C’en est trope

Urne exaltée, l’institution judiciaire

Jean-Baptiste Kiya / 4 janvier 2018

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Justice et littérature par Jacques Vergès, éditions des PUF.

1777, le maître Buson décide de tenir un cahier intitulé “Cueillette de nouvelles fleurs (Shin hanatsumi)” par lequel il réalise le pari d’écrire dix haikus par jour, et ce, pendant cent jours. Sa santé décline, il n’en tiendra que 17.

Hokusai, âgé, prit l’engagement de dessiner chaque matin un shishi, un animal imaginaire sacré sous la forme d’un lion. Il en fit 219.

Ce sont là autant d’exercices spirituels, une méthode de recherche et d’introspection commune au Japon…

Rien de moins poétique qu’une procédure judiciaire en France. Des ressassements dont l’appareil suranné et obsolète se fait le champion, des méandres de ses parcours coûteux, n’émane-t-il pas une absurdité poisse ? La seule cassation équivaut à sept mille euros de débours pour une affaire des plus simples a fortiori dès lors que les avocats ne produisent les documents, et que les juges décident de n’y rien voir. La justice, qui tourne en bourrique, vous plume-t-elle qu’aussitôt la banque dans sa grande mansuétude vous accorde un ‘emprunt à la consommation’.

La justice est d’argent quand la parole est de plomb. Aujourd’hui la cote de la vérité est au plus haut : les meilleurs amis des juges sont vos banquiers. Le tout remboursable par mensualités courant sur 2 années. 2 ans c’est 24 mois, 24 mois font 104 semaines. De chaque semaine vous tirerez une poésie inspirée de cette veine surréelle dans laquelle la justice française se complaît, et qu’elle cultive : un total de 104 poèmes. Au vu de l’étendue de l’absurdité de l’objet, ce sera une sinécure.

Choix.
.I.L’ARRÊT
Par leurs mains désossées que l’usure des arrêts
Fomente d’une énigme aride -
Ils jurent que la vérité pour eux
N’est qu’un vide à ressasser
L’étiquette itérative et
La forte odeur de placard qui règne sur leurs lèvres
Leur tient lieu de blanc-seing
Quand le masque vire au blanc
Et qu’il ne reste plus rien que le sang debout
Dont ils font de la colle pour enduire
Leurs rapports
Qu’ils signent d’une tache d’encre pour se moucher dans la paperasse

Quel besoin de perdre l’homme
Au sommet de l’échelle ?

Il n’y a que le seuil qui se modifie
Les cœurs restent à la toise des masques éreintés.
Et vous le proclamez :
Poison ou remède on ne sait jamais,
À moins de goûter.

Croyez en ma très fidèle infantilité
Les maladies sont orgueilleuses
Et l’or se venge de lui-même.

Lourde nuit que ces cris dont vous tapissez vos murs
Le leurre de vos conventions est votre crime majeur
Votre hache devenue folle frappe aussi bien d’avant qu’en arrière
Et s’en prend à la cognée
Et n’a pas d’autre choix

Vos arrêts le proclament : Les trésors s’enterrent comme les morts. On les prie moins.
. II. Les juges braconnent dans la forêt sociale
Leurs petits dieux manifestent une puissance tutélaire en ne s’élançant pas au-dehors
Ivres du sacré ils tirent des amalgames leurs préceptes
Ces Transparents flottent sur votre vie
Ils voudraient être adorés on ne méprise pas moins leur décor
Leur parole est sans voix
Le marteau est leur arme avec laquelle ils écrasent tout, la fleur et la limace
Ils en maculent les couloirs les fauteuils leur robe
Dieu que leur insomnie est étirée !
On a envie de leur dire : Parlez-moi un peu du soleil
Ça vous réchaufferait
De quelle nature est le bois qui vous ceint
Passant écarte-toi et prie
Pour ceux-là même qui creusent eux-mêmes
Avec acharnement leur propre sépulcre
. III. CE N’EST PAS…
Ce n’est pas la chaude écriture du lierre qui divulgue du crépi l’entrelacs,
Ce n’est pas l’heure achaudie qui ouvre la fleur, et délivre le parfum,
Non, c’est l’ombre détraquée qui vous attrape l’épaule
Qui plie la terre, rompt le chemin
Et vous jette face contre terre
Afin de l’aggraver, votre ombre.
. IV. DIVERS
- Sabotier de l’espérance, tu chausses trop large : on perd ses godillots sur le chemin des affronteux. Que ne mesures-tu en pression hectopascale ?
- Assis sur sa scie, il va d’avant en arrière ne sachant pas si c’est lui ou l’arbre qui tombera le premier. Il parie.
- Vent d’âme qui pousse comme la peste ses fleurs de vessie, leur vérité se charge d’embrumer le nécessaire, et râle comme le paon.

Mes vœux pour la nouvelle année, particulièrement à toutes celles et ceux qui se retrouvent enfoncé.e.s dans la tourbe des mensonges qu’enrobent trop souvent les procédures judiciaires - si peu convenables pour un pays qui se dit ‘développé’.

Jean-Baptiste Kiya