennes colonies françaises en Afrique devenues indépendantes dans les années 60 mais soumises ensuite au régime dit de la "France – Afrique".
Cette assimilation se traduit notamment par la non-reconnaissance officielle du peuple réunionnais, né il y a 351 ans, mais aussi par la domination du langage officiel dans les conversations quotidiennes, où par exemple la France est appelée "la métropole" (alors qu’il y en a maintenant plusieurs là-bas !) ; les réalités et les personnes de La Réunion sont qualifiées de "locales" plutôt que réunionnaises ; les questions et réalités concernant la République française sont dites ici "nationales" alors que nout nasyon i apèl La Rényon… Bref, ce langage nie de fait l’identité spécifique réunionnaise (d’où le concept de négationnisme).
Ceci dit, on pourrait aussi éventuellement donner un sens plutôt positif au sondage cité plus haut, en se disant qu’il est encourageant de constater que la résistance des Réunionnais à ce négationnisme est telle que déjà près de la moitié d’entre eux (47%) se sont libérés de l’assimilation en se déclarant « favorables » à l’utilisation de notre drapeau. Et notamment grâce au combat mené par des militants politiques, culturels, éducatifs, artistiques etc… mais aussi par de nombreux acteurs culturels professionnels de La Réunion, on constate une forte progression de l’affirmation par le peuple réunionnais de son identité.
À ce sujet, on citera un exemple — parmi bien d’autres — dans l’actualité ; il s’agit de l’exposition présentée vendredi dernier au Théâtre Sous les Arbres (Le Port) par le plasticien Régis Laope, qui a mis en avant plusieurs aspects des trésors de nout kiltir (la lang kréol, notre Histoire, nos proverbes, la toponymie du pays, la créativité de nos artistes, écrivains, poètes etc…). Fidèle aux combats de son père — le grand chanteur Maxime Laope —, Régis, qui se présente comme « in moun, in sinbol, in fason », veut continuer à valoriser les atouts de la créolité réunionnaise. Bonn kontinuasyon zot tout !
Roger Orlu
(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! [email protected]
Nos peines
In kozman pou la rout
Nouvelle illustration de la faillite du système néocolonial
Négociations internationales sur la lutte contre la crise climatique
Des aides publiques de la France possibles
Le 1er juin, le Sénat a adopté le Projet de Loi de Régulation de l’enseignement supérieur privé lucratif. Ce débat aurait pu être l’occasion de (…)
Au lieu de reproduire la France, les Réunionnais devraient s’inspirer de Madagascar
Retour sur le séminaire organisé par la Section PCR de Saint-Denis
Conséquence de la crise et de la pénurie de logements sociaux
Condoléances du Parti Communiste Réunionnais
Face aux difficultés de trésorerie à cause des retards de paiement
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture