Alon filozofé

Ousa i lé nout maronaz zordi ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 10 mars 2017

Allons continuer à réfléchir ensemble, comme vendredi dernier, sur les enseignements à tirer de notre Histoire pour construire un avenir meilleur au service du peuple réunionnais. En effet, plusieurs événements se sont passés cette semaine avec des éclairages de divers chercheurs réunionnais à ce sujet sur les combats à mener actuellement afin d’aller dans ce sens.

JPEG - 47.8 ko
Brigitte Croisier devant la première image de l’exposition du CEVIF sur les luttes pour les droits des femmes et avec plusieurs livres consacrés à cette cause.

Nous allons d’abord citer par exemple le séminaire organisé par l’Université de La Réunion le 6 mars sur les pensées et les actions de Paul Vergès pendant plus de 70 ans, où l’universitaire André Oraison a exposé les propositions du fondateur du PCR pour faire en sorte que le peuple réunionnais accède enfin à la responsabilité afin de pouvoir mettre en œuvre un développement durable de son pays. Ensuite, Élie Hoarau, le président du PCR, a souligné — entre autres — les nombreux appels lancés par Paul Vergès à prendre conscience de la nécessité et de l’urgence d’un nouveau mode de développement à La Réunion et dans le monde entier car l’avenir de l’humanité en dépend.

Dans la seconde partie de ce séminaire, l’universitaire Salim Lamrami a présenté les nombreuses actions menées par Paul Vergès avec son parti politique pour exprimer la solidarité du peuple réunionnais avec les autres peuples du monde dans le cadre d’un internationalisme pour la justice et la paix sur Terre. Enfin, il y a eu l’éclairage d’un autre universitaire, Carpanin Marimoutou, sur le concept d’intraculturalité cultivé par Paul Vergès, notamment dans son projet de Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise, pour que tous nos compatriotes s’imprègnent personnellement et collectivement des atouts immenses de notre interculturalité héritée de notre Histoire.

Nos ancêtres esclaves maronnes

Autre exemple de l’importance de ‘’la kiltir nout mémwar’’ : la rencontre organisée par le Collectif pour l’Élimination des Violences Intra-Familiales (CEVIF) le 8 mars à l’occasion de la Journée mondiale des droits des femmes, avec la projection d’un film sur l’œuvre d’une militante de France qui a marqué le féminisme au 20e siècle : Benoîte Groult. Cette projection a été suivie par un exposé de la philosophe réunionnaise Brigitte Croisier, qui a clairement expliqué à quel point le respect des droits et de la dignité des femmes nécessite « une prise de conscience du problème et des combats à mener dans la solidarité ».

À ce sujet, elle a cité en conclusion les luttes de nos ancêtres esclaves marronnes, dont il sera question ce samedi 11 mars à 15 heures au Centre culturel Sudel Fuma à Saint-Paul lors d’une conférence de l’universitaire Charlotte Rabesahala, dans le cadre de sa magnifique exposition consacrée jusqu’à la fin de l’année dans cet espace au maronnage à La Réunion. Ce thème fut également évoqué mardi dernier à Saint-Paul par l’universitaire Marie-Ange Payet, qui a rédigé un livre intitulé ‘’Les femmes dans le maronnage à l’île de La Réunion de 1662 à 1848’’.

Rassemblement sans exclusive

À partir de là, nous pouvons nous poser la question : ousa i lé nout maronaz zordi ? Autrement dit, sommes-nous aujourd’hui toujours fidèles aux combats de nos ancêtres qui ont lutté souvent dans les pires difficultés pour leur liberté, le respect de leurs droits et de leur dignité ?

Certes d’importantes luttes sociales, environnementales, culturelles et politiques sont toujours menées dans ce sens aujourd’hui comme dans le passé et cela est très encourageant. Mais comme on le sait, seul le rassemblement le plus large possible, solidaire et sans exclusive, comme le préconise le PCR, permettra au peuple réunionnais d’entrer dans l’ère de la responsabilité pour réaliser enfin une politique de développement durable dans son pays.

Roger Orlu