Di sak na pou di

2020 : année décisive pour le climat et la biodiversité

Bruno Bourgeon / 6 janvier 2020

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Vue d’ensemble de la salle de l’Assemblée générale des Nations Unies lors de l’ouverture du Sommet Action Climat de l’ONU le 23 septembre 2019. (Photo : ONU/Loey Felipe)

En ces temps de vœux et de bons sentiments altruistes, j’aimerais apporter ma pierre à l’édifice en souhaitant une bonne et heureuse année à… l’année 2020.
En effet 2020 sera l’année du climat et de la biodiversité. En octobre prochain, le monde entier devra se fixer de nouveaux objectifs :

- en matière de protection de la nature à la COP15 sur la biodiversité qui se tiendra en Chine. De nouveaux objectifs devront être fixés en l’espèce, pour la décennie 2020-2030.

- en matière de climat en vue de la COP26 qui se déroulera à Glasgow un mois plus tard. Cette dernière doit acter l’ambition de l’Accord de Paris. Les pays du monde entier devront réviser leurs objectifs pour limiter le réchauffement climatique.
Entre ces 2 événements, des liens doivent être établis. Les experts du GIEC ont pondu en 2019 trois rapports spéciaux : le premier sur les océans, le deuxième sur la dégradation des sols, le troisième sur l’objectif de +1.5 °C. Tous trois en rapport direct avec l’atteinte de la biodiversité. Parallèlement, l’IPBES, ou plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, a marqué l’évidence de l’impact du changement climatique sur la biodiversité. Poncif certes, mais qui mérite d’être à chaque fois souligné. De plus, on peut rappeler que la COP25 de Madrid sur le climat a inscrit dans sa déclaration finale la biodiversité, en plus des événements officiels sur le sujet durant cette COP25. Enfin, deux dialogues seront mis en place en 2020 sur les thèmes « océan » et « Usage des terres » : ils auront pour but de guider l’action des pays pour qu’ils intègrent des solutions sur la Nature dans leurs contributions propres.

Si l’on en croit l’Université d’Oxford, mandatée par l’Union Internationale pour la conservation de la Nature (UICN), les écosystèmes sont en mesure d’assurer 1/3 de l’atténuation climatique d’ici 2030. Aujourd’hui, les plans de lutte contre le réchauffement, instaurés par les états, font déjà référence à la restauration ou la conservation des forêts : la déforestation étant le fléau le plus important en matière de diminution des pièges à carbone. Malheureusement, seuls 20 % des états offrent des objectifs quantifiables et 8 % des objectifs quantifiés en tonnes-équivalent-CO2. Il est possible de lutter contre le changement climatique, en incorporant les solutions fondées sur la Nature.

L’UICN tiendra son congrès mondial à Marseille en juin 2020. Encore une date à noter. L’UICN y présentera notamment la coalition #30x30, promue par le Costa-Rica, la France, la Finlande, le Gabon, Grenade et le Royaume-Uni. Cette coalition vise 30 % d’aires protégées sur terre et en mer d’ici 2030, contre respectivement 15 % et 8 % à l’heure actuelle.

Début novembre, les présidents chinois et français ont lancé « l’Appel de Pékin ». Cet Appel a sifflé le coup d’envoi du double engagement pour biodiversité et le climat ; ce double leadership, UE-Chine, doit être pérennisé lors du dialogue de Petersberg en avril, et lors du sommet UE-Chine à Leipzig, en septembre. Mais l’UE doit aussi avancer sur la neutralité climatique en convainquant la Pologne, et sur la relève de ses propositions pour 2030, montrant ainsi à la Chine l’ambition climatique avant Glasgow. Le tandem UE-Chine ne doit pas être le seul pari sur lequel le monde peut s’appuyer : à Paris, lors de la COP21, le tandem USA-Chine a été fructueux, mais sans suite. Et la COP25 a révélé la fracture d’entre-mondes. D’autres champions de la lutte contre le réchauffement climatique doivent occuper le devant de la scène, comme le Costa-Rica ou le groupe des pays vulnérables.

La dynamique des négociations dépendra enfin du résultat des élections américaines le 3 novembre. Le climat est devenu un sujet de différenciation politique entre un Donald Trump qui refuse toute régulation environnementale et les démocrates qui ont fait du Green new deal, l’un de leurs chevaux de bataille.
Une belle année en perspective, si les divers rapports et conclusions vont dans le bon sens : sera-ce le cas ?

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
Inspiré de Novéthic