1.000 euros, le Pérou !

24 novembre 2006

Mille euros, c’est quoi ?

Pas grand’chose en vérité. Un peu plus de 6.500 Francs, sans plus. Et avec çà, surtout depuis l’euro, on ne fait pas la vie.
Pourtant, 1000 euros, c’est de l’argent, et même beaucoup d’argent, quand on ne les a pas.
Quant à avoir 1.000 euros chaque mois que dieu donne pour vivre, faire vivre sa famille, envoyer ses enfants à l’école, etc... ça c’est une autre affaire dans La Réunion d’aujourd’hui. C’est le Pérou !
Oui, c’est le Pérou.

Bien évidemment, même si certains continuent de les considérer comme des “privilégiés”, les allocataires du RMI sont bien loin de cette somme.
Les quelque 75.000 allocataires du RMI (en tout 190.000 personnes) perçoivent en moyenne moins de 400 euros par mois. On est là bien loin de 1.000 euros !

Ce n’est là certes qu’une moyenne. Mais il faut savoir que seulement 10% environ des allocataires touchent 600 euros et plus, alors que les deux tiers touchent moins de 400 euros d’allocation par mois.
Il y a également les allocataires du RSO, le revenu dit de solidarité : ils sont 7.000 à peu près et perçoivent en moyenne une allocation “améliorée” de 430 euros par mois ! C’est à se demander ce que cela aurait été si ce n’était pas “améliorée” ! (1)

Dans le même ordre d’idée, il ne faut pas oublier cette autre catégorie de “privilégiés” que sont les chômeurs, allocataires des ASSEDIC d’une part (quelque 45 à 46.000) et allocataires de l’allocation de solidarité (ASS) d’autre part (quelque 13 à 14.000) : les premiers perçoivent en moyenne 600 euros par mois et les seconds, puisque ce sont des chômeurs de longue durée, un peu moins de 450 euros par mois.
A ceux-là, il faut ajouter les retraités, autres “privilégiés” : ils sont quelque 54.000 du régime général et quelque 15.000 de “non salariés agricoles” : les premiers perçoivent en moyenne 550 euros par mois et les seconds 380 euros !

Cela fait quand même, dans ce département-Réunion, beaucoup de personnes et de familles pour qui 1.000 euros par mois c’est le Pérou.
Alors, ceux qui n’arrêtent pas de pleurer sur les allocataires du RMI ou des ASSEDIC les présentent comme des privilégiés, des paresseux, des gens qui « mangent l’argent des autres » et qui roulent carrosse (plutôt BW ou autre), peuvent toujours changer de métier pour devenir eux aussi des... “privilégiés” !
Mais diront certains, il y a ceux qui travaillent et touchent leur « gros l’argent » tous les mois. Là aussi, les choses sont à revoir.

L’INSEE publie chaque année ce que les statisticiens appellent « l’indication de dispersion » des revenus : il s’agit d’une étude sur les revenus salariaux, étant précisés que les indemnités de chômage sont intégrés dans ces revenus. On s’aperçoit alors que la moitié des employés perçoit moins de 950 euros par mois ; que la moitié des ouvriers qualifiés perçoit moins de 1.000 euros par mois ; que la moitié des ouvriers non qualifiés perçoit moins de 820 euros !
Cela fait certes beaucoup de chiffres, mais surtout et tout de même, beaucoup de personnes et de familles pour qui 1.000 euros par mois, c’est le Pérou. Quand on sait que pour avoir droit à la CMU, il faut avoir moins de 600 euros de revenu par mois, on comprend mieux que La Réunion compte pas moins de 350.000 allocataires. Près de la moitié de sa population. Des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées et moins âgées... Pas que des chiffres !

Georges-Marie Lépinay

(1) Ce dispositif, il faut le rappeler, ne vise qu’à “sortir” les chômeurs de plus de 50 ans des statistiques du chômage. Pour y avoir droit, les ayants droit doivent en effet “s’engager” à quitter le marché de l’emploi et de l’insertion jusqu’à leur retraite !!! Si ce n’est pas de l’exclusion, c’est à se demander ce que c’est.


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