C’en est trope

Cradibouille

Jean-Baptiste Kiya / 27 septembre 2018

JPEG - 62.2 ko
Un Conte peut en cacher un autre par Roald Dahl, en Folio cadet.

Et si Roald Dahl était le nom d’un menteur
Et que de tous ces contes, il n’était pas l’auteur ?
‘Mi lé pa volèr :
Mi prends pas l’heure’
Semble-t-il nous dire, à nous,
Petits lecteurs de rien du tout.

Je vais vous raconter, moi, une vraie histoire
Celle de Cradibouille qu’on l’appelait, voire -
Sale Gueule, Tête Sale, mais son vrai nom
C’était tout rond :
Cradibouille -
Une vraie fripouille.
Ce Cradibouille était avant
Comme toi : petit enfant.
Mais jamais il ne voulait
Se laver.
Il était tout sale,
Comme une vieille balle
Une vieille chaussette
Qu’a traîné partout
Dans les égouts
Dans les fossés et les oubliettes.
Sa mère lui disait : - Va te laver
Si tu te voyais…
Son père lui répétait : - Nom de nom, que t’es puant,
Prends donc un bain moussant !
Et il répondait : Non, non, non.
Mille fois non plutôt qu’un seul savon.
Ce Cradibouille, qu’il était sale
Et qu’il sentait pas bon,
Si bien qu’un jour il s’en trouva mal,
Il en fut malade.
La maladie de la saleté
Le rongea, le rongea tant et plus
- Boutons
Et bubons-
Qu’à la fin et depuis le début
Elle finit par l’enlever :
Il trépassa.
Il fut chez le bon Dieu
Qui n’en voulut pas pour son lieu,
- Déguerpis, ça vaut mieux.
Il s’en alla
Chez le diable qui n’en voulut pas :
Il puait trop.
Il le renvoya, et au galop
La botte dans le bas du dos.
Cradibouille fut condamné
Ainsi à errer
Pour l’éternité
Sur la terre, en fantôme
De Saint-Denis à Brantôme…
Et depuis, pour s’ôter ses péchés,
Il essaie de se laver
La face,
Mais, qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse,
Le savon glisse, se dérobe, lui mouille
Le froc, le pourpoint, à Cradibouille…
Alors, pour se venger,
Il vient, au petit matin,
Ses fesses, pleine de savon, les frotter
Sur le visage du gamin
Qui n’veut pas, qui s’lave pas
En criant : “Bonjour, c’est moi Cra-
Cradibouille !
Le savon, je te le touille !
Plus mort que mort, tu meurs,
Le savon, tu vois ?, c’est l’horreur !
- Tu ne perds rien pour attendre, Cradibouille,
Si je me lève, tu dérouilles !

Attention, gamin qui n’aime pas le savon,
Ton pire cauchemar a un nom :
C’est Cradibouille
- Méfie-toi,
Si t’oublies le savon,
Lui, il t’oubliera pas !

Si je mens, j’suis une andouille !

Jean-Baptiste Kiya

À A.-L.