21 septembre : Journée Internationale pour la Paix ? (1)

5 octobre 2006

Au-delà des beaux discours et des grandes théories, la "Paix" a pris aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, une connotation fortement imprégnée par la culture néolibérale. On le voit chaque jour à travers les discours ambiants et les prises de position, principalement celles qui concernent la scène internationale, de certains groupes politiques et, plus surprenant encore, de certains "représentants" religieux. La Paix, en tant que "concept" (2), est devenue malheureusement un instrument pour protéger les intérêts de grands groupes financiers avec la complicité de certains médias.

On aurait beau penser que les religions, porteuses de valeurs, donc d’une définition plus appropriée de "la paix", seraient intervenues dans le temps afin de rétablir sa véritable vocation : celle qui rassemble. Il n’en est rien. On s’est plutôt rendu compte qu’elles n’ont pas non plus échappé à la contamination globale répandue par l’ultralibéralisme. Preuve en est, le discours de Benoît XVI le 12 septembre dernier à l’Université de Ratisbonne est révélateur de ce malaise institutionnalisé. La Paix, en tant que valeur inscrite en l’homme, qui devait être la lumière qui rassemble les coeurs, est devenue un message qui divise les intelligences.

C’est d’ailleurs sous cet aspect que, sur le plan économique, politique et médiatique, l’instrumentalisation de "la paix" est un commerce qui rapporte, puisque élaboratrice de stratégies de guerre. Et quand on sait combien rapporte une guerre, on est plutôt tenté d’en provoquer. Ces trois domaines ont encouragé une révolution dans la pensée humaine en convertissant "bien-être" en "bien avoir". On propage une façon de vivre dont les êtres humains devraient s’inspirer pour mieux vivre en Paix. Une illusion...

Il ne faut pas nier le fait que nous véhiculons, quand nous discourons, une terminologie dont nous ne maîtrisons pas toujours les définitions exactes ni la bonne compréhension. Que la définition d’un terme soit enveloppée du contexte dans lequel elle évolue est un fait indéniable, il n’en demeure pas moins que la réalité historique du terme en question va conditionner les discours et altérer la pensée. Même si le fait que les termes soient définis par une société dominante est tout à fait naturel, il convient, et c’est le minimum, d’en considérer son acceptation ! (3)

En tant que citoyens français de confession musulmane, nous nous devons de rappeler que "la Paix" est avant tout un nom de Dieu (As Salam) et qu’il nous semble plus que jamais opportun de dire haut et fort qu’au cœur de cet attribut Divin se trouve une sagesse intemporelle et de toute actualité. Cette sagesse n’est en rien théorique ou dogmatique : elle épouse tous les contours de l’humanité, elle se façonne en fonction des peuples et des époques, elle nourrit chaque acte de la vie, elle féconde la relation aux autres et révèle en chacun des facettes lumineuses qui élèvent et épanouissent l’Être.

Appréhender la Paix dans sa propre évolution intime, aussi spirituelle soit elle, c’est disséminer la Paix dans l’espace et le temps. Encore faudrait-il pour ce faire, que l’homme renoue avec sa vocation première, celle d’un être qui porte la paix en lui et qui la diffuse tout autour de lui. Cette paix intime nous enseigne alors qu’il n’y a pas de liberté sans effort, et par conséquent, par réfraction, pas de paix "extérieure" sans justice. Que la Paix soit avec vous.

(1) L’Assemblée générale de l’ONU, dans sa résolution 55/282, en date du 7 septembre 2001, a décidé que la Journée internationale de la paix serait observée chaque année le 21 septembre.

(2) Dire que la paix est un concept, c’est dire qu’elle n’est pas un idéal de la raison mais qu’elle correspond à une existence, un maintenant, un ici qui est donné originellement. C’est d’ailleurs pour cela que le concept, par son noyau, déborde la pensée qui s’aventure librement.

(3) La définition des termes qu’on utilise est déterminante, à ce sujet nous devrions revoir les nôtres, notamment celles de : homme, religion, laïcité, islamisme, intégrisme, extrémisme...

Farouck Issop


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