C’en est trope

La force des tempêtes - Cécile et Épicure (1)

Jean-Baptiste Kiya / 15 juin 2017

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Cours de philosophie (Définition de la philosophie, Le problème fondamental de la philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme) par Cécile Angrand, éditions Sociales.

Agrégée de l’université – elle se targuait d’avoir été l’une des premières à l’être en philo-, elle fut l’auteure en 1945-46 de quatre plaquettes aux Éditions Sociales dans la série des « Cours de l’Université nouvelle ». Une entrée au Dictionnaire du mouvement ouvrier et social, le Maitron, indique qu’elle avait « milité sous l’Occupation avec Jeanne Gaillard et contribué à la parution clandestine de L’Université libre ».

Fondées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Éditions Sociales furent sur une quarantaine d’années la principale maison d’éditions du Parti communiste français.

Les Cours de l’Université Nouvelle visaient dès la Libération à faire « Apprendre pour mieux servir la France et son peuple », il s’agissait d’une université populaire qui prodiguait des cours libres dans les salles de réunion parisiennes. Cécile en était membre, au côté de Roger Garaudy, de quelques autres. Parmi le comité de patronage, figuraient deux prix Nobel : Paul Langevin et Frédéric Joliot-Curie, dans cette liste les noms d’Henri Wallon, et de Marcel Prenant.

Rédactrice du 1er fascicule à être tiré, celui-ci porte pour titre : « Cours de philosophie : Définition de la philosophie, Le problème fondamental de la philosophie, L’idéalisme, Le matérialisme » (juxtaposition à valeur adversative), la jeune professeure de philo fut inscrite, en avril, sur la liste d’Union patriotique, républicaine et antifasciste présentée par le Parti communiste, liste qui rassemblait « des militants de la résistance. » Elle s’était présentée sur le 3e secteur de Paris, à savoir les « quartiers riches ». Cela est omis de la part du Maitron, pourtant ces élections municipales de 1945 étaient les 1ères élections depuis la fin de la guerre, les premières aussi où les femmes faisaient usage de leur droit de vote. Le PCF l’emporta sur Paris avec 32 % des votants devant la SFIO.

L’année suivante, Cécile signa un 2e fascicule des Cours de l’Université nouvelle en collaboration avec Roger Garaudy, jeune député communiste du Tarn : ce fut le « Cours de philosophie : Les origines françaises du matérialisme, 1. Descartes, 2. Les origines françaises du matérialisme dialectique, 3. Diderot et les origines françaises du matérialisme (par Garaudy) ».

L’écrivain Pierre Gripari, en 1989, m’indiquait avoir entendu son prof de philo de khâgne d’Henri IV, Ferdinand Alquié, s’exclamer – ce devait être en 44- : « Madame Angrrrand se fout du monde ! » par le fait qu’elle faisait de Descartes un matérialiste. Lui ayant rapporté ce mot, alors, elle s’est mise à sourire et balaya d’un revers de main comme on chasse une mouche : « Une erreur de jeunesse »… Mot qui mit en joie le conteur : « Oh, la charmante dame ! »…

Elle ne m’expliqua, pourtant, en rien ce reniement. Je regrette encore de ne pas lui en avoir prié de m’en fournir.

En 46 toujours, parut le fascicule III : « Le Matérialisme dialectique de Marx et Engels, les lois de la dialectique ».

Un fascicule IV le suivit de près, en collaboration avec Garaudy avec pour titre : « Le Matérialisme historique, Les principes du matérialisme historique, Les lois de l’histoire (par Garaudy) ».

La notice du dictionnaire précise que Cécile Angrand se présenta cette année-là aux élections législatives du 10 novembre sur la liste des candidats communistes dans la 1ère circonscription de la Seine. Il est indiqué qu’elle figura aussi sur la liste du Parti communiste d’Union républicaine et résistante en 5e position en 1951 », alors que divorcée, elle s’était remariée dès 48 avec un directeur commercial.

Et puis plus rien. Aucune marque de représentation politique, ni de publication pendant 31 ans, jusqu’en 1979, où sous la sollicitation d’anciennes élèves, elle participa à un numéro de la revue féministe « Sorcière » (n°18).

Faut-il dire que la presse de l’époque épluchée montre qu’avant la rédaction des plaquettes, début 1938, elle avait rédigé un texte, « Les jeunes filles et le choix d’une profession », pour la Revue de France, où elle affirmait déjà son féminisme.

Sans doute le divorce avec l’historien Pierre Angrand l’avait-elle éloignée de la sphère politique ainsi que de toute volonté éditoriale.

Les archives du Colonel Fabien n’ont rien conservé de cet engagement communiste.

Le rédacteur de la notice du Maitron, Claude Pennetier, précise : « Issue d’une famille de petits fonctionnaires, elle était fille d’un professeur au petit lycée et d’une mère professeure de musique » (de piano). Milieu protestant austère. « Elle enseigna au lycée de jeunes filles de Bourges (Cher) où elle se maria le 26 juin 1931 avec Pierre Angrand, professeur dont elle partageait le militantisme communiste. Ils eurent deux enfants. »

Sur la page de garde de « Souvenirs romantiques » de Théophile Gautier, imprimé en 1929, daté par son propriétaire de mai 1930, le futur mari de Cécile reprenait une note de stage de 1927 : Melle Joint (future Madame Angrand) « sera dans l’enseignement une personnalité de haute valeur ». Cécile aidera son mari plusieurs années durant (en 1933, 1934, 1935, admission en 1937) à répéter le grand oral de l’agrèg d’histoire-géographie qu’il finira par décrocher.

« Cécile Angrand fut nommée avec son mari en 1935 au lycée de Reims (Marne), en 1937 au lycée d’Amiens (Somme) puis au lycée Jules Ferry à Paris en 1939. » Décédée en 1993.

Voilà.

Mais cela n’était pas ma grand-mère, c’était juste une statue.

Jean-Baptiste Kiya



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Messages






  • Si elle a été aussi votre grand-mère cela ne retire rien ni à ce qu’elle représente pour vous en tant que telle, ni à cette vie d’engagement dont vous avez témoigné. Il y a dans notre humanité tant histoires qui méritent d’être connues. Comme le poids des insignifiances qui ont l’écho que leur donne l’hyper-communication n’atteint pas leur fait, parlons-en. Merci pour le témoignage.

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