Alon filozofé

Viv « laproptaz nout péi » !

Billet philosophique

Roger Orlu / 28 août 2020

Un événement exceptionnel s’est déroulé samedi dernier dans le cadre de la 10e édition célébration réunionnaise de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition organisée le dimanche 23 août à la Ravine à Jack par le Komité Éli, présidé par Yvrin Rosalie. Des délégations de plus de 40 associations ont rendu publique leur démarche lors d’une conférence de presse et du dépôt en préfecture d’une lettre d’information titrée ‘’Laproptaz nout péi’’ appelant à la responsabilité des élus de toutes les collectivités réunionnaises et de l’État pour « une réelle réflexion sur la signalétique urbaine et le marquage historique » du pays (voir ‘’Témoignages’’ du 22 août).

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La stèle de la Ravine à Jack consacrée à Franswa Sintomer, à Sudel Fuma et André-Paul Payet.

D’abord, citons « lo bann sinyatèr » de cette pétition, écrite en créole réunionnais et en français : « KOMITÉ RÉNYONÉ PANAFRIKIN,
MOUVMAN INTÈRNASYONAL POU LÉ RÉPARASYON RÉNYON,
RASINE KAF, LABEL FRER2SON, REVEIL CITOYEN REUNION, NASYON KAF, STIDIO VILAZ ZEN,
COLLECTIF D’AGRICULTEURS POUR L’AMENAGEMENT DU TERROIR
 ET LA GESTION DE L’EAU, RASINN ANLER, MOUVMAN LANTANT KOUDMIN, KOMITÉ ÉLI, QG ZAZALÉ,
ZANDEMIK MALOYA, KAS LA SHEN,
MORING ANGOLA, MOUVEMAN POPILER 974,
ASSOCIATION SOURS ERITAZ NOUT MEMWAR,
ASSOCIATION SPORTIVE ET CULTURELLE ALBERT BATTEUX,
ZANFAN DE LA LIBERTÉ LARÉNYON, TI FANAL, RÉYONÉ SOUBAT KONT PROFITER, SOMIN SIMANDEL, KOMITÉ SOUTYIN RÉYONÉ, FANM DOBOUT,
KOLÈKTIF UNION RÉYONÉ RESPONSAB, MOUVMAN MARMAY LA KOUR, LANTANT LAMONTRAZ LA LANG LA KILTIR RÉNYONÉ, KRÉOLOKOZ, LANTANT KRÉOL, ASSOCIATION RÉUNIONNAISE POUR LA GESTION DES PROJETS ET DES ACTIONS CULTURELLES,
 ASSOCIATION KARTIÉ KRÉOL DE LOUEST, KOMKILÉ, GÉNOCIDE LO PÉP RÉUNIONNAIS, KA UBUNTU, RÉYONÉ DÉRACINÉ, GRAN LÉKOL FILOZOFI,
TROP VIOLANS, MOUN GWADLOUP, NASYON MATNIK,
NASYON A MOUN, IRÉDUKTIBLES, DIASPORA EN AKSYON, LA TEAM DK, COMITÉ INTERNATIONAL DES PEUPLES NOIRS, MOUVEMENT INTERNATIONAL POUR LES RÉPARATIONS MARTINIK, URGENCES PANAFRICANISTES ».

Ensuite citons une des phrases principales adressées aux élus réunionnais et au représentant de l’État français à La Réunion pour faire avancer « la nécessité de laproptaz de notre pays afin de redonner au peuple sa dignité, de permettre à chacun d’entre nous de s’approprier son histoire globale et non parcellaire, de retrouver ses héros sur les places publiques » : « C’est pourquoi, nous vous proposons de mettre en place une commission publique d’études et de concertation sur les noms des rues et des places publiques, sur les noms des écoles, des lycées, des collèges et des universités, sur les édifices publics ainsi que sur la place et les lieux des statues honorifiques afin que nous parvenions à un équilibre vis à vis de la représentation de l’histoire et de la mémoire de ce pays ».

Rappels

Ce combat s’inscrit dans les luttes menées depuis des décennies par les communistes réunionnais et d’autres démocrates ainsi que de nombreux artistes et militants culturels pour cultiver la mémoire historique de notre peuple. On va citer 2 exemples, comme le rappelle l’historien Eugène Rousse, « seuls les progressistes de l’île célèbrent les samedi 1er et dimanche 2 mai 1948 le centième anniversaire du décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage. La commémoration d’un tel événement ne donne lieu à aucune manifestation officielle », encouragée par le Dr Raymond Vergès et interdite par les autorités. Le 18 juin 1971, le Conseil municipal de La Possession, dirigé par Roland Robert, unanime « émet le vœu que deux rues de la ville, non dénommées jusque-là, portent désormais les noms d’Anchaing et de Cimendef, des esclaves marons. À ce vœu qui lui est soumis pour avis, la préfecture répond : « il n’est pas question de donner pour nom de rue celui des bandits de grand chemin’’… ! ».

Trois autres exemples : à l’initiative de Paul Vergès et de ses ami-e-s, la Loi Taubira a été votée le 21 mai 2001 reconnaissant la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité ; en 2009, le maloya a été déclaré par l’UNESCO « Patrimoine Immatériel de l’Humanité » ;
de 2007 à 2010, a été élaboré par Carpanin Marimoutou et Françoise Vergès en concertation avec de nombreuses associations culturelles le projet de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.
Ce combat continue ensemble sans exclusive pour que viv « laproptaz nout péi » !

Roger Orlu