Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
15 avril 2016, par

Face aux graves problèmes économiques, sociaux, environnementaux, culturels et institutionnels dont souffrent de plus en plus de Réunionnaises et Réunionnais, des luttes sont menées actuellement dans tout le pays pour tirer la sonnette d’alarme à ce sujet auprès du pouvoir parisien et de ses complices à La Réunion. Parallèlement à ces actions de résistance, des réflexions sont également échangées entre nos compatriotes sur les causes de ces problèmes et sur les solutions à mettre en œuvre.
Ce fut le cas, par exemple, le mercredi 6 avril dernier lors d’un goûter-philo animé par le Cercle Philosophique Réunionnais à la médiathèque Benoîte Boulard du Port sur la question : « Y a-t-il des leçons à tirer de l’esclavage ? ». À cette occasion, une vingtaine de personnes — dont beaucoup de jeunes — ont notamment réfléchi à l’importance de la résistance des esclaves face aux horreurs de ce « crime contre l’humanité » qui a marqué près de deux siècles des 353 ans de l’Histoire du peuple réunionnais.
Un autre thème évoqué à ce sujet fut la question : reste-t-il des traces de l’esclavage aujourd’hui, vu la misère, les inégalités, les exclusions, le racisme et autres injustices dont sont victimes les descendants d’esclaves, d’engagés et autres colonisés… ? D’où cette question : kosa nou fé pour être fidèles à nos ancêtres résistants en combattant les oppressions et injustices de notre temps ? Et parmi les leçons à tirer de l’esclavage, ne s’agit-il pas de voir ensemble comment lutter pour changer la société injuste, violente et criminelle créée par le système néo-colonial en place depuis 70 ans ?
Ces valeurs humaines fondamentales de solidarité et d’altruisme envers les personnes en difficultés furent valorisées de façon admirable lors d’une conférence animée le lendemain au Tamarun de La Saline les Bains par le philosophe français Josef Schovanec avec l’association Autisme Réunion. Durant cette rencontre, des appels importants à s’engager dans l’action en faveur des autres furent lancés : « Militons pour une place des personnes autistes dans la société car elles sont souvent victimes de maltraitances ».
Ce grand penseur, lui-même autiste, qui s’est présenté durant toute sa conférence comme « votre serviteur », a plaidé avec force pour la miséricorde, en déclarant notamment : « Le plus important dans la vie humaine c’est d’aider les autres dans le sens de la justice, de construire une société où les personnes différentes et exclues auront leur place, afin de permettre à tous les humains de franchir le cap de l’inclusion ». Et à ce sujet, il a conclu en disant : « Non à l’extrême autisme de certains politiciens, qui se cachent dans des forteresses ».
Ce message très fort et apprécié par le public a aussi été exprimé d’une certaine façon la veille au Collège de Bourbon à Saint-Denis, où le principal, Ibrahim Cadjee, et ses collègues enseignants ont organisé en partenariat avec l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie à La Réunion une cérémonie commémorative très émouvante. En effet, ce jour-là, a été rendu hommage aux Réunionnais Jean Joly et Teddy Piat, anciens élèves du Lycée Leconte de Lisle (actuellement Collège de Bourbon), résistants de la Seconde Guerre Mondiale et déportés le 6 avril 1943 dans les camps de concentration nazis de Neuebrem puis Mauthausen.
Plusieurs allocutions ont été prononcées — en particulier par le sénateur communiste et ancien résistant Paul Vergès — pour appeler les collégiens présents mais aussi l’ensemble de la jeunesse réunionnaise à être fidèles aux combats pour la justice et la liberté menés par nos ancêtres depuis la naissance de notre peuple en 1663. D’où la talentueuse proclamation par une chorale de collégien-ne-s de ce célèbre ‘’Chant des Partisans’’, l’hymne français aux mouvements de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme ». Allons réfléchir sur ce que nous faisons aujourd’hui d’un « pays qu’on enchaîne » comme La Réunion…
Roger Orlu
Nos peines
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