Alon filozofé

« Nout’ tout même nasion… »

Billet philosophique

Roger Orlu / 26 juillet 2019

Nous avons vécu ces derniers jours trois événements qui nous font réfléchir sur l’importance des valeurs à cultiver dans l’éducation de notre jeunesse réunionnaise et dans la culture du peuple réunionnais. C’est un moyen de renforcer les atouts de notre identité.

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La peinture en hommage à Bakoko au Port. (photo Norbert Vincent)

Citons d’abord le beau documentaire réalisé et présenté au Jardin botanique de Mascarin le 19 juillet par Véronique Précourt sous le titre ‘’Le chant des ravines’’, où sont valorisés par plusieurs personnes — dont l’écrivaine Isabelle Hoareau et le poète Boris Gamaleya — les trésors naturels mais aussi historiques et mémoriels que représentent les ravines du pays. Et lors de cette belle soirée à Mascarin, le groupe musical Matarom a notamment rendu hommage aux esclaves marones et marons qui ont parcouru ces ravines dans leurs combats de résistance à l’esclavage.
À ce sujet, citons aussi la conférence tenue ce jeudi par l’historien Prosper Ève à Bras-Panon, où il a partagé ses connaissances précieuses sur ‘’le cirque de Salazie et le couple Anchaing et Héva’’, dont les combats furent illustrés par Bruno Escyle, chanteur du groupe Apolonia, « qui a consacré une chanson "Lo Rwa La Rène" à ce couple emblématique de l’Histoire de La Réunion ». Signalons également à ce propos la belle statue réalisée par le sculpteur Marco Ah-Kiem au Barachois de Saint-Denis en hommage à cette famille marone.

Réveillons-nous

Enfin, nous vous faisons part de cette magnifique peinture que nous ont fait découvrir et admirer des camarades du Port samedi dernier dans le quartier situé derrière la médiathèque Benoîte Boulard et la gare routière dans l’allée Bakoko : il s’agit d’un grand tableau peint par un professionnel sur le mur d’une maison en décembre dernier à la demande de Jahman Bataille et Alain Bataille, arrière petit-fils et petit-fils de Abdallah Moussa, dit Bakoko. Le nom de cette personne a été donné après son décès en 1992 à cette allée par la municipalité du maire communiste Jean-Yves Langenier pour rendre hommage à ce militant politique et syndical exemplaire, arrivé des Comores en 1902 à l’âge d’environ 22 ans comme engagé et devenu employé du CPR (Chemin de fer et Port de La Réunion).
La peinture réalisée « en hommage à Bakoko » porte des messages très forts comme l’union des Réunionnais dans leur diversité face aux oppressions (voir les chaînes), les couleurs du drapeau péi et ce concept pertinent : « Nout’ tout même nasion… ». Conclusion philosophique : face à l’assimilation, le communautarisme, l’exploitation, la pollution et la domination de notre pays par les profiteurs, réveillons-nous, unissons-nous et assumons nos responsabilités militantes pour préparer la jeunesse réunionnaise et tout notre peuple à prendre en main le destin de La Réunion, nout péi, nout nasyon !

Roger Orlu