2020, 2025, 2030...

13 novembre 2007

« Coup parti ! » : C’est le refrain des technocrates. Dès que vous remettez un tant soi peu en cause des orientations prises, on vous répond :

- Ben oui, vous avez mille fois raison, mais c’est trop tard, maintenant le coup est parti, les dépenses sont engagées, le terrain est acheté, les ouvriers embauchés, c’est dommage, mais c’est comme ça, on n’y peut rien.
Et on en prend pour trente ans. Trente ans après, on dira :

- On n’aurait jamais dû faire ça. C’est une décision qui a été prise à la va-vite, en dépit du bon sens, c’est dommage, mais c’est comme ça, on n’y peut rien !
C’est le scénario qui se profile pour la future centrale électrique du Port. EDF met le couteau sous la gorge des décideurs : la consommation d’électricité ne cesse d’augmenter, il nous faut répondre à cette demande, la seule solution c’est de construire une centrale thermique au fuel !
Les lampions du Grenelle de l’environnement à peine éteints, alors qu’on vient de chanter sur tous les tons qu’il fallait lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz carbonique, La Réunion, citée en exemple par le Président Sarkozy, s’apprête à mettre en route une centrale qui va en balancer un maximum, et ce jusqu’à 2060 !
A l’heure où le baril de pétrole, lui, s’apprête à franchir la barrière symbolique des 100 dollars, on peut s’interroger sur la pertinence économique de ce choix, mais nul doute que sa pertinence écologique est négative, en opposition frontale avec le consensus qui s’est dégagé lors du Grenelle de l’environnement. Et devant cet horizon affiché d’une électricité propre à la Réunion, qui recule à mesure qu’on s’en approche, 2020, 2025, 2030... 2060 ! on peut s’interroger sur la réalité de la volonté politique proclamée.
Pourtant les solutions sont là, à portée de main : 100 pour 100 de chauffe-eaux solaires, que l’obtention des permis de construire d’habitat individuel et collectif soit soumis à cette condition, les parkings couverts de photovoltaïques, le développement réel de l’éolien, la géothermie, l’énergie des vagues, les tours solaires, la multiplication et le turbinage des retenues collinaires... ces énergies intermittentes devant être stockées sous forme d’eau pompée et emmaganisée dans des réservoirs en altitude, la méthanisation des déchets verts...
Mais ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pourquoi tenir pour postulat que la consommation d’énergie doit augmenter ? C’est dans la réduction drastique de notre consommation d’électricité que réside notre chance de parvenir à atteindre notre objectif : tous ces climatiseurs qui enrhument petits et grands, ces maisons, ces immeubles, conçus sans réflexion climatique, sans isolation (l’isolation ça marche pour le chaud et pour le froid), ces fers à repasser sur les chemises infroissables, ces marmites à riz beaucoup plus énergivores que le gaz, ces télés comme aquarium, ces ordinateurs réchauffant le bureau pendant la pose déjeuner, ces stades allumés toutes la nuit, ces réverbères tous les cinq mètres... la liste est loin d’être close ! Chaque individu, chaque collectivité devrait avoir l’oeil rivé sur le compteur et s’ingénier chaque nouveau trimestre à consommer moins que le précédent. Cela demande volonté, courage et ténacité. Cette volonté, ce courage, cette ténacité, est-ce que nous l’avons ? Est-ce que les responsables réunionnais l’ont ?

Jean-Pierre Espéret
Les Verts-Réunion


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