Di sak na pou di

20 ans déjà…

Brigitte Croisier / 15 mai 2019

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Alain Lorraine a participé à la renaissance du maloya à La Réunion.

Le 18 mai 1999, à Paris, Alain Lorraine nous quittait à l’âge de 53 ans. Il est enterré au cimetière de Montmartre, non loin du quartier des Batignolles et de la place Clichy où il vivait avec sa femme Carole. En préface de ma biographie Alain Lorraine, un homme de mille parts (Les Éditions de la MDA du Port, 2014), l’écrivaine et amie Anne Cheynet écrivait « nous sommes tous des héritiers d’Alain Lorraine » qui nous a laissé « un panorama d’Histoire, un questionnement permanent sur la Vie. »
Il était né à Saint-Denis, le 2 novembre 1946, mais déclaré le 3 pour échapper au mauvais présage éventuel lié au jour des morts. Plus tard, il dira « nous sommes un peuple de la dialectique du 1er et du 2 novembre » (Entretien avec José Macarty, Témoignages, 21 août 1980).
Son père, Roland Lorraine, était fonctionnaire à la Préfecture, Charlotte, sa maman portait Buchle. Alain était le 3e enfant d’une fratrie de 4 enfants comprenant Michelle, Josette et André.
Si la famille habitait Saint-Denis, boulevard Lancastel, elle était originaire de l’ouest de l’île et pour Alain Lorraine, le quartier du Portail était « son pays secret » où il pouvait vagabonder en liberté.

Grand bouleversement en pleine adolescence, en 1958, alors que Charles de Gaulle devient Président : « Je changeai de continent. J’avais douze ans : ce passage dangereux où l’enfance vous abandonne. L’enfance dont la grande force est de vous inciter à un endettement à vie, avec elle. » (Sur le Black, Éditions Page libre, 1990, p. 19). Le long voyage sur un paquebot des Messageries maritimes lui laissa un souvenir enchanté. Se sentait-il déjà une âme d’Ulysse ?
Arrivé à Bordeaux, « le port de la lune » l’a fait rêver de voyages, « le port comme rendez-vous magique du Sénégal, du Brésil, des Antilles » (Jeamblon ou les petites libertés, Karthala-Grand Océan, 1996, p. 59), de quoi écrire un roman… resté à l’état de projet, comme en témoigne son ami Bruno Testa.
Pour ce « vagabond de l’existence », cet « arpenteur d’hémisphères », ce premier voyage inaugura un jeu de vativyin, d’aller-retour, entre son île d’origine et le « gran péi déor », dans une « position frontière » selon l’expression de Jean-François Reverzy, avec le désir constant de penser la complexité de son île et de parcourir divers territoires pour « réconcilier les deux visages de l’universalisme français. Celui moral et prestigieux de la Bastille, des Droits de l’Homme, de la laïcité et celui plus ténébreux et plus physique des conquêtes coloniales avec ses fruits imprévus : les rapatriés, les émigrés, les réfugiés. » (J’habite les Hauts champs puisque je viens d’ailleurs, HEM-Lille. Aube magazine, janvier 1995). Et il espérait que le processus de décolonisation des esprits aille à son terme pour construire « la pédagogie de la réciprocité des hommes, des cultures, des responsabilités. » (Une communauté invisible, Éditions Karthala, 1996). S’il revenait aujourd’hui, que dirait-il ? On le devine !

Autre rencontre avec l’histoire, 1968 ! Alain Lorraine est journaliste, à Paris, et salue en Mai-68 « l’émergence d’une autre culture politique. » (Les Chrétiens du désordre, Calmann - Lévy, 1979, p. 67), même s’il constate « l’énorme ratage entre les ferments libertaires des révoltés et les ancrages sociologiques des masses ouvrières, entre la petite bourgeoisie dominée et le prolétariat exploité (ibidem, p. 66).
De retour à La Réunion en 1971, il expérimente concrètement cette rencontre entre la foi religieuse dans ses aspirations égalitaires et la lutte sociale et politique pour un changement radical et l’exercice de la responsabilité. C’est l’expérience de Témoignage Chrétien de la Réunion, un mouvement rassemblant prêtres, croyants et non croyants, doté d’un journal du même nom, qui paraît de 1969 à 1981.
En tant que rédacteur en chef, Alain Lorraine irrigue le journal de ses expériences sur le terrain, il rapporte le fruit de ses enquêtes, raconte ce qu’il a vu et ressenti, puis analyse et élabore des concepts novateurs à partir de ses observations. En particulier, dans les années 1974-1975, avec le Père et poète défunt Christian Fontaine, il explore les cérémonies des religions populaires, vécues comme une « véritable conversion ». Il constate « l’interpénétration constante entre donnée ethnique, engagement politique, folklore, imaginaire religieux et « religions de la misère » qui constituent les axes d’une contre-culture contestataire et populaire » (TCR, n° 98). Il y voit l’ancrage possible de la « vraie communauté réunionnaise » en tant qu’expression longtemps cachée, car réprimée, à la fois des traumatismes historiques et de la volonté de les surmonter.
D’où le concept de « culture de la nuit », culture défaite le jour et qui se reconstruit la nuit, une autre société derrière la société “officielle”. Alain Lorraine utilise également l’expression culture du fénoir qu’il écrit et, pourrait-on dire, “traduit” en français « culture du fait noir », ajoutant ainsi un sens surdéterminant à l’expression, comme un double sens.

Lire Alain Lorraine, journaliste, poète, essayiste, romancier, auteur d’une pièce de théâtre, c’est circuler, en vers ou en prose, dans plusieurs univers, ici et ailleurs, celui des hommes et des femmes blessées de l’existence, celui des cultes populaires, celui des luttes politiques, celui de la “diaspora” réunionnaise dann gran péi déor, celui des ravines où l’on rencontre l’ombre des marons, celui du « Pays-Maloya visages archipel chapelle la misère » (Tienbo le rein).
C’était il y a 20 ans et plus, les temps ont changé, mais Anne Cheynet a raison, il faut assurer la transmission de ces émotions, de ces fulgurations, parce que c’est beau, parce que c’est puissant et libérateur. Alain Lorraine souhaitait que « les gens réinventent leurs fêtes, leur maloya, leur poésie, leur chant ou leur manière de vivre ensemble. » (Conférence « La Réunion entre le maronnage et la modernité », 1982). La répétition mise en scène dans les commémorations ne suffit pas. La question féconde est : que faisons-nous de ce que le passé nous révèle ?
Aux jeunes générations de mettre en œuvre leur créativité et de faire renaître l’espoir !

Brigitte Croisier



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Messages






  • Mon Cher Compagnon,Mon Cher Poète, Mon éternel Krèol...
    Tu t’en es allé le 18 mai...C’était ton heure. Mais tu es toujours derrière ma porte et je t’entends sans te voir.. ;A MORT la MORT criai-je ce jour-là .Un cri qui me venait de là où je souffre : la disparition d’Alain un compagnon qui date du congrès des étudiants Réunionnais à GRENOBLE.1969.jusqu’à son départ... Tu te souviens : la nouvelle association A.G.E.R.M. naissait . Tu étais élu au bureau avec la responsabilité de notre LA ROCHE ÉCRITE. Moi j’avais le chantier des relations extérieures - ce fut le mariage heureux ; étudiant(toi) et travailleur-étudiant( moi )
    De ta mort naissaient en moi et naissent encore aujourd’hui : BEAUTÉ et LUMIÈRE. Beauté : ton abnégation. Lumière : un guide lumière quand tout va mal, quand fé noir lé là. Lumière du poéte : ta volonté de me donner ce goût de la poésie. Lumière étoile , je sais quand chaque matin que mon, ker i plèr zordi , je sais que chaque matin à cette aube chère à VERLAINE, à Toi et à moi je regarderai dans ce firmament tropical cette étoile que je nomme "poète-poète pour toujours" et zetwal katrer saura me guider.

    Demain je clamerai haut et fort tes présences parmi nous. Oui tu as été très, très présent...la lectrice, le lecteur seront étonnée, étonné que l’on ne le sache pas .. ;tu étais si discret.
    Mes yeux se baignent dans ces souvenirs heureux et je ferme mes yeux et te dis "Na artrouv .. ;A demain mon poète Réunionnais.

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  • Mon Cher Alain ,
    Me revoilà . Je t’ai promis de revenir sur la toile ce matin et tu me connais :" sak li di, li fè. Sak li fé li di" Etre fidèle à soi même . Tu l’as été , même fatigué , même le jour où tu nous as dit" salut la compagnie " Tu as murmuré." Je prépare le terrain et je saurai vous attendre et toi mon ami, Aimé Yab de Palmiste Rouge j’étendrai le tapis rouge et je te serrerai dans mes bras...mais prends ton temps...tu es encore utile . Je te sais sage . Tu as la sagesse du pauvre." Je sais une chose Alain : tu es cette pierre sur laquelle j’ai construit avec toi , avec toi cette sagesse populaire.C’est agréable d’être sage !
    Oui le sage te dit" Tu es toujours juste derrière cette porte qui ne ferme jamais...tu peux ainsi me voir quand tu veux et suis heureux de te revoir, de t’écouter . Ecouter ce chant Kréol qu’ensemble nous avons écrit. Des mots de félicité. Des mots plein de douceurs. Des mots remplis d’espoir. Des mots de tendresse. Des mots plein d’espoir. Nous écrivions ces mots en parlant de NOTRE PEUPLE.
    Tu m’as fait découvrir un Peuple que je croyais connaître. NON.NON. C’est toi le poète qui m’a fait découvrir ce VIVRE ENSEMBLE. Ce PEUPLE de la TOLÉRANCE. Ce Peuple SOLIDAIRE.
    Ce PEUPLE mille fois"oublié", mille fois "écrasé. Ce peuple mille fois invité à quitter sa terre pour la laisser à d’autres. Ceux-la même qui détruisent notre première richesse : la TOLÉRANCE. L’ACCEPTATION de L’AUTRE. Ce Peuple qu’ensemble toi et moi dans notre secret de poètes nous avons découvert qu’il était qu’amour. Que chaque enfant yab, cafre, chinois, zarabe, métisse a la couleur de l’AMOUR. Oui nous avons ensemble dit et déclaré "FINI le RACISME ".
    Tu vois Alain toutes ces valeurs disparaissent petit à petit : le racisme envers nos amies, amis Malgaches, Comoriens...Not gran moun y voi pli de moun .Li lé obligé vive dans un gran case -maison de retraite.. ;
    Alain tu aurais du attendre encore un peu avant de t’en aller . Tu aurais dû me demander la permission de t’en aller ...Oui tu aurais dù nous aimer encore et encore ...Ta femme, ta famille, tes amies, amis , même tes ennemis te regrettent mais...ton souvenir est vivant , bien vivant.
    Lorsque j’écris. Lorsque je parle. Lorsque je milite : c’est toi , OUI TOI ALAIN qui est en moi . Ensemble nous revivons ces heures ...Présence Réunionnaise...Congrès de l’ AGERM Grenoble 1969...La Maison de LA RÉUNION...Ta bataille pour mettre fin à cette situation insolite de la Fédération Nationale des associations Réunionnaises la FNARM Comment pourrais-je oublier Octobre 1995 : Forum des Associations Réunionnaises - plus de 300 associations avec Christophe PAYET, Annick, Paul VERGES...ta demande à ce que je devienne Président du collectif des associations Réunionnaises en Ile de FRANCE . Tu savais me piquer aux fesses pour que je sorte de mon mutisme...depuis je me sens toujours piqué au vif et je "hurle".Je crie là où le fer rouge me brûle ...c’est toujours toi qui es en moi .J’aime ta compagnie...
    Salut l’artiste .Pas à bientôt. Non j’ai encore envie de les faire C H I..E R
    Salut Alain Tu ne seras jamais l’oublié de sak la sot la mer..Compte sur moi mais aussi sur tes amies, amis ,ta famille et même tes ennemis.
    Aimé Yab de Palmiste Rouge

    Alain un conseil :
    pour qui voterais-tu le 26 mai ?
    konper :mi vot pou Julie .
    Alé di : "Alain LORRAINE y vot pou Julie."
    Suis rassuré . Merci Alain.
    Salut , Alain.
    Aimé !

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