10 mai 2006/2007 : un engagement pour les mémoires (I)

11 mai 2007

« Aucune histoire de l’esclavage ne peut s’écrire sans tenir compte des mémoires différenciées de l’esclavage. C’est la reconnaissance de cette multiplicité des mémoires qui seule permettra d’aboutir à une mémoire partagée et de construire une histoire commune.
La mémoire de l’esclavage qui donne son titre au Comité serait alors la promesse de cette mémoire partagée, elle-même autorisant ce que le philosophe Paul Ricœur appelle un récit partagé ». (1)

Un an déjà que nous célébrons la journée de la mémoire en France, instituée par le Président Jacques Chirac, qui a fait du 10 mai une journée officielle « des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », date, qui, au dire de certains, pourrait migrer avec les événements politiques actuels...
Mon but ici est de rappeler la symbolique de cette journée et de mettre en perspective sa prégnance dans une île Maurice, et dans un espace universel, qui conjuguera de plus belle, sans aucun doute, à moins d’un revirement majeur de l’Unesco pour le classement du Morne au Patrimoine Mondial, deux mémoires : celle de l’engagisme et celle de l’esclavage.
Je me permets de rappeler un article publié dans “Africultures” (n° 67) en 2006 et de le réactualiser au vu des relations entre les mémoires que Maurice pourra établir, et aussi et surtout, pour annoncer un travail de mémoire dans le cadre de “Partage de mémoires”, une série d’événements qui aura lieu à Maurice, afin que notre île devienne un haut-lieu non pas de la concurrence victimaire mais d’un nécessaire dialogue entre les mémoires et histoires de l’engagisme et de l’esclavage. (2)
En effet, une fois le site du Morne sera classé, quelle symbolique allons-nous forger et quelle mise en récits allons-nous établir avec l’ex-coolie ghat, sur un sol aussi exigu, et qui a, plus que jamais, besoin de rompre les tentatives de replis identitaires et ethniques ? Quel contenu pour le pays et l’Histoire ? Allons-nous, encore une fois, nous lancer dans des compétitions entre groupes qui voudraient refonder des clivages au nom même de symboles qui devraient favoriser l’émergence d’une humanité plus forte, plus sereine face aux souffrances passées et actuelles ? Il nous importe de mettre en branle une démarche citoyenne et culturelle qui donnera un contenu digne à ces deux sites qui seront réunis sur un sol qui fut la plaque tournante de l’engagisme et où l’esclavage a été pratiqué depuis fort longtemps.
Ce sens de l’Histoire que, récemment, “The Hindu” vient de mettre en perspective en ces termes :
« Obumbrated memories of the “coolie” system need to be lightened up, however. Says scholar Dr. Marina Carter, author of several acclaimed books on Indian emigration, "It is important for Indians and the descendants of Indian labourers to not make the mistake of freezing the life histories of indentured migrants into perpetual victimhood, but to recognise that the colonial labour diaspora is also a story of remarkable human endeavour - thousands of individuals fleeing famine, social upheaval and economic turmoil transformed their situation into stories of successful adaptation, community development and upward mobility."
As a metaphorical expression, “coolitude” serves this rationale brilliantly. Coined by Mauritian poet Khal Torabully, coolitude is the volte face of what was merely a pejorative term into an intricate but egalitarian neologism which he illustrates so : "It recaptures the juridical status and displacement/travel of the coolie, to describe a process of the meeting of cultures, languages, imaginaries, in view of underlining a process whereby the mosaic of India (Indies) with its cultural diversity is engaged with otherness/alterity. » (3).

A suivre...

Khal Torabully

(1) COMITÉ POUR LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE, Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, Synthèse du rapport remis à Monsieur le Premier ministre le 12 avril 2005, France.

(2) Nous travaillons, en effet, sur un événement annuel qui se tiendra au pays, intitulé Partage de mémoires, sous le patronage de l’Unesco, afin d’impulser cette dynamique nécessaire, résultant du classement de l‘Aapravasi ghat et du très probable classement du Morne par cet organisme.

(3) “A necessary exile”, de Ramya Sivaraj, dans “The Hindu”, 29/04/2007, le plus important quotidien indien, relatant l’engagisme et la coolitude comme ouverture souhaitable sur l’Histoire de cette période.


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Témoignages - 82e année


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