Alon filozofé

Un manque de dialogue

Billet philosophique

Roger Orlu / 16 mai 2008

Je crois que je devrai le dire encore souvent, même si cela peut lasser certaines personnes, mais plus j’analyse la réalité et plus je constate qu’il est indispensable d’insister sur ce fait : il y a un manque de dialogue sur la Terre pour résoudre les problèmes de l’humanité.
D’abord, un manque de dialogue entre partisans et adversaires du système économique dominant, qui menace l’espèce humaine de disparition et qui tue chaque jour 100.000 personnes par la faim et la misère. On peut objecter que ce dialogue entre classes dominantes et dominées est une illusion. Oui, mais cela peut aussi être une arme à mettre en avant dans le cadre de la lutte des classes pour obtenir que les plus riches et les plus forts écoutent les plus pauvres et les plus faibles.
Par ailleurs, il y aussi un manque de dialogue fraternel entre militants qui combattent ce système criminel et veulent l’abolir.

C’est vrai : le “dialogue”, au sens large et abstrait, ne suffit pas pour régler les problèmes. L’essentiel est de créer un rapport de forces permettant de faire chuter la dictature économique qui est à la source de tant de chaos sociaux, culturels et environnementaux. Mais une des conditions - pas la seule - pour réaliser cet objectif est le dialogue entre combattants “altermondialistes”, ceux qui veulent créer un “autre monde”.
Or, que font la plupart des détenteurs de pouvoirs politiques et médiatiques pour favoriser un tel dialogue et unifier les forces de progrès ? Les uns privilégient leur carrière politique, les autres minimisent les informations sur les grands défis de notre temps, alimentent les polémiques sans perspectives et cultivent les diversions.

D’où l’importance de la philosophie pour réfléchir et penser par nous-mêmes, développer l’esprit critique, rechercher ensemble la vérité et la justice. D’où l’importance du dialogue entre militants pour créer un nouveau contrat social dans chaque pays et au niveau international.
À ce propos, je voudrais citer un exemple parmi d’autres. C’est celui instauré chaque jeudi dans un restaurant dionysien, La Tour de Mir, par l’Association Initiatives Dionysiennes (AID). Celui qui a eu lieu hier soir a porté sur “La gouvernance et la démocratie”. Dans la présentation qu’en a faite un des responsables de l’AID, Jean-Marc Tagliaferri, il écrit notamment : « l’emprise des multinationales a fini par gagner toute la planète (...). Leur pouvoir est partout, il fonctionne sous forme de réseau mêlant collaboration et compétition (on ne dira pas concurrence car le but n’est pas de favoriser les “clients”, mais la “création de valeur” pour les actionnaires) ». (1)

Dans cette présentation, il souligne que « dès 1972, le Rapport Meadows a, un temps, attiré l’attention sur les problèmes qui nous guettaient ». Hélas, note Jean-Marc Manicore, « à l’époque de sa parution, ce rapport avait fait grand bruit, et puis il est peu à peu tombé dans l’oubli. Bon nombre d’observateurs l’ont enterré (...). Mais il me semble (que) les évolutions décrites par le modèle (...) pourraient survenir "quelque part" au cours du 21ème siècle tant que notre projet de société est la perpétuation de la "croissance" matérielle (...) ». Une des illustrations, selon Jean-Marc Manicore, en est le changement climatique.
Alors développons le dialogue pour voir comment arrêter tous ces processus qui menacent l’humanité.

Roger Orlu

(1) voir le site http://aid97400.lautre.net

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