Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Billet philosophique
27 mars 2015

Comme annoncé vendredi dernier, nous continuons aujourd’hui à publier dans cette chronique des réflexions parues dans la revue ‘’Africultures’’ suite aux attentats tragiques survenus en France en janvier dernier. Voici donc aujourd’hui de larges extraits de celles du poète Marc Alexandre Oho Bambe.
Répandre les ténèbres, voilà le projet des extrémistes de tous bords. Et ils sont légion, essaim d’hommes sans âmes, égarés et armés, sentinelles de la pensée, milices de la terreur qui (se) nourrissent (de) la haine. La haine de l’Autre qui vit, rit, prie, jouit. Différemment. Alors il est temps pour nous, il est temps peut-être, de rallumer les lumières.
Car nous sommes nombreux, nous aussi, à dire non. Non à l’obscurantisme et à la propagande de ceux qui nous tuent, nous défont de notre humanité au nom d’un dieu ou de l’idée qu’ils s’en font, ceux qui nous haïssent, nous mécréants, athées, agnostiques, animistes, religieux pratiquant ou non, tous infidèles autant que nous sommes au fond.
En droit d’être humains, il est temps, peut-être, de rallumer les lumières. Et les étoiles, dans les yeux des enfants. Rallumer les lumières et les étoiles, voilà notre projet, échafaudé debout, dans le sang gisant au sol, le bruit des balles qui sifflent, des bombes qui soufflent, des machettes qui tranchent, des haches qui décapitent. Rallumer les lumières, et les étoiles, malgré le bruit, et la fureur.
À 15 ans, je me disais que la Terre se porterait bien mieux sans prophètes, que le monde tournerait plus rond s’il consentait à croire, enfin, en ses poètes. Je rêvais alors, de voir les peuples se convertir à la poésie. Et je nous imaginais, armés du chant des partisans de la beauté, allant ensemble à la lutte, commettre des attentats poétiques, sourire aux lèvres.
J’avais 15 ans, et j’apprenais à vivre selon les vers d’Holderlin, de Rilke, de Césaire, d’Éluard et Neruda qui m’enseignaient l’essence de l’amour, le sens de l’existence, l’école de la pensée libre. De la poésie.
J’avais 15 ans, je rêvais, j’imaginais, j’apprenais, me questionnais. Depuis j’ai grandi, un peu. Mais je rêve, j’imagine, j’apprends, me questionne toujours.
Comment interpeller l’avenir ?
En semant l’espérance. En s’aimant ici et là, partout où danse intense la vie.
Mais ce que je dis n’engage pas que moi. D’autres aussi, qui refusent d’abdiquer et céder une once d’intelligence collective, résistant comme ils peuvent à la bêtise, la barbarie, la violence et l’horreur inhumaines.
Alors on se bat, pour ne pas basculer. Surtout ne pas basculer dans le cynisme, le défaitisme, la vulgarité.
Ou alors accepter de tomber, car il n’y a rien de plus humain. Tomber, puis chevaucher sa chute pour avancer à nouveau, tomber pour mieux se relever et faire face.
Ce que je dis vous engage donc peut-être vous aussi, assis confortablement ou non, dans vos vies. Nous sommes nombreux à vouloir rallumer les lumières. Et les étoiles, dans nos yeux…
Alors, serre-moi la main,
fais-moi
la paix.
Soyons révolutionnaires
d’amour, pour le meilleur
et contre la tentation du pire.
Nos peines
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