Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (13)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 23 août 2016

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Grand-mère était montée dans les mornes chercher quelques zerbaj à sortilèges, à siguidis.

Les garçons distinguèrent dans le vert feuillage le jaune d’un chapeau de paille qui dodelinait. Ils appelèrent :

« Grand-mère, Grand Diab est à nos trousses ! »

La silhouette haussa les épaules.

Et si c’était Grand Diab ? Firmin arrêta son cousin.

« Pas d’inquiétude, mes petits, répondit une voix chevrotante, avec moi, vous êtes en sécurité ».

Les enfants soufflaient. Ti-Jean présenta son cousin. « Tu peux aider cousin Firmin à retrouver son père, s’il te plaît Grand-mère ? Son canot a disparu en mer lors du dernier cyclone… 

- ‘S’il te plaît Grand-mère’ ?... En voilà du nouveau ! En général, tu n’es guère poli. C’est que ça doit être important. Bon. »

La vieille dame offrait une curieuse figure sans âge, parcourue de rides qui semblaient se jeter toutes dans le trou de ses yeux comme des rivières dans un lac. Elle suçait plus qu’elle ne fumait un drôle de cigare qui exhalait plein d’odeurs épicées. Elle n’eut pas à demander à quoi ressemblait le père de Firmin. Elle se contenta de fixer Firmin.

« Asseyez-vous là ». Et désignant un tapis d’herbes sèches : « Arrachez ces touffes, mettez le sol à nu. »

Une fois que le sol avait été bien dégagé, de son bâton de coudrier, elle y traça des symboles, disant au fur et à mesure :

« Quatre yeux,

La tristesse qui sert de jambes,

La joie qui sert de coiffe,

La main ouverte, la main fermée,

Et la roue qui toujours tourne… »

Au-dessus du dessin qu’elle avait fait, elle gratta du ti-bois, jeta des herbes sèches qui alimentèrent un feu qu’elle avait fait partir avec son cigare. Le foyer cerclé de galets se mit à bouillonner comme les esprits des bois en sortaient en désordre.

Elle s’assit pour observer les circonvolutions de la fumée qui s’en échappait. Elle semblait la questionner, y lire, elle déclara enfin :

« Quand tu auras trouvé le poisson réversible, tu auras trouvé ton père… Voilà ce que disent les esprits des Bois et du Feu ensemble.

- C’est quoi ça, le poisson réversible ?... »

La Grand-mère cracha puissamment sur la flamme, qui s’éteignit en chuintant. Elle reprit son cigare qu’elle se remit à mâcher, se leva sans rien dire, se saisit de son panier d’herbages et s’enfonça dans la forêt.

Firmin se tourna vers Ti-Jean, interrogateur (grand-mère était déjà loin) :

« Je crois savoir ce qu’est le poisson réversible, souriait Ti-Jean. Regarde. »

(Suite au numéro de vendredi…)

Jean-Baptiste Kiya