Di sak na pou di

3 élections en une année : les enjeux

Ary Yée Chong Tchi Kan / 24 décembre 2019

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De mars 2020 à mars 2021, les électrices et les électeurs réunionnais seront appelés à désigner leurs représentants dans les communes et les inter-communalités, au Département et à la Région. Ensuite, les élus auront à voter des orientations budgétaires. Ils vont ainsi orienter, sur 6 ans, environs 30 milliards d’euros de dépenses réelles. Vers 2026-2027, la population Réunionnaise serait alors au seuil du million d’habitants.

Les 3 mandats s’inscrivent dans un calendrier connu.

Tous les États ont voté, en septembre 2015, les Objectifs du Millénaire pour le Développement Durable (OMDD) pour la période 2015-2030. L’objectif numéro 1 s’intitule :”éradication de l’extrême pauvreté”.

Le Traité sur le Climat a été ratifié en 2016. Il est opposable. Les “instruments de ratifications” devaient être déjà déposés. Une évaluation est en cours pour examiner l’impact sur une baisse réelle de la température.

Il y a 6 mois, l’Union Africaine a voté la création d’une vaste zone de libre-échange impliquant les 55 États membres. L’abattement des barrières douanières entre eux doit être opérationnel en juillet 2020 et impliquera nos voisins membres de la COI.

La Convention canne touche à sa fin en 2021. Les protestations ont conduit le gouvernement à proposer la rédaction d’un “projet agricole global”. La copie doit être remise avant juillet 2020.

Ce calendrier étant connu de tous, les enjeux devraient être le débat du moment.

Les principaux enjeux.

Un grand débat sur l’avenir du monde va s’ouvrir à l’anniversaire de l’OMC, crée le 1er janvier 1995. Quel est le bilan au bout de 25 ans ? L’Afrique, l’Asie et les pays émergents ont choisi le libre échange au moment où les États-Unis imposent des accords à la carte jusqu’à s’immiscer dans les projets souverains qui ne leur plaisent pas. L’Union Européenne a échoué dans sa tentative de négocier des accords de partenariats régionaux. La Réunion avec son million d’habitants se trouve à la frontière du vaste marché africain qui se construit alors qu’elle est figée dans un ensemble normatif situé à 10 000 km d’ici, l’Union européenne. Ce dernier est certainement en discussions sur des accords globaux avec la nouvelle Union africaine. Qui s’occupe des intérêts réunionnais ?

Compte tenu de cet évènement exceptionnel et nouveau, toute la réflexion doit être remise en perspective, globalisée et déclinée pour respecter le calendrier ci-dessus. Les questions agricoles sont inséparables des échanges commerciaux et d’une économie bas carbone. Les programmes de formation sont à revoir et viser à absorber le stock de sans-emplois, de pauvres et de demandeurs de logements… Serons-nous dans le peloton de tête du mouvement ou alors à la queue ?

Dans un contexte aussi mouvant, les 30 milliards de nos collectivités constituent un levier considérable de négociation. Personne n’a oublié les baisses de dotations de l’Etat qui ont été appliquées sans résistance des élus qui ont préféré les compenser. Avec le renfort des forces vives de la société qui veulent être entendues, on pourrait déboucher sur la contractualisation d’un accord avec le gouvernement pour libérer un horizon sur 20-25 ans.

Le discours ambiant de faire un peu plus que l’autre est très éloigné des enjeux structurels. Il ne prend pas en compte les changements importants qui interviendront dans la décennie 2020-2030.

Ary Yée Chong Tchi Kan,
Fraternité Réunionnaise