Di sak na pou di

4 raisons pour lesquelles il y a trop de smartphones ans l’environnement

Bruno Bourgeon / 27 août 2020

A quoi un smartphone doit-il se conformer pour être complètement « durable » ? Nous allons étudier ce qui est extrait de la croûte terrestre, les substances créées par la société, ce qui dégrade physiquement notre environnement, et finalement les conditions sociales.

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Voyons d’abord comment un smartphone contribue à augmenter les substances extraites de la croûte terrestre. Pour fabriquer un smartphone, il faut extraire du sol plein de matières : or, argent, cuivre, étain, tungstène, tantale, silice, indium, gallium, arsenic, bore, phosphore, cobalt, antimoine, et aussi des terres rares : terbium, yttrium, gadolinium, europium, néodyme et praséodyme. Excusez du peu. Or ces matières ne sont pas toutes égales dans la Nature.

La silice est la plus abondante dans la croûte terrestre, et ses flux naturels par l’érosion et l’activité volcanique sont très importants. Donc, même si on extrait de grosses quantités de silice pour nos appareils électroniques, nous n’augmentons pas sa concentration dans la Nature. Le cuivre, l’argent, le phosphore et l’antimoine sont en revanche extraits si rapidement qu’ils s’accumulent dans la Nature et constituent des problèmes majeurs. L’étain est un métal destiné pour le iPhone 11. Le carbone est également un problème, sous forme de CO2 et de méthane (CH4).

Votre smartphone joue un rôle à cause de l’énergie qu’il faut pour le fabriquer et pour l’utiliser. Lorsque l’énergie est issue des carburants fossiles comme le pétrole, le charbon, ou le gaz, elle contribue à l’augmentation systématique de la concentration de carbone dans l’atmosphère, ce qui contribue au réchauffement climatique. Le rapport environnemental final de l’iPhone 11 assure que l’assemblage est effectué à 100 % avec de l’énergie renouvelable (hydroélectricité). Mais qu’en est-il de l’énergie pour extraire les minéraux et pour créer les différents composants avant assemblage ? Par exemple, le silicone est fabriqué en chauffant du quartz à 2000 °C : il faut 10 à 12 MWh pour créer 1 tonne de silicone. La Chine en est le principal producteur, et l’énergie chinoise est à 65 % d’origine fossile (charbon). D’où le CO2 dans l’atmosphère qui contribue au changement climatique.
Il y a également beaucoup d’aluminium dans un smartphone. Comme pour le silicone, le problème est l’énergie qu’il faut pour l’extraire et le transformer. Toutes les matières utilisées dans votre smartphone ont un coût énergétique. Le carbone est également utilisé pour fabriquer les pièces en plastique de votre smartphone. Ainsi, pour que votre smartphone ne contribue pas à augmenter la concentration de substances extraites de la croûte terrestre, il faut que toutes les matières soient conservées pour être recyclées, pour qu’elles ne s’accumulent pas dans la Nature. IL faut aussi qu’elles soient toutes produites avec de l’énergie ne provenant pas de ressources fossiles pendant tout le cycle de vie.

Voyons ensuite comment votre smartphone contribue à augmenter les substances produites par notre société. En termes d’effet de serre, le rapport environnemental du iPhone 11 affirme qu’il crée 72 kg de CO2 pendant tout son cycle de vie : 79 % lors de la production, 3 % pour le transport, et 17 % pour son utilisation. Or il faudrait que ce soit zéro ou négatif pour se conformer à notre deuxième condition. Cela serait possible en compensant les émissions de carbone, ce qu’Apple commence à faire, tant que la production d’énergie est conforme à notre première condition, i.e.pas de combustible fossile. Sans cette première condition, on pourrait compenser, mais en réalité, c’est impossible. Mais vous pouvez toujours vous charger des 17 % en utilisant seulement de l’énergie renouvelable.

Une autre raison pour laquelle le smartphone produit plus rapidement des substances que ce que la Nature peut supporter, est l’extraction des minéraux, surtout des terres rares, utilisées dans l’écran et les aimants du haut-parleur. Il faut beaucoup d’acides et de produits toxiques pur extraire ces matières de leur environnement, et en isoler 1 % ou moins. Les 99 % sont rejetés dans la Nature, et en multipliant ces opérations, notre smartphone contribue systématiquement à l’augmentation des substances produites par la société. Comment éviter cela ? En nettoyant suffisamment lentement pour que la Nature ait le temps de se renouveler et de s’auto-nettoyer pour éviter l’accumulation des produits chimiques créés par l’Homme.
On peut toutefois réutiliser les terres rares, ce qu’Apple a commencé à faire, le rapport environnemental du iPhone 11 indique que le moteur taptique est fabriqué avec 100 % de terres rares recyclées. Cela ne représente que 25 % des terres rares utilisées dans le produit final, mais cela va dans le bon sens. La Nature prend des dizaines de milliers d’années pour recycler le plastique, donc le plastique doit être recyclé à 100 %pour ne pas s’accumuler dans la Nature.

Voyons enfin comment un smartphone contribue à systématiquement dégrader la Nature par des moyens physiques. Tous les sites d’extraction déjà mentionnés sont dans cette catégorie. Les animaux et les écosystèmes sont au mieux perturbés, au pire détruits, par les procédés utilisés. Pour éviter cela, on doit s’assurer qu’ils soient gardés propres, non contaminés, et restaurés une fois les éléments extraits. S’assurer également que notre smartphone n’atterrisse pas dans une décharge, oùil pourrait détériorer l’écosystème local et contaminer les nappes phréatiques. De plus, les ondes de téléphonie cellulaire pourraient avoir un impact sur les abeilles et les oiseaux. A vérifier donc. Il y a également la question des fibres de l’emballage, mais point trop n’en faut.

Finalement, examinons comment un smartphone contribue à créer des conditions qui empêchent systématiquement les individus de pouvoir répondre à leurs besoins. Ci l’on parle des sites minéraux des conflits : étain, tungstène, or et tantale. L’extraction et la vente de ces minéraux a aidé à financer des groupes armés dans la République du Congo, ou ailleurs. Quelques euros de nos gadgets empêchent directement certains individus de pouvoir répondre à leurs besoins dans ces régions. Les entreprises américaines doivent déclarer la source de leurs minéraux des conflits ; une nouvelle législation européenne entrera en vigueur le 01/01/2021. C’est la raison pour laquelle Daisy, le robot assembleur et désassembleur de l’iPhone, est conçu pour recycler ces 4 minéraux, parmi d’autres. Les conditions de travail de la fabrication de l’iPhone sont-elles éthiques (salaire, environnement au travail, protection sociale) ? Cela est difficile à contrôler quand les partenaires sont multiples et éparpillés dans le monde. Enfin l’utilisation prolongée du smartphone au quotidien peut entraîner une dépendance et favoriser un mal-être psychique. 66 % des utilisateurs de smartphone en sont dépendants. Moins de présence auprès de vos proches ? Ces questions font partie de l’analyse de durabilité du produit.

Alors : est-ce que notre planète peut supporter un milliard et demi de nouveaux smartphones chaque année ? La réponse est clairement : non, absolument pas. Leur utilisation ne fait que contribuer encore plus au réchauffement climatique et puiser dans notre capital naturel, plutôt que de vivre avec les intérêts. On n’est même pas sûrs qu’ils nous rendent plus heureux. Faire toutes ces choses de façon systématique et répétées à l’envi rend ces pratiques non soutenables. Fabriquer ces produits par milliards, alors que toute notre société repose dessus. Le monde aurait besoin de 1000 robots Daisy pour recycler les 1,5 milliards de smartphones vendus chaque année. Apple ne devrait-il pas plutôt se concentrer sur les étapes initiales de la conception d’un iPhone (GreenPeace) ? Rendre les iPhones plus recyclables, plus réparables, et évolutifs ? Ou mieux encore louer les smartphones plutôt que de les vendre, et être ainsi responsable de tout leur cycle de vie. Apple est-il prêt à vendre moins d’iPhones pour bien faire ?

Mais nous, nous pouvons faire quelque chose : être responsable. Acheter un téléphone d’occasion, réparer celui qu’on a déjà, et s’assurer qu’à la fin de sa vie, il retourne chez le fabricant originel.

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
D’après Développement Durable Illustré : https://www.youtube.com/watch?v=4AEo8wXQps8