Alon filozofé

Nout somin la libèrté

Billet philosophique

Roger Orlu / 16 mars 2012

Lors de son Assemblée générale 2012 tenue samedi dernier au siège de Lofis la Lang Kréol La Rényon au Port, le Cercle philosophique réunionnais, présidé par la docteure en philosophie Aude-Emmanuelle Hoareau, a choisi le thème de "La liberté" comme fil conducteur de ses actions durant cette année. Ce concept de "liberté", cultivé par les philosophes du monde entier tout au long de l’Histoire, a été un facteur d’épanouissement de tous les peuples de la Terre lorsqu’ils s’en sont approprié en l’associant à ceux d’équité, de solidarité et de rationalité. Nous allons citer trois événements d’actualité, parmi bien d’autres, qui illustrent l’intérêt de cette piste de réflexion.

Tout d’abord, il est intéressant de signaler que le numéro de mars de la revue française "Philosophie Magazine" consacre tout un dossier à un grand philosophe français, fondateur du quotidien communiste "l’Humanité" en 1904 : Jean Jaurès. Pour ce « révolutionnaire, adversaire du capitalisme et militant de la cause ouvrière, le socialisme est un projet de civilisation totale, tournée vers la liberté individuelle, la justice sociale et la laïcité ».
En plus d’une large présentation de la pensée et des engagements de ce combattant de la liberté, homme de paix et de justice, assassiné en 1914 à Paris par un nationaliste français pour soutenir la guerre entre les peuples français et allemand, la revue publie un extrait de l’une des œuvres de Jean Jaurès intitulée : "Socialisme et liberté". Il y déclare notamment que le socialisme est la « condition nécessaire » de la liberté. D’où cette question : si le socialiste François Hollande est élu président de la République le 6 mai prochain, acceptera-t-il que le peuple réunionnais puisse entreprendre une nouvelle étape sur son chemin de la liberté ?

"Dénoncer sous l’occupation"

Sur ce chemin de la liberté où il s’est lancé dès sa naissance en 1663, le peuple réunionnais a toujours trouvé des ennemis dans ses propres rangs, comme tous les peuples du monde. Et aujourd’hui encore, on constate ce phénomène, où l’on voit notamment certains politicien(ne)s et journalistes "péi" se consacrer avant tout à la chasse contre le parti réunionnais de la liberté, le PCR. Il y a même des soi-disant "communistes" qui ont pour priorité de casser cette organisation démocratique afin de défendre leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt commun de notre peuple.
Cela nous fait penser à ce film terrible et bouleversant diffusé avant-hier soir sur la chaîne télévisée France 3 sous le titre : "Dénoncer sous l’occupation". Ce documentaire captivant montre de façon précise et détaillée comment, pendant l’occupation de la France durant la Seconde Guerre mondiale, les fascistes allemands et leurs collaborateurs français ont organisé la délation et la répression ignoble des juifs, des communistes et autres résistants anti-nazis. Parmi ces Français délateurs, il y avait entre autres des politiciens et des journalistes, qui profitaient des avantages financiers offerts par les occupants…

Les "Figaro" d’aujourd’hui

Revenons à La Réunion avec une autre illustration de cette contradiction de classes qui a marqué toute notre Histoire, en particulier durant la période de l’esclavage, évoquée mercredi soir à Saint-Paul lors d’une conférence de l’historien Claude Wanquet sur un « gros blanc » réunionnais de la fin du 18ème siècle : Henri-Paulin Panon Desbassayns. Le professeur émérite d’Histoire à l’Université de La Réunion a présenté la vie et l’œuvre de ce « créole esclavagiste », qui a participé aux guerres coloniales de la France en Inde, qui fut un « grand propriétaire de terres et d’esclaves », mais aussi « négociant avisé », devenu « l’un des hommes les plus riches de Bourbon, où il est né en 1732 ».
Claude Wanquet a notamment cité les carnets de voyages rédigés par Panon Desbassayns lorsqu’il a accompagné une partie de ses enfants en France en 1785 et en 1790-1792, pour y soutenir leurs études. Et il a raconté comment, malgré « ses idées conservatrices », il a pris acte de la Révolution française en 1789 et prêté le serment républicain le 10 août 1791 à Lorient. Mais en même temps, sitôt informé de la révolte des esclaves à Saint-Domingue le 23 août de la même année, celui qui avait « une fortune colossale et notamment la plus grande fortune de l’île en esclaves » (ils sont passés de 200 en 1784 à 451 en 1800, lorsqu’il est décédé) a pris des mesures pour empêcher qu’une telle révolte se produise à La Réunion.
Cela n’empêcha pas nos ancêtres marrons de continuer leur combat contre l’esclavage et les esclaves ami(e)s d’Élie d’organiser leur révolte historique en 1811 dans la région de Saint-Leu ; ceci, malgré l’esclave Figaro qui les a dénoncés, en échange de biens fonciers offerts par les maîtres. Eh bien, malgré les "Figaro" d’aujourd’hui qui trahissent et divisent leur peuple, celui-ci va continuer son combat. Ala nout somin la libèrté !

Roger Orlu

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