Alon filozofé

Quelle mondialisation voulons-nous bâtir ensemble ?

Billet philosophique

Roger Orlu / 10 février 2017

La mondialisation — en particulier au sens de la dimension planétaire des échanges commerciaux — est un concept qui fait de plus en plus l’objet de débats dans le monde socio-économique, politique mais aussi philosophique. Allons donc réfléchir ensemble en quelques mots sur le contenu et les perspectives humaines que l’on peut donner à ce concept…

JPEG - 40.2 ko
Des photos qui illustrent le rapport publié par le Mouvement Oxfam Solidarité le 16 janvier 2017 sur le site : http://www.oxfamsol.be/fr/pourquoi-il-est-urgent-de-passer-une-economie-qui-profite-tout-le-monde

Depuis le début de cette année, un Réunionnais ami de la philo nous a fait parvenir plusieurs messages sur les dimensions mondiales des problèmes auxquels sont confrontés tous les peuples. En particulier, il nous a transmis un rapport publié le 16 janvier par l’organisation non gouvernementale britannique Oxfam, qui dévoile « comment les grandes entreprises et les individus les plus riches exacerbent les inégalités, en exploitant un système économique défaillant, en éludant l’impôt, en réduisant les salaires et en maximisant les revenus des actionnaires ».

Ce rapport dénonce le fait que « 8 hommes possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale » et il lance un appel à tous les citoyens :
« Exigez une économie au service de tout le monde » et « passons à l’action pour une autre économie », en soulignant que « si les gouvernements veulent combattre les inégalités extrêmes, ils doivent prendre leurs responsabilités et oser faire des choix politiques différents ».

Le rapport offre aussi « des pistes à ces gouvernements pour mettre en place une économie qui profite à tout le monde :


1. Diminuer le clivage entre les plus grandes fortunes et le reste de la population via un système fiscal équitable, qui fasse peser la plus lourde charge fiscale sur ceux qui ont les épaules les plus larges.
2. Se concentrer sur les besoins de la majorité de la population, en investissant dans les services publics tels que l’éducation et la santé.


3. Garantir un salaire minimum décent et soutenir les entreprises qui donnent la priorité au travail décent et à la durabilité.


4. Garantir l’égalité des chances entre les femmes et les hommes.
Enfin, si les gouvernements veulent vraiment trouver une solution à des problèmes globaux tels que l’évasion fiscale, ils doivent travailler ensemble au lieu de se faire concurrence les uns aux autres ».

« Plein d’amour, de justice et de joie »

Comme on le voit, la mondialisation concerne aussi les questions institutionnelles liées à la problématique suivante : qui décide quoi et quelle est la responsabilité des peuples — notamment des classes populaires — dans les domaines de l’économie, du social, de l’environnement, de la culture et l’éducation, etc. Ainsi, par exemple, « les négociations onusiennes sur le changement climatique livrent des enseignements précieux sur la gouvernance mondiale d’un commun aussi vaste que le climat ».

C’est ce qu’explique Amy Dahan Dalmedico, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), pour qui « nous n’avons pas besoin d’échanges commerciaux à tout prix, mais au contraire de traités de coopération pour répondre à des enjeux précis ». Cela signifie que nous pouvons nous battre tous ensemble pour donner à la mondialisation un autre contenu que celui du système capitaliste, qui tue par la famine un enfant toutes les sept secondes.

Cette mondialisation remplace la compétition et la loi de la concurrence universelle au profit des plus riches par le co-développement solidaire entre les peuples de divers pays d’une même région (comme l’Indianocéanie par exemple), entre ceux de divers continents et entre ceux du monde entier. Ce combat pour le bien commun de chaque peuple et de l’humanité a été évoqué à plusieurs reprises lors du 9e Congrès du Parti Communiste Réunionnais dimanche dernier à Sainte-Suzanne, notamment par le président Élie Hoarau ; et c’est pour cela qu’il a été conclu par la célèbre chanson de Michel Fugain, ‘’Le chiffon rouge de la liberté’’, avec cet appel à l’engagement pour une mondialisation alternative : « Compagnon de colère, compagnon de combat, toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas, tu vas pouvoir enfin le porter le chiffon rouge de la liberté, car le monde sera ce que tu le feras, plein d’amour, de justice et de joie ».

Roger Orlu

légende

Des photos qui illustrent le rapport publié par le Mouvement Oxfam Solidarité le 16 janvier 2017 sur le site : http://www.oxfamsol.be/fr/pourquoi-il-est-urgent-de-passer-une-economie-qui-profite-tout-le-monde