Présidentielle 2027 : pourra-t-on sortir du chaos ?
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23 décembre 2008

Le succès du 20 Désanm a été tel que nous n’avons pu publier plusieurs courriers de lecteurs dans nos précédents numéros du fait de l’abondance de matières.
20 Désanm : La fierté et la gloire
La fierté aujourd’hui... la gloire demain. Le 20 décembre 1848, la révolte tant redoutée n’a pas eu lieu, pas d’attitude revancharde, pas de bain de sang. Contre toute attente, les opprimés, les déracinés n’ont pas laissé jaillir de leur cœur cette colère légitime que des centaines d’années d’esclavages avaient profondément enracinée. Ils ont su contenir le flot de haine et cela sans avoir besoin d’en recourir à la “médiation” charismatique d’un Nelson Mandela ou d’un Gandhi.
Il y a cent soixante ans, les Noirs esclaves de La Réunion ont donné une gigantesque leçon d’humanité à ceux qui jusqu’alors leur refusaient même le statut d’être humain. Alors oui, la fierté... la fierté d’être de la descendance de ceux qui ont survécu à la traite, à la déshumanisation, à la destruction de leurs croyances, de leurs traditions, à la colonisation.
Le courage de ce jour-là, nous le payons encore. Forcés dans une société faussement pacifiée de retourner cette violence jadis subie, aujourd’hui toujours présente, mais souterraine, contre nos proches, contre nous-mêmes.
Debout sur cette fierté, je prends la liberté de pourfendre quelques erreurs aussi communes que perverses : si des formes d’esclavages ont eu lieu en tous lieux et en tous temps y compris en Afrique avant l’arrivée des Occidentaux. Jamais dans toute l’histoire de l’humanité, il n’a pris les proportions gigantesques en temps et en victimes que durant les centaines d’années de la traite négrière. Jamais non plus une entreprise de dévalorisation d’un groupe humain n’a été porté à ce point d’acharnement systématique.
Non, l’esclavage n’a pas été plus doux à La Réunion que dans d’autres endroits du globe. Et non, ce n’est pas trop lointain pour en parler et en parler encore.
Par contre, il est temps de parler de grandeur et de gloire. Parce qu’il y a de la grandeur dans cet être qui se tient debout, blessé par les regards et les préjugés. Qui se tient debout dans un monde qui veut lui faire croire que l’intelligence, la beauté, la réussite sont d’une couleur qui n’est pas la sienne. Que sa couleur le condamne : à servir, à se laisser commander, humilier, à demeurer pauvre, à se laisser tuer, à se laisser mourir.
Parler de gloire aussi, oui ! De gloire. Car la gloire est notre devoir. Nos ancêtres, nos pères ont survécu, ont refusé la vengeance bête et brutale. Et il doit y avoir une raison à tout cela, la raison telle que je la vois, c’est la gloire de poursuivre le chemin, de continuer à refuser ce qu’ils ont refusé : l’esclavage et la vengeance qu’il appelle, continuer le chemin pour comprendre que tout cela sert à l’avenir du monde. Car le monde sera métis ou ne sera pas et nous, nous sommes la pierre angulaire de l’avenir du monde : de la civilisation créole.
Le bagage lourd d’histoire, le présent et ses préjugés, le spectacle de l’Afrique toujours martyrisée. Tout cela doit nous pousser plus loin, plus haut, nous faire rechercher la maîtrise, nous faire aimer l’excellence. Pour être celui qui dira demain : mon bouclier, c’est ma fierté, ma volonté, ma lance.
In kaf laba dan son lang la di : « Yes, we can », é moin mi di : nou osi nou gaingn.
Armel Bataille
Esclavage et responsabilités
Nous avons bientôt à commémorer le jour de l’abolition de l’esclavage, et au titre du devoir de mémoire, à condamner entre autres ces actes inhumains qui ont jalonné notre passé.
Cette sombre et cruelle période que fut l’esclavage, mérite donc tout notre respect et nous devons nous en souvenir.
Il est certes important de connaître la vérité, et même si tout n’est pas reluisant dans notre histoire, nous devons assumer notre passé dans sa globalité.
Notre histoire est originale et ne peut se confondre avec celle de la France, malgré les liens étroits et évidents. Mais une parenthèse s’impose ; l’esclavage est une réalité vieille comme le monde et existait dans de nombreux pays africains bien avant que les Européens ne s’en mêlent. Rappelons aussi que l’Egypte ancienne et la Grèce ne furent pas en reste dans ce domaine...
La Réunion n’en a pas eu l’exclusivité... Ceci étant dit, nous devons faire très attention qu’à travers cette commémoration, il n’en soit pas fait, d’une manière insidieuse, une exploitation à caractère racial, de nature à créer division et désir de revanche.
Attention donc à la manipulation mentale. Il me semble important d’examiner ces faits avec discernement. Ce commerce illégal, ô combien rentable, trouvait des complicités à bien des niveaux de la société.
L’esclavage était loin d’être un isolat au sein de la société coloniale. Le développement de la traite négrière et les profits qu’elle va générer ont fait que des millions de Noirs seront pourchassés, vendus et réduits en esclavage et que ces actions étaient notamment menées par leurs propres frères de race. Il est fort probable que ce commerce aurait été beaucoup moins évident et important sans cette collaboration (n’en déplaise à certains !).
D’autre part, certaines questions se posent : Pourquoi cette attitude ambiguë de l’église face à ce système ? Le Code Noir, fondement juridique du système servile, pourquoi n’a-t-il pas été dénoncé par l’église ? On sait qu’elle était l’alliée du pouvoir colonial et a cautionné cette pratique honteuse et a même participé au système en étant propriétaire d’esclaves ! Mais comme il est toujours mauvais de faire des généralités, il est aussi important de préciser qu’une minorité de religieux avait pris conscience de cette incompatibilité qu’il y avait entre l’idéal chrétien et l’esclavage, et a courageusement refusé d’y participer en prenant la défense des esclaves (les frères Scubillion, Frédéric Levavasseur et le célèbre Père Monnet et bien d’autres).
Il est bon de rappeler aussi, même s’il a toujours été difficile d’aller à contre-courant des idées de son temps, qu’il y a eu des personnes courageuses, des voix illustres qui se sont opposées avec force contre cette ignominie (Eugène Dayot, Leconte de Lisle, Lacaussade, Victor Hugo, Lamartine, ...).
Ces faits font partie intégrante de notre histoire et ne devraient pas être occultés des discours et débats. Il me semblait absolument important de rappeler ces quelques faits marquants qui font partie intégrante de notre histoire et patrimoine.
Le devoir de mémoire, ce n’est pas de se complaire dans la laideur et l’atrocité, mais c’est le moment de transmettre des valeurs à nos enfants d’une manière la plus juste et intelligente possible.
Soyons fiers d’être Réunionnais mais aussi fiers d’appartenir à cette grande nation qu’est la France.
Bonne Fête à TOUS !
Didier Naze
Saint-Denis
La Fête Kaf : alon kozé
Longtemps cachée, on parle même de l’histoire du silence, la Fête Kaf est aujourd’hui considérée comme la plus importante des fêtes réunionnaises, celle qui cimente notre société.
Le 20 décembre, c’est fête de la Liberté, la fête qui rétablit la paix et qui renforce la cohésion sociale de notre société réunionnaise, de notre peuple métissé. Cette grande manifestation culturelle rythmée aux sons de ces kayamb, de ces roulèr, de ces musiques traditionnelles longtemps interdites, de ces rituels, de ce patrimoine immatériel symbolise la victoire des Réunionnais aujourd’hui triomphant dans la lumière. Cette lumière reflète la liberté.
Les nombreuses associations sont invitées à continuer à promouvoir le maloya, ces arts traditionnels comme le moringue ; C’est un héritage de nos ancêtres et ces pratiques doivent être démocratisées pour sauvegarder notre diversité culturelle menacée quotidiennement par la mondialisation des cultures dominantes qui veulent faire disparaître des cultures dominées.
Au nom de notre histoire, celle de nos ancêtres esclaves, de ces populations déracinées depuis le XVIIème siècle, des familles séparées, tout cela couvert par l’autorité royale, honorons nos ancêtres malgaches, africains, arrachés à leur terre. Enlevés sous la contrainte, déplacés, revendus comme de la simple marchandise, nos ancêtres ont vécu un véritable enfer.
Le Code Noir de 1723 fixe le statut juridique de l’esclave défini comme un meuble. Le marronnage reste alors la principale issue de secours pour retrouver sa liberté, qui est menacée par les chasseurs de Noirs ramenant une main, butin de leur chasse réussie. Le corps de ces esclaves laissé sans sépulture est abandonné la plupart du temps dans la nature. Et là, les esclaves malgaches et africains perdent tout repère identitaire, ils n’appartiennent à rien. Pour eux, une bonne mort est nécessaire pour rejoindre leurs ancêtres dans le tombeau familial, et là, cette rupture brise les liens et empêche cette union entre le monde des morts et des vivants en ôtant à ce mort la possibilité d’entrer dans la société des disparus, dans le voyage communicatif avec les ancêtres.
C’est à travers ce patrimoine culturel immatériel : danses, chants, rituels, que nos ancêtres exprimaient leur souffrance, leur attachement à leur pays d’origine, leur renoncement à l’esclavage et l’acharnement à une vie meilleure.
Victoire du courage, du renoncement à l’injustice
Aujourd’hui, après de longues luttes, enfin, nous sommes heureux d’avoir une fête par an, la fête qui commémore nos ancêtres, la fête qui libère les souffrances, la fête qui brise le silence.
Les sentiers menant à Mafate, Cilaos, Salazie portent les pas de nos ancêtres marrons courageux qui ont refusé ce système colonial esclavagiste. C’est en se réfugiant dans le froid, arpentant des lieux hostiles, dangereux, que la vie continuait dans les Hauts de l’île.
Le 20 décembre célèbre cette victoire, celle du courage, du renoncement à l’injustice, celle de la préservation de notre identité culturelle.
RENDONS HOMMAGE A NOS ANCETRES, démocratisons cet hommage, ce culte aux ancêtres, cette pratique religieuse commune interdite et jugée encore comme sorcellerie ;
Notre histoire repose sur la plantation du café, de la canne à sucre, vecteur du développement économique ; C’est le travail servile qui a permis cette prospérité économique ; Nos champs de cannes, nos montagnes sont imprégnés de la présence de nos ancêtres esclaves qui n’ont jamais renoncé en affrontant courageusement cette société injuste qui a tenté de détruire notre culture. N’ayons plus peur de cet héritage ancestral, de cette tradition interdite, effacée, perdue. Redonnons lui la vie, une place de droit, éclairons notre passé historique, valorisons notre culture.
Oeuvrer pour briser cette histoire du silence
Célébrée encore dans de nombreux foyers en famille, en misouk, fêtons, honorons nos ancêtres publiquement chaque année avec des manifestations accompagnées de musiciens chantant le maloya, pratiquant le moringue, regardons ces spectacles montrant les chaînes brisées, des expositions sur le marronnage, l’esclavage, une façon de mieux faire connaître notre histoire aux compatriotes d’autres cultures, et ceci dans une ambiance qui rappelle pour le temps de la fête que La Réunion est un petit bout de Madagascar et de l’Afrique, une terre de partage.
Valorisons les sites historiques. Continuons notre travail pour valoriser ces lieux et édifices historiquement marqués par l’histoire de l’esclavage et du marronnage. Restituons nos calbanons, lieux historiques, des lieux de mémoires.
Merci à toutes les municipalités, au Conseil général, au Conseil régional, à toutes les associations, aux chercheurs, aux historiens et à toutes les personnes qui veulent rassembler, partager cette fête de la Liberté, la fête du peuple réunionnais. Continuons ensemble à œuvrer pour briser cette histoire du silence ; ayons un nouveau regard sur notre histoire, sur l’histoire de ceux qui ont bâti, construit notre île avec leur courage, leur sueur, et ceci le plus souvent dans la souffrance, sous la torture.
Mettons fin à cette longue indifférence, pour ne pas dire du mépris, du racisme.
Nout zancèt, nout fors
Au même titre que la fête tamoule, la fête chinoise du Guandi où les deux Eid des musulmans, les Réunionnais se sont appropriés la Kête Kaf.
Le 20 décembre, au nom de nos ancêtres, rendons leur cet hommage, l’heure est à la fête où, désormais, nous nous exprimons librement sans crainte, sans chaînes, une fête du pardon, de la paix, de l’union, de la joie, du partage.
Je terminerais en citant cette célèbre maxime africaine : « Quand tu sais d’où tu viens, tu sais où tu vas ».
En cette nouvelle commémoration de l’abolition de l’esclavage, il est nécessaire de rappeler que cette fête, ces musiques que l’on va entendre creusent les racines du maloya avec un regard tourné vers la Grande Ile : Madagascar.
En effet, nombre d’habitants de La Réunion comptent en eux des ancêtres malgaches, africains venus de gré ou de force. Un clin d’œil aussi au Rwa Kaf, à Gramoun Lélé ; c’est avec eux que le déclic s’est produit. Ce sont les gardiens de la culture malgache. Nos servis Kabaré, nos cérémonies en l’honneur de nos ancêtres, la maloya nous embarquent aujourd’hui dans la transe de la liberté et nous rappelle : nout zancèt, nout fors.
Aline Murin Hoarau,
Adjointe au maire de Sainte-Suzanne
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Mézami si mi di azot mi rèss dan lé ba é sète ané la fré la okip amwin. Sépa la vyéyèss lotèr pars lé vré konm i di « toulézan douz moi » é afors (…)
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